• Le doyen de la presse Européenne

Rencontres « BD à Bastia » 2026 (26 au 29 mars)

Invitation à la bande dessinée finlandaise./ Au centre culturel Una Volta

Rencontres « BD à Bastia » 2026 (26 au 29 mars)
Invitation à la bande dessinée finlandaise.


On la connaît encore trop peu et pourtant elle gagne beaucoup à être savourée. On la dit inventive. Elle a pour elle sa liberté formelle. Sa grande diversité. Son engagement thématique. Ses écritures graphiques variées. Autant de raisons de la découvrir ce qu’on pourra faire à Bastia puisque la BD de Finlande sera l ’hôte d’Una Volta.


Le Centre culturel, Una Volta, va avoir en outre l’honneur d’inaugurer l’Année de la bande dessinée finlandaise en France, qui doit ensuite faire escale à Aix-en-Provence, Colomiers, à Formula Bulla, ainsi qu’à L’institut finlandais de Paris. Pénétrer les univers d’artistes à l’imagination foisonnante. Favoriser les échanges entre créateurs. Renforcer les liens culturels entre Finlande-France-Corse, quel beau programme ! À noter que même si elle est peu répandue dans l’hexagone et sur l’île cette BD nordique a vu ses traductions en français augmentées de façon impressionnante, puisque depuis l’an 2 000 130 titres sont désormais disponibles dans la langue de Voltaire grâce à l’implication d’une quarantaine d’éditeurs.

Une bande dessinée toute jeune

Originalité de la production finlandaise : sa jeunesse. La majorité des auteurs et dessinateurs — ils sont souvent les mêmes — sont nés dans les années 70 – 80 voire 90. S’ils ont en commun une haute qualité graphique, car tous diplômés des meilleures institutions spécialisées en arts visuels, leurs récits, leurs approches, leurs thématiques sont singulières. Ils peuvent aussi bien aborder des sujets de société que l’introspection… À Una Volta ils seront une demi-douzaine à être exposés.

On pourra admirer les grands formats de peinture d’Eeva Meltio. Elle travaille également la BD, l’animation, le design graphique et n’hésite jamais à multiplier les esquisses et à se documenter à fond si des sujets l’exigent. Artiste multirécompensé Ville Ranta excelle au dessin de presse où son humour et son insolence font mouche, ce qui lui a valu l’hostilité d’Erdogan, l’autocrate, qui l’a poursuivi en justice ! On apprécie encore chez lui ses romans graphiques. Dans ses BD, il se signale par une absence de case qui n’est pas sans rappeler des créateurs français.

Une doyenne à part

Remarquée au festival d’Angoulême, publiée en français Juliana Hyrri est une artiste qui a le vent en poupe. Très attachée dans ses bandes dessinées au thème de l’enfance elle veille à l’équilibre entre ses textes et ses dessins. Janne Kukkonen, lui, a un sens de l’action, de la magie, du suspense, de l’humour. Ce large registre d’expressions le pousse à inventorier : film d’animation, jeu vidéo, illustration, BD.
Ulla Donner est une autrice éminente de la bande dessinée en Finlande. Elle sait manier la satire avec une finesse redoutable sans oublier de faire preuve de tendresse envers des personnages. On murmure que c’est à Paris qu’elle aurait trouvé la forme de BD qui lui convient.
À part dans le paysage créatif de son pays : Tiina Pystynen. Parce qu’elle a un côté précurseur en étant plus âgée que ses consœurs et confrères. Parce qu’elle pratique plusieurs disciplines : poésie, arts graphiques, BD. Parce qu’elle a aidé les créateurs émergents… Sa vocation serait née de la perte de son mari, qui s’est suicidé en lui laissant un sentiment de colère et d’abandon, qui imprègnent la plupart de ses œuvres. Dans ses bandes dessinées, elle ne recourt ni aux cases ni aux bulles. À ces méthodes, elle préfère le dessin en pleine page auquel elle joint des recherches typographiques très soignées. Rejetant tous les tabous elle ose se confronter à des sujets délaissés fréquemment par les autres.

Michèle Acquaviva-Pache
• L’ambassade de Finlande à Paris, partenaire officiel de la manifestation, sera à Bastia lors de la présentation des œuvres des artistes finlandais.


ENTRETIEN AVEC KIRSI KINNUNE, conseillère culturelle, traductrice, en charge de la BD finlandaise.

Qui est à l’origine de cette opération culturelle ?
L’initiative me revient… Je suis agent de la BD finlandaise depuis 25 ans. J’ai déjà fait plusieurs démarches auprès du Festival d’Angoulême qui se sont conclues par des prix à nos bédéastes. Je suis aussi adhérente d’une association de la BD finlandaise qui rayonne à l’étranger. La France étant La Mecque de la bande dessinée en Europe, il fallait y faire connaître notre magnifique production, c’est pourquoi j’ai cherché et trouvé des partenaires.

Comment avez-vous procédé pour lancer cette Année de la BD en France ?
J’ai réalisé un grand dossier que j’ai remis aux dirigeants de la fédération de la bande dessinée française qui l’ont ensuite ventilé parmi leurs membres. Mon initiative a été accueillie avec enthousiasme. Plusieurs manifestations ont été retenues outre Bastia : « Les rencontres du 9e art » à Aix-en-Provence en avril ; « Formula Bula » en Île de France en septembre ; « Le Festival de Colomiers » en novembre dans le sud-ouest ; « L’institut finlandais » à Paris.

Quelles ont été les relations avec Juana Macari, directrice de Una Volta ?
Elle est venue sur place se familiariser à notre BD grâce à une bourse de voyage que j’ai obtenue. Elle a vu des expositions, des ateliers d’artistes. Elle a fait sa sélection que tout le monde a trouvé excellente.

L’exposition de la bande dessinée finlandaise à Bastia se nomme : Eikenenää.Lieassa. Que signifie cette expression ?
Elle vient de la paysannerie. On peut la traduire par : « On n’est attaché au piquet de personne », qu’on peut entendre comme un manifeste de liberté et d’indépendance.

Dans votre pays la BD est-elle aussi populaire qu’en France ?
Chez nous la BD reste un art du pauvre et le concept de 9e art a été reconnu tardivement. Mais depuis les années 2000, les choses changent. Malgré sa qualité et sa diversité, notre bande dessinée n’a pas franchi nos frontières… sans doute parce qu’on n’a que 5 millions et demi d’habitants. Longtemps notre production nationale n’a pas été traduite ou très peu. Autre facteur qui a pesé : la culture en langue finnoise n’a commencé à se développer qu’à partir du milieu du 19e siècle, au moment de notre indépendance. Conséquence positive notre littérature est neuve et n’a pas à supporter le poids de grandes œuvres du passé.

Votre BD touche-t-elle plutôt les enfants ? Plutôt les adultes ?
Plutôt les adultes… La BD jeunesse commence seulement à se développer. Auparavant les journaux style Mickey (Donald, chez nous) occupaient la place. Les artistes à la pointe en ce domaine sont Juliana Hyrri et Janne Kukkonen.

Comment expliquer qu’en Finlande il y ait autant d’auteurs qu’autrices ?
La société finlandaise a toujours donné autant d’importance aux femmes qu’aux hommes. Notre pays a été le 2e à accorder le droit de vote aux femmes en 1906. Jeunes filles, jeunes mères, les femmes ont toujours été indépendantes financièrement, car travaillant à l’extérieur en particulier. D’où la parité observée dans la BD. Tout est d’ailleurs organisé chez nous pour que les femmes soient autonomes et puissent exercer une profession.

Humour. Société. Politique. Suspense. Quels sont les thèmes favoris de vos bédéastes ?
L’humour est très présent. Les Finlandais pratiquent beaucoup l’autodérision et sont facilement pince-sans-rire. Dans les BD il y a fréquemment des autobiographies qui conduisent à des questionnements. Ces récits touchent tous les sujets. Différence avec la Suède : nos auteurs sont moins politiques. Ce qui les caractérise c’est leur solide formation artistique. Ils ont en mains des outils de très haut niveau qui les autorisent à des explorations et expérimentations d’envergure.

Il y a des minorités en Finlande. Existe-t-il des publications dans ces langues minoritaires ?
Ulla Donner membre d’une minorité suédophone publie en suédois, qui est notre 2e langue nationale. Cette artiste a un grand sens de la satire politique et sociale. Juliana Hyrri a un grand-père appartenant à la minorité finno-ougrienne dont la famille était installée en Estonie russophone à l’époque soviétique. Elle est revenue à la chute de l’URSS.

M.A-P
Dessin de Tiina Pystynrn 
Dessin de press de Ville Ranta
Partager :