Maison carrée : défenseurs unis, assaillants dispersés
À moins de deux mois des élections municipales, à Aiacciu, les protagonistes, défenseurs et assaillants de la Maison carrée, sont désormais quasiment connus. Les premiers feront bloc dès le premier tour.
Maison carrée : défenseurs unis, assaillants dispersés
À moins de deux mois des élections municipales, à Aiacciu, les protagonistes, défenseurs et assaillants de la Maison carrée, sont désormais quasiment connus. Les premiers feront bloc dès le premier tour. Les seconds iront à la bataille dans la dispersion et au moins deux d’entre eux ferrailleront autant avec la liste la plus proche de leur mouvance politique qu’avec la liste du maire sortant. Ce dernier semble en bonne position pour conserver Aiacciu. Il doit toutefois se garder sur sa droite pour éviter une mauvaise surprise, improbable, mais non impossible.
Stéphane Sbraggia va au combat en affichant une posture confiante.
Il ne semble pas le moins du monde stressé par le fait d’être pour la première fois tête de liste et par le fait de devoir soumettre son action et un programme au jugement des électeurs. Il y a quelques jours, lors de l’inauguration de sa permanence des Salines au cœur d’un habitat de logements sociaux et devant 300 personnes (élus, militants, amis électeurs, il a déclaré : « Je vais défendre un bilan dont je suis très fier. » En ce sens, il a fièrement assumé et affiché la politique de rénovation urbaine qu’il a conduite dans les quartiers populaires et qu’il entend poursuivre avec notamment la réalisation du projet de réhabilitation et de valorisation du quartier Noël Franchini et du front de mer attenant. Il a aussi annoncé qu’il avait la volonté d’achever des chantiers en cours [place du Diamant], de mener à bien d’ambitieux projets structurants partout dans la ville [écoquartiers du Finosellu et de la Miséricorde, aménagement de la Citadelle] et d’inscrire Aiacciu dans des politiques de transition énergétique, de mobilité douce, de rénovation de l’habitat ancien, de cohésion territoriale et sociale. Une bonne part de l’assurance du maire sortant doit aussi au fait qu’il peut compter sur une droite et un centre unis autour de lui, dont un député, ancien ministre et leader national, Laurent Marcangeli qui a déclaré : « Stéphane Sbraggia est le maire qu’il faut pour la ville d’Ajaccio » et promis qu’il fera campagne et figurera sur la liste. Ni les procédures judiciaires restant ouvertes contre lui [une vient d’ailleurs d’être classée sans suite, il estime que les deux autres le seront aussi], ni les critiques visant le téléporté qui peine encore à séduire, ne semblent affecter la confiance de l’actuel maître de la Maison carrée. Seule véritable ombre au tableau : une victoire au premier tour comme ce fut le cas en 2020 pour Laurent Marcangeli, est difficile à envisager, car une partie non négligeable des suffrages de droite et de l’électorat populaire traditionnellement acquis à la municipalité sortante ajaccienne pourraient être captée par la démarche Unione di i Patriotti associant Rassemblement National — Mossa Palatina — Union des Droites pour la République, que conduira François Filoni.
François Filoni croit en sa bonne étoile
Surfant sur les vagues bleu marine Le Pen et Bardella, François Filoni qui conduira une liste ayant pour intitulé « Gagner pour Ajaccio », croit en sa bonne étoile. S’il fait dans une posture de sérénité et de responsabilité, il se présente en effet comme un homme d’apaisement et de projets pour séduire l’électorat de la droite classique, il n’est pas moins critique et mordant. Bien entendu, il tape dur sur le téléporté, le qualifiant de « faillite industrielle » et le présentant comme une dépense pharaonique et un concept ubuesque : « On ne peut pas dépenser une telle somme et se contenter de dire comment on a pu penser à une chose pareille. » Rendant responsables et l’État et la majorité municipale de cette « faillite industrielle » et claironnant que « toutes les règles n’ont pas été respectées », il va même jusqu’à essayer de faire penser qu’il sera possible de demander à l’État d’indemniser la Ville. Exploitant le conflit social qui a bloqué plusieurs jours Aiacciu avant Noël et occasionné un manque à gagner pour les commerçants de centre-ville, il accable et rend responsable la municipalité et la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien [CAPA] en promettant : « Nous allons rendre leurs droits aux chauffeurs de bus […] C’est la faillite d’un système, ce n’est pas la faillite des chauffeurs » et promet la création de parkings et la gratuité des transports urbains. C’est en duo avec Paul Marchione, leader ajaccien de Mossa Palatina, que François Filoni, aborde les sujets chers à la droite de la droite pour capter l’électorat populaire qui est sensible à la dénonciation du « communautarisme dans les quartiers » et qui applaudit à l’engagement d’être implacable envers les incivilités et la délinquance. Tous deux affirment qu’ils doubleront les effectifs de la police municipale et lui donneront les moyens d’agir pour protéger les habitants, qu’ils généraliseront et renforceront la vidéosurveillance, qu’ils n’abandonneront pas la popularisions et les quartiers à la loi des dealers. Enfin, car il est toujours bon de raser gratis, Francois Filoni s’engage à ne pas augmenter la pression fiscale : « Je vais faire avec impôt zéro. »
Natios contre Natios, gauche peut-être utile
Une chose est certaine, ni les nationalistes divisés, ni la gauche convalescente ne seront en mesure de s’emparer de la Maison carrée. Pascal Zagnoli, secrétaire national du Partitu di a Nazione Corsa, qui conduira la liste « Stintu Aiacciu », développe une ambition, une démarche et un discours d’affirmation forte d’une présence d’une implantation, d’une ouverture et d’une projection vers l’avenir. Sa liste sera largement ouverte à des personnes de la société civile et du monde économique. Les thématiques exposées et défendues sont le développement de la vie éducative et de la culture corse [école, enseignement classique, langue corse], la relance du commerce du centre-ville, l’accession au logement, la sécurité, davantage selon une vision pragmatique que selon une idéologie nationaliste. À l’accusation de diviser le camp nationaliste, Pascal Zagnoli répond que si des personnes « qui préemptent depuis des années le débat politique nationaliste sur la ville d’Ajaccio » pensaient qu’il resterait « à la maison », elles se trompaient. Et il relativise l’impact des quelques militants ayant opté pour la liste Carrolaggi, affirmant que la plus grande partie des militants historiques du PNC lui ont demandé de porter une démarche ? Le docteur Jean-Paul Carrolaggi, fort de l’appui de Femu a Corsica, de Core in Fronte et de quelques militants Nazione et Partitu di a Nazione Corsa, affecte de pouvoir gagner, car avançant représenter l’union, le collectif soudé, les fondamentaux et le projet des nationalistes, et tablant sur une triangulaire au deuxième tour qui opposerait sa liste à celles de la municipalité sortante et de Francois Filoni. Quant à la gauche, convalescente depuis les élections législatives, mais n’ayant plus le souffle de la NUPES et sa liste devant être essentiellement composée autour du Parti communiste et du Parti socialiste, elle ne peut raisonnablement guère espérer mieux que bien figurer ou être utile s’il est nécessaire de faire barrage à Francois Filoni.
Pierre Corsi
Crédit photo : JDC/ Core in Fronte / PNC