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Covid : la grande fracture vaccinale

L'organisation mondiale de la Santé vient de sonner le tocsin....
Covid : la grande fracture vaccinale

L’Organisation mondiale de la Santé vient de sonner le tocsin : si près de 3,3 milliards de doses ont déjà été administrées dans le monde, seulement 1 % l’a été dans les pays les plus pauvres au risque de ne jamais réussir à maîtriser la pandémie.


Deux risques majeurs

L’OMS a annoncé un « bilan tragique » en évoquant le seuil des 4 millions de morts de la Covid-19 précisant que vraisemblablement les chiffres sont sous-évalués. Elle a par ailleurs annoncé une reprise épidémique dans de nombreux pays à cause du variant Delta. Or ce chiffre de 4 millions n’aura vraisemblablement aucune incidence sur la courbe démographique mondiale sachant que plus de 65 millions de personnes décèdent chaque année sur la planète. La tuberculose tue un million et demi d’individus, les maladies coronariennes près de dix millions, les AVC plus de cinq millions, le tabagisme six millions. C’est dire si la COVID est une question certes importante mais disons-le cyniquement qui n’a rien de gravissime, tout au moins si on considère la pandémie uniquement sous son aspect létal.
Mais j’y vois deux risques majeurs quant à ses conséquences. Le premier est la crise économique qui pourrait éclater au détour de la maladie. Le deuxième est l’amertume pour ne pas dire plus des pays les plus pauvres laissés à l’abandon par le quart des nations les plus riches.


Une crise économique

La finance internationale a non seulement continué de progresser durant la pandémie mais elle est devenue florissante. Le nombre de milliardaires a augmenté. Mais cela s’est déroulé sur fond de spéculations et de taux d’intérêt particulièrement bas. En d’autres termes, jamais le monde n’a autant vécu à crédit. Or le crédit bon marché crée des bulles spéculatives qui un jour ou l’autre crèvent. En conséquence, la question n’est pas de savoir s’il y aura crise ou pas mais quand elle va survenir.


Une crise sanitaire et éthique

Une carte mondiale de la vaccination montre des pays pauvres démunis face au virus tandis que les pays riches s’enorgueillissent de leurs campagnes de vaccination. Or, c’est sur les continents les plus pauvres et souvent les plus peuples qu’émergent des variants de plus en plus dangereux. Le sort de la planète se joue donc là-bas.
Malgré des promesses cent fois réitérées, les nations riches n’ont quasiment pas partagé leurs vaccins : sur les 3,3 milliards de doses déjà administrées, seul 1 % l’a été dans les pays les plus pauvres. Il est facile de calculer que pour vacciner 70 % de la planète 11 milliards de doses environ seront nécessaires. Il est vraisemblable qu’on finira par atteindre ce but qui est censé offrir l’immunité collective. Mais ça ne se fera qu’à coups de catastrophe menaçant les pays riches.
La crise sanitaire révèle aussi un manque d’éthique de la part des puissances financières occidentales mais aussi orientales. Haïti par exemple n’a vacciné personne en partie à cause de la réticence des citoyens de ce pays, de l’insécurité qui y règne mais aussi de l’absence de vaccin. Les pays riches semblent ne pas avoir compris que leur sort était étroitement dépendant du reste de la planète.


Inégalités de territoires

N’allons pas, une fois encore nous rouler dans les cendres en invoquant notre responsabilité d’Occidentaux. Les régimes en place dans les pays défavorisés y sont pour beaucoup les uns par obscurantisme religieux les autres par orgueil mal placés et les derniers par incurie organisationnelle.
Mais le bilan de la vaccination révèle un monde morcelé et en souffrance. Plus de la moitié de la population a déjà reçu au moins une dose aux États-Unis ou dans l’Union européenne. Ce chiffre tombe à 30 % en Amérique du Sud. Encore faut-il nuancer en fonction des pays : près de 40 % des Brésiliens et des Argentins ont pu recevoir une première injection, mais seulement 25 % des Colombiens, 20 % des Équatoriens, 15 % des Péruviens et des Boliviens et 5 %des Guatémaltèques.
Il faut savoir qu’une seule injection n’est pas efficace contre les nouveaux variants. Or au Brésil, où le nombre de décès journalier est le plus élevé au monde, moins de 15 % de la population est totalement vaccinée. Et encore, ce sont les citoyens les plus riches qui le sont. En Asie, la situation n’est guère meilleure puisque la deuxième dose n’a été injectée qu’à une infime minorité de la population. En Afrique, le taux de population ayant reçu une dose est inférieur à 2 % et l’épidémie ne cesse d’augmenter.
La stratégie de l’OMS basée sur Covax est donc un échec flagrant. Partager les vaccins avec d’autres pays n’est donc pas de la charité. C’est chercher à nous prémunir d’une catastrophe planétaire qui ne laissera aucun pays intact.



GXC
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