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Pas touche au patrimoine !

La question de la sauvegarde du patrimoine et de sa préservation reste un sujet qui fait débat.
Pas touche au patrimoine

Alors que les journées européennes du patrimoine se sont à nouveau soldées par un succès de fréquentation, malgré le contexte particulier et les contraintes sanitaires, la question de la sauvegarde du patrimoine et de sa préservation reste un sujet qui fait débat. Car choisir quoi sauvegarder, comment le préserver, puis le restaurer, toutes ces étapes sont politiques. Même s’il s’agit d’histoire et de culture.


Des trésors inclusifs


Les journées européennes du patrimoine sont l’occasion d’offrir un voyage dans le temps deux jours durant. Découvrir les trésors du patrimoine français et des pièces d’exception, sur l’ensemble du territoire, ça fait recette.
Lors de la 38e édition de ces journées du patrimoine, de nombreux édifices ont ouvert leurs portes au public à travers la Corse. Au programme, les visiteurs avaient le choix entre la Citadelle d'Ajaccio ou encore l'Hôtel de la Collectivité de Corse, assister à des conférences et visites guidées à travers les rues de Bastia ou d'Ajaccio, découvrir la tour génoise de Fautea, parcourir le musée d’archéologie d’Aleria, visiter le site archéologique de Capula, le site préhistorique d’Alo Bisujè, le site de Roccapina… À Calvi, les visiteurs ont pu découvrir des trésors d'architecture qui cachent des trésors de peinture. Le Centre de conservation et de restauration du patrimoine mobilier de Corse a donné à voir aux visiteurs, par exemple, un tableau d'Eugène Delacroix. Autant d’occasions d’apprécier la richesse d’un patrimoine fortement lié à l’identité historique et culturelle de l’île, mais aussi à son patrimoine naturel remarquable.


Au-delà du patrimoine


Le thème des journées cette année était de célébrer l’inclusivité et la diversité du patrimoine culturel. « Patrimoine : Tout compris ! ». L’objectif était de célébrer non seulement notre patrimoine commun, mais d’apprécier également notre diversité. Cela donne une dimension politique au patrimoine, qui possède une valeur pour ses caractéristiques propres et aussi pour ce qu'il évoque et représente. Sauvegarder le patrimoine, c'est sauvegarder la mémoire d'un lieu et de ses habitants, l'identité d'un territoire.
L’investissement dans le patrimoine permet aussi de sauvegarder des savoir-faire, de développer l’offre d’artisanat d’art ou de construction, et se révèle donc indirectement bénéfique pour tous les propriétaires d’objets ou de bâtiments d’intérêt. Sans parler des retombées économiques, via le tourisme. Car l’attachement au bâti va aussi au-delà des considérations religieuses. En témoignent les dons après l’incendie de Notre-Dame. La question de la sauvegarde du patrimoine religieux s’intègre comme un élément parmi d’autres d’un patrimoine dit « culturel », qui se veut plus général et englobant.
En Corse, les églises, chapelles et couvents sont très nombreux, et font la fierté de leurs habitants, sans ferveur religieuse. De nombreuses associations insulaires sont investies dans cette mission de sauvegarde et de préservation. L’observatoire du patrimoine religieux a dressé un riche inventaire des églises et édifices religieux sur l’île de beauté.


Vendre pour sauver


Depuis le mouvement de déconcentration des années 2000, une majorité de monuments historiques n’appartient plus à l’État, mais aux collectivités territoriales (51 %) ou aux propriétaires privés (46 %). L’entretien et la restauration de ce patrimoine représentent une charge non négligeable dans le budget des communes. Les dons et la bonne volonté ne suffisent pas toujours pour couvrir les coûts d’une remise en état. Alors parfois, il faut vendre. On se souvient de la polémique lors de la vente du couvent de Santa Catalina. À Bordeaux, plus de 100 châteaux ont été achetés par des Chinois.
Dans le budget 2020 du ministère de la Culture, les crédits alloués à la préservation des monuments historiques ont atteint 338 millions. Malgré cela, il manque des fonds. D’où le loto du patrimoine, commercialisé sous l'appellation « Super Loto Mission Patrimoine », pour récolter des fonds destinés à la Fondation du patrimoine pour assurer l'entretien de monuments considérés comme étant en péril, qu'il s'agisse de monuments historiques ou non.
En 2021, le couvent de Morosaglia fait partie des monuments inscrits dans ce jeu. Selon le ministère de la Culture, on recense sur l’ensemble du territoire, environ 2000 monuments historiques en péril ou partiellement en péril, et au-delà des monuments classés.


Maria Mariana
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