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Grève des marins : sortie de crise, mais pas de quoi pavoiser

Quatre problématiques pendantes

Grève des marins : sortie de crise, mais pas de quoi pavoiser



Navires des compagnies Corsica Linea et La Méridionale à quai, camions et remorques immobiles dans les enceintes portuaires, navires Corsica Ferries interdits d’accoster à Aiacciu et Bastia, du lundi 2 au vendredi 7 février, la grève des marins CGT a interrompu ou plombé la desserte maritime de la Corse depuis l’Hexagone et l’Italie.


Les grévistes entendaient dénoncer que les compagnies Corsica Ferries et Grandi Navi Veloci qui, selon eux, réduisent leurs coûts en usant d’un « dumping social », puissent ainsi imposer « une concurrence déloyale » sur des dessertes de la Corse ou du Maghreb (de service public ou non) aux compagnies Corsica Linea et La Méridionale qui naviguent sous pavillon français réputé garantir un haut degré de performance et d’exigence en matière de qualité environnementale, de sécurité des navires et de droit social. En conséquence, ces grévistes exigeaient notamment l’interdiction du pavillon italien sur les lignes territoriales françaises à passagers et un engagement écrit de l’État garantissant le financement des délégations de service public jusqu’en 2030. Une réunion de conciliation a eu le jeudi 6 février à Marseille avec notamment autour de la table, bien entendu la CGT Marins, le SAMMM (Syndicat Autonome des Marins de la Marine Marchande) et le STC (Syndicat des Travailleurs Corses) qui n’avaient pas appelé à la grève, mais partageaient les revendications des grévistes, les directions de la Corsica Linea et de La Méridionale, et un membre du cabinet du ministère des Transports. Par ailleurs, le ministre des Transports avait annoncé la nomination de deux médiateurs. La réunion n’a pas donné lieu à une issue favorable.

Deux engagements


C’est la table-ronde organisée le lendemain à Bastia qu’avait initiée Jean-Félix Acquaviva, conseiller exécutif de Corse et président de l’Office des Transports de la Corse, qui a permis une sortie de crise. Des engagements ont été pris. Premier engagement : aucune sanction à l’encontre des grévistes. Deuxième engagement : aborder par le dialogue les problèmes structurels pouvant menacer le service public de desserte maritime de la Corse, la viabilité des compagnies, des centaines d’emplois. Les parties ont convenu que ce dialogue se déroulerait selon les modalités suivantes. Dans les dix jours : rendez-vous avec le ministère des Transports pour cerner globalement et selon tous ses aspects la problématique de la desserte maritime de la Corse. D’ici le mois de juin : échanges relatifs au renforcement de la maîtrise de la continuité territoriale et des transports devant aboutir à un rendu global ; démarches auprès des instances compétentes de l’Union européenne pour demander que la desserte de la Corse soit exemptée de l’application de la directive ETS (échange de quotas d’émission) prévoyant la facturation, à certains secteurs de l’économie, des gaz à effet de serre qu’ils émettent. Et aussi, dans les prochains jours : rapprochement stratégique Corsica Linea et La Méridionale pour la desserte du Maghreb. Concernant ce dernier point, le représentant de la CGT Marins a expliqué : « Si les compagnies qui exploitent les lignes du Maghreb sont affectées par la prédation de compagnies low cost, on risque qu’un jour, faute d’opérateurs, un contrat de délégation de service public maritime concernant la Corse ne puisse être appliqué. »

Quatre problématiques pendantes


Jean-Félix Acquaviva s’est cependant gardé de pavoiser. Il a prévenu que le combat pour la défense et la stabilité de la continuité territoriale ainsi que pour l’effectivité de la maîtrise des transports par la Corse, était loin d’être terminé. Il a précisé que si l’objectif prioritaire était certes de sécuriser l’actuelle délégation de service public, il convenait aussi de penser la desserte maritime de la Corse de l’après 2030. Louable lucidité car, depuis au moins un demi-siècle, il est quatre problématiques pendantes : délimitation entre concurrence et service public en fonction des périodes de hautes et basses fréquentations et d’un seuil de rentabilité pour les opérateurs ; compagnie maritime corse de service public ou délégation du service public ; dérogation européenne aux règles de la concurrence pour la desserte des îles ; jusqu’à quel point conserver tous les emplois de marins et de sédentaires doit peser sur l’intérêt économique global de la Corse et le portefeuille de l’usager corse. Ne pas apporter de solutions fiables et durables représente la certitude de nouvelles grèves et la persistance d’une menace : du fait d’une enveloppe de continuité territoriale limitée par des considération budgétaires et/ou de la fin des dérogations temporaires accordées par la Commission européenne, une desserte de la Corse passant aux mains du privé multinational.

Pierre Corsi
Crédit photo : journal de lacorse 
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