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Lutte antimafieuse et libertés

Faire des << propositions concrètes >>..........

Lutte antimafieuse et libertés

Deux collectifs antimafia, trois associations de défense de l’environnement et une plateforme citoyenne ont donné une conférence de presse le mardi 20 juin 2023 pour appeler les élus de l’Assemblée de Corse à faire des « propositions concrètes » dans « le combat contre la mafia » dans l’île suggérant un régime spécial appliqué à la Corse.



Tirer le bilan


Il semblerait qu’en Corse on ait quelques difficultés à donner du corps aux revendications. La création des deux collectifs antimafia a été sans aucun doute une grande avancée dans une île où la société paraissait particulièrement atone face à la grande criminalité. Mais là comme pour l'autonomie, la coquille a du mal à être remplie par du concret. Que s’est-il passé depuis la journée consacrée à la lutte antimafia ? Rien ou presque rien en attendant un bilan des commissions (ah les fameuses commissions qui généralement servent à enterrer un problème).
Nous verrons bien. Mais si j’ai bien compris, les collectifs demandent aux élus de la Corse de formuler des demandes en direction de l’État au lieu de dénoncer des situations précises constatables dans notre île. Car les deux collectifs auraient pu se saisir de plusieurs affaires liées notamment au Petit Bar : noms de jurés découverts dans le téléphone d'un voyou en détention ; relations pour le moins curieuses de cet individu avec une magistrate et un ancien préfet de Corse etc. Or sur tous ces points précis et malgré des articles de presse parmi lesquels ceux que j’ai signés dans le Journal de la Corse, les deux collectifs s’en sont tenus à un silence prudent alors que c’était là des occasions en or de dénoncer les failles de l’État. Et je ne parle pas des associations de défense du littoral qui, parce que c’est légal, se taisent (ou n'émettent que des murmures) sur le bétonnage de l’île sans dénoncer la relation pourtant évidente entre cette destruction environnementale majeure, le blanchiment de l’argent et les difficultés grandissantes de logement. Bref j’ai bien peur que cette conférence de presse n’aboutisse à rien sauf à en faire une autre dans six mois pour répéter les mêmes injonctions. Je le crains, mais je ne l’espère pas, car la pénétration mafieuse est profonde, insidieuse et tous les efforts pour la combattre doivent être encouragés et accompagnés.

C’est fou ce flou


Léo Battesti, porte-parole du collectif antimafia A Mafia No, a demandé que « l’État sorte des ambiguïtés et soit beaucoup plus clair, par rapport à la lutte contre les systèmes mafieux, particulièrement par rapport à la criminalité en col blanc qui, aujourd’hui, est la véritable mafia en Corse. » Qu’est-ce à dire ? La mafia ne serait plus l'émanation de la grande délinquance, mais « une criminalité en col blanc » ? Il faut préciser, donner des faits, des noms. Mais c’est bien là la faiblesse des collectifs : l'absence de précision. On essentialise et on finit par parler flou. Pourquoi ne pas citer de la CCI du sud et les doutes insistants qui planent au-dessus de son fonctionnement ? Pourquoi taire les assassinats liés aux déchets ou encore à l’immobilier ? De la précision et du concret, nom d’un chien. Sinon il ne servira à rien de s’agiter.

Plus de répression donc moins de libertés


Les 196 nations de la planète connaissent presque sans exception une tendance accrue à la restriction des libertés pour mieux museler l'expression citoyenne. C’est la conséquence des tensions économiques et climatiques qui provoquent une aggravation des peurs liées à l’immigration, à l’islam, à l’essor des mafias. Face à l’ampleur de l’angoisse, les régimes durcissent les législations et compriment l’espace de libertés. La question qui est donc posée est simple : doit-on au nom de la sécurité aller dans le sens répressif pour tenter de limiter un phénomène criminel ? C'est un débat fondamental. L’extrême droite et la droite extrême poussent dans ce sens jouant sur des réalités qu’il est impossible de négliger. La gauche est absente.
Le politique disparaît au profit de tout répressif. On interdit des organisations écologistes au nom de la lutte contre le terrorisme. On criminalise l’immigration prenant pour prétexte les délits parfois atroces commis par quelques immigrés en déshérence. Corse-Matin relatait la conférence de presse des collectifs et de leurs alliés sous un autre article traitant de nouvelles dispositions pour actionner secrètement les ordinateurs et les téléphones de suspect. Mois après mois, le tout répressif prend le dessus.
D’un côté, il est légitime d’utiliser des outils toujours plus performants face à aux mafias. Mais peut-on accepter que soient fourrées dans un même sac toutes les formes de contestation qualifiées de terroristes. Demain le terme de « mafieux » risque fort d’être utilisé contre tout citoyen contestataire et en marge de la loi. Il faut en débattre car il n'existe pas de solutions miracles. Si victoire il doit y avoir, elle passera nécessairement par une mobilisation citoyenne et non pas par des effets de manche de l’état, de la collectivité ou même des associations.

GXC
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