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Ukraine : quatre ans de guerre, et toujours debout

Lorsque la Russie lançait son invasion à grande échelle en février 2022, le Kremlin pariait sur une victoire rapide. Quatre ans plus tard, la guerre entre dans sa cinquième année. Kiev n’est pas tombée. L’État ukrainien ne s’est pas effondré.

Ukraine : quatre ans de guerre, et toujours debout



Lorsque la Russie lançait son invasion à grande échelle en février 2022, le Kremlin pariait sur une victoire rapide. Quatre ans plus tard, la guerre entre dans sa cinquième année. Kiev n’est pas tombée. L’État ukrainien ne s’est pas effondré. L’OTAN ne s’est pas fracturée. Aucun des objectifs initiaux de Vladimir Poutine n’a été atteint : ni la neutralisation politique de l’Ukraine, ni sa démilitarisation, ni son retour forcé dans la sphère d’influence russe.


Une résilience nationale hors norme

L’Ukraine, au contraire, s’est transformée. Son armée s’est adaptée à une guerre dominée par les drones, la guerre électronique et l’artillerie de précision. Sa société a fait preuve d’une résilience remarquable. Le coût humain est pourtant colossal : des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers de soldats tués ou blessés, des villes détruites, six millions de citoyens contraints à l’exil. Malgré cela, la cohésion nationale demeure. Cette endurance constitue en soi une défaite stratégique pour Moscou. De plus, l’invasion n’a pas affaibli l’Alliance atlantique ; elle l’a élargie et renforcée, en particulier sur son flanc oriental.

Un monde géopolitique reconfiguré

En quatre ans, l’équilibre mondial a basculé. Les États-Unis ont dû arbitrer entre le soutien à Kiev et la compétition stratégique avec la Chine. Moscou s’est rapprochée de Pékin, de Téhéran et de Pyongyang. La Chine s’est affirmée comme le seul rival systémique capable de contester durablement la puissance américaine sur les plans industriel, technologique et militaire. La Russie, affaiblie mais toujours dangereuse, agit davantage comme une puissance de déstabilisation que comme un compétiteur global équivalent.

Le virage américain et le doute stratégique

Dans ce contexte, le rôle des États-Unis est devenu plus ambigu. Donald Trump, qui affirmait pouvoir régler la guerre « en vingt-quatre heures », a progressivement pris ses distances avec le soutien massif à Kiev. Ses déclarations répétées sur la nécessité d’un compromis rapide, sa critique des aides financières et militaires accordées à l’Ukraine, ainsi que sa rhétorique mettant en cause la responsabilité occidentale dans l’escalade ont donné le sentiment d’un alignement partiel sur les positions du Kremlin.
Au-delà des discours, une logique transactionnelle s’est imposée. L’Ukraine a été envisagée moins comme une nation agressée que comme un espace stratégique riche en ressources, notamment en terres rares indispensables aux industries de défense et aux technologies avancées. Cette approche a renforcé le doute stratégique en Europe : l’engagement américain pouvait-il devenir purement opportuniste ?

Une guerre d’une durée et d’un coût inédits

La guerre en Ukraine a déjà dépassé les quatre années de la Première Guerre mondiale et les quatre années d’invasion nazie en URSS durant la Seconde. Elle s’inscrit désormais dans le temps long, celui des conflits d’attrition qui épuisent les sociétés. Par son coût financier, industriel et humain, elle est l’une des guerres les plus chères jamais engagées en Europe contemporaine. Les budgets militaires explosent, les stocks d’armement sont vidés, les économies sont réorientées vers la production de guerre.
Même si la paix devait intervenir demain, l’Ukraine mettra des décennies à se relever. Reconstruire les infrastructures, réhabiliter les territoires minés, relancer l’économie, faire revenir les exilés et soigner les traumatismes collectifs exigera une génération entière. La victoire, quelle qu’en soit la forme, ne signifiera pas un retour rapide à la normalité.

L’Europe face à elle-même

Ce contexte oblige les Européens à regarder en face une réalité longtemps différée : la sécurité du continent ne peut reposer indéfiniment sur la garantie américaine. La guerre en Ukraine a mis en lumière les faiblesses industrielles, logistiques et doctrinales des armées européennes. Elle a révélé leur dépendance à l’égard des capacités américaines, notamment en matière de renseignement, de défense aérienne et de production d’armements.
L’Europe doit désormais apprendre à se défendre davantage par elle-même. Investir massivement dans son industrie de défense, adapter ses doctrines à la guerre technologique et accepter l’idée d’une autonomie stratégique réelle ne sont plus des options idéologiques, mais des impératifs.
Quatre ans après l’invasion, l’Ukraine tient toujours. Elle a résisté à l’offensive russe et survécu aux hésitations occidentales. Sa ténacité, malgré les pertes humaines immenses et l’exode de millions de ses citoyens, constitue l’un des faits politiques majeurs du début du XXIe siècle.

GXC
illustration D.R
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