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Fréquentation touristique : l'overdose

L'invasion des milieux naturels a très fortement affecté l'intérieur.
Fréquentation touristique : l’overdose

Les plages et les eaux bleues, y compris les plus belles et en principe les plus protégées, ont subi les nuisances d’un afflux incontrôlé. Et, cette année, l’invasion des milieux naturels a aussi très fortement affecté l’intérieur.


Quel été ! L’inadaptation de notre île à une forte fréquentation touristique et aux premières manifestations du dérèglement climatique (déficit de précipitations, fortes chaleurs) a été évidente et insupportable. Au téléphone, et ce plus particulièrement dans l’Extrême-sud et en Balagne, les habitants et les visiteurs ont dû s’accommoder de fréquentes pannes de réseau ou d’interminables lenteurs de connexion et de transmission. En Plaine orientale, dans le Nebbiu et le Cap Corse, il a fallu l’esprit de responsabilité des agriculteurs et des transferts de la ressource depuis d’autres microrégions pour retarder jusqu’à ces derniers jours la prise d’un arrêté préfectoral « Alerte sécheresse » visant à limiter la consommation d’eau pour certains usages. Un peu partout, la forte fréquentation touristique et la chaleur (jusqu’à 38 et 40 degrés en certains lieux) ont entraîné des pics historiques de consommation d'électricité qui ont conduit EDF Corse, entre le 13 et le 15 août derniers, et ce afin éviter des coupures, à diffuser un courrier électronique invitant les usagers à modérer leur consommation.
Aux quatre coins de l’île, les services de collecte peinant à faire face, des débords de containers et des dépôts sauvages de déchets ont été constatés et l’enfouissement étant au bord de la saturation, une nouvelle crise des déchets est à craindre.
Enfin, sur les routes, nous avons tous souffert d’un afflux de véhicules légers, de caravanes, de camping-cars, de camionnettes aménagées et de vélos qui a rendu tout dépassement impossible ou périlleux et nous a conduit à devoir rouler à une vitesse désespérément basse. Mais le plus insupportable a sans doute été la surfréquentation des sites remarquables.


Même la haute montagne n'est plus épargnée…

Les plages et les eaux bleues, y compris les plus belles et en principe les plus protégées pour préserver la faune et la flore, ont subi les nuisances incontrôlées d’un afflux de bipèdes sur serviettes ou engins motorisés, d’adeptes de la plongée, ainsi que de bateaux de plaisance ou de balade en mer. Et, cette année, l’invasion des milieux naturels a aussi très fortement affecté l’intérieur. Même la haute montagne n'a plus représenté un havre de paix.
Cela peut signifier, si cela persiste et si rien n’est fait, les écosystèmes les plus fragiles et les animaux sauvages seront très vite gravement menacés. C’est clair, le tourisme de l’intérieur souvent présenté comme étant « durable » et le fait de visiteurs amoureux et respectueux de l’environnement, est en passe de devenir un véritable fléau. Et, à mon grand regret, je doute que certaines solutions proposées soient de nature à éviter un désastre écologique. Plus particulièrement, je considère inquiétante la proposition d’ouvrir de nouveaux itinéraires pour alléger la pression sur les sites les plus visités ou les parcours les plus empruntés. N’est-ce pas courir le risque d’ouvrir la porte à de nouvelles invasions sans pour autant maîtriser les anciennes ?

La solution me semble davantage dans l’instauration de limitations et d’interdictions. En particulier de tout ce qui est mécanique : 4x4, motos, quads, VTT… Il serait peut-être aussi judicieux que l’Agence du Tourisme de la Corse cesse de promouvoir les sites les plus connus et donc les plus visités. Les textes et images sur les pages des réseaux sociaux suffisent à les faire bien et même trop connaître !

Enfin, il serait bon que chacun d’entre nous ne contribue pas à l’invasion en divulguant sur ses pages son coin peu connu de baignade, son couvert végétal favori, son panorama préféré ou sa crique introuvable.



Alexandra Sereni
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