Le Nouvel An à travers le monde et les régions
Fêter le Nouvel An dans le monde est un voyage à lui seul.
Le Nouvel An à travers le monde et les régions
Fêter le Nouvel An dans le monde est un voyage à lui seul.
Dès que l’horloge bascule, chaque pays réactive ses rites, tantôt joyeux, tantôt étranges, toujours révélateurs d’une manière singulière d’espérer l’avenir. Derrière un même souhait universel – commencer l’année du bon pied – s’esquisse une mosaïque de gestes, de mets et de superstitions où se croisent ferveur populaire, humour et croyances anciennes.
Les Brésiliens, par exemple, transforment leurs plages en sanctuaires lumineux. Habillés de blanc, ils sautent sept vagues, font des vœux, allument des bougies, s’offrent des sous-vêtements colorés : bleu pour la santé, vert pour la chance, rose pour l’amour. À New York, l’année démarre sous une pluie de confettis tandis qu’une boule de cristal descend lentement à Times Square. En Espagne, les douze coups de minuit s’accompagnent de douze grains de raisin goulûment avalés.
Les rituels qui portent bonheur
Partout, le passage d’année suscite l’idée de conjurer le sort. Les Italiens dégustent lentilles et saucisses pour attirer la prospérité, tandis qu’en Écosse, le « First footing » désigne la première personne qui franchit le seuil d’une maison, supposée déterminer la chance du foyer. En Norvège, trouver l’amande cachée dans le riz au lait garantit une année fastueuse ; en Pologne, conserver des écailles de carpe dans son porte-monnaie promet richesse et stabilité. En Slovénie, il faut éviter tout objet métallique, jugé néfaste en ce jour liminal.
Les peuples slaves multiplient aussi les pratiques symboliques : en Roumanie, certains disent tendre l’oreille pour surprendre le bétail parler, signe de récoltes abondantes ; en Moldavie, on enfile de véritables peaux d’ours pour danser et chasser les mauvais esprits. En Bulgarie, un banitza, une pâtisserie locale, garni de porte-bonheurs distribue, au hasard des parts, promesses de chance ou de santé.
Superstitions, excentricités et grands spectacles
L’imagination prend parfois des tournures spectaculaires. En Équateur, on brûle une marionnette en papier mâché pour effacer les mauvaises traces de l’année. Au Mexique, on court une valise vide à la main pour s’assurer un avenir plein de voyages. Au Pérou, on règle ses comptes à coups de gants de boxe, tandis qu’à Cuba, on jette l’eau par les fenêtres pour écarter la sécheresse. À Montevideo, les calendriers se transforment en nuées de confettis.
Ailleurs, c’est le froid qui domine. Canadiens et Néerlandais se jettent dans des eaux glacées. Les Finlandais prédisent leur avenir à partir de formes d’étain fondu plongé dans l’eau. En Islande, la satire s’invite à la fête avec une revue humoristique diffusée chaque 31 décembre. En Australie, Sydney illumine le ciel avec près de 80 000 feux d’artifice, tandis que la Nouvelle-Zélande entonne un vacarme de casseroles pour accueillir la nouvelle année.
La France et la diversité des vœux
En France, champagne et gastronomie dominent le réveillon, tandis qu’on renouvelle les vœux classiques : « bonne année, bonne santé ». Mais les régions cultivent leurs nuances. En Corse, on dit « Pace è salute à tutti per tuttu l’annu » traduisant ce qui a été nos deux préoccupations majeures pendant des millénaires : la santé et la paix. En Provence, on souhaite un « Bon bout d’an », parfois prolongé d’un aphorisme plein de sagesse : « e se sian pas maï, que siguen pas mens » « « et si nous ne sommes pas plus (nombreux ou mieux lotis), que nous ne soyons pas moins ». Dans le Nord, on lance un simple et chaleureux « Bon reste ! ». Ces variations régionales rappellent que la parole elle-même est un patrimoine.
La question des bises, elle aussi, varie : une seule en Bretagne, trois dans la région de Montpellier, parfois quatre dans les Pays-de-la-Loire. En Corse, originellement on pratiquait l’abbracciu, c’est-à-dire l’embrassade au sens littéral du terme. On prenait dans ses bras et on serrait très fort. Une danse sociale qui illustre à quel point les gestes d’amitié comptent autant que les mots.
Un miroir des cultures
Partout, les rites du Nouvel An expriment la même volonté : recommencer, espérer, se protéger et célébrer. Qu’il s’agisse de sauter dans l’eau glacée, de brûler un vœu, de casser de la vaisselle ou d’observer la direction du vent, ces traditions composent un kaléidoscope ému et joyeux de l’humanité. Elles rappellent que la nouvelle année n’est pas seulement un chiffre : c’est un moment où chaque culture affirme sa manière d’habiter le temps, de dialoguer avec la chance et d’allumer, ne serait-ce qu’une nuit, une étincelle de renouveau.
GXC
Illustrations : D.R