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Salle Calvi — Balagne Culture et… élections !

Balagne Culture et… élections ! Rire. Sourire. Amitié.

Salle Calvi — Balagne
Culture et… élections !



Quelle que soit l’élection, les candidats, les partis, les mouvances, les regroupements apprécient les salles de spectacle, surtout quand elles sont confortables. Est-ce alors au détriment de la culture ? Non, assure Anaïs Monnet, codirectrice artistique. Tout roule en harmonie dans ce bel outil culturel ouvert en 2024 à Calvi.

La salle est vaste avec ses 346 places. Chaleureuse avec ses sièges rouges en arc de cercle. Avec, comme il se doit, une bonne acoustique et des loges qui ne peuvent que plaire aux artistes… Présentations de listes, meetings : tel est le lot actuel des jours. Le reste de l’année, le théâtre accueille des séminaires, des conférences, des festivals : « Jazz in Calvi », « Rencontres de Calenzana ».
« Maintenant, élections ou non, tout s’organise au mieux, d’autant que notre programmation vit au rythme d’un spectacle par mois, en alternant pièce, musique, humour, tour de chant », précise la coorganisatrice du lieu avec François Dagregorio.

Rire. Sourire. Amitié.


La nouvelle année a commencé par du rire, plus que bienvenu en cette période de grisaille et de crises tous azimuts. Les cinq humoristes de « La Meute Comedy » ont eu assez de succès pour faire oublier, le temps d’une soirée, une atmosphère internationale pesante et les coups du sort gravissimes qui endeuillent notre ciel de Corse.
Dans la foulée, le 28 février, sont annoncées « Les Fourberies de Scapin », qui ne riment ni avec tristesse ni avec mélancolie. Jean-Pierre Daguerre offre une représentation tonique et pleine de verve, proche de l’univers de la commedia dell’arte, mêlée au rythme incandescent du verbe de Molière.
Le 17 mars, on va retrouver avec joie un spectacle imaginé par Lauriane Goyet. Avec sa création « La peau des autres », la Balanine nous confronte à la souffrance d’une adolescente aux prises avec la violence de son père. Souffrances mentales et physiques d’une jeune fille broyée par ses émotions. Le texte de Goyet est ponctué de poésie et dit la réalité d’un vécu qui trouve heureusement un soutien dans l’amitié d’une compagne. Amitié au pouvoir extraordinaire, car elle est indispensable à la survie. À la vie.

Superbe spectacle de danse et de jazz


Excellente surprise en avril, le 11 précisément : « Mosaïk » du chorégraphe Mourad Merzouki est à l’affiche. Avec cette chorégraphie, Merzouki revisite trois décennies d’innovations chorégraphiques d’un hip-hop sans cesse renouvelé, sans cesse réinventé, toujours aérien, toujours métissé.
Du jazz pour le 9 mai, joué par deux formations : Radiche et Transatlantic Hot Club. Deux musiques différentes mais qui ne rejettent pas les rencontres, les croisements, parfois la fusion. Radiche, projet de Fanou Torracinta, va reprendre, aux côtés de la voix chaude de Fabrice Andreani, les standards de Ciosi, Tony Toga, des frères Vincenti, de Charles Rocchi, occasion de les resituer dans un riacquistu qui les expédie trop souvent aux oubliettes.
Tomber de rideau le 6 juin avec le chanteur Bertrand Belin, dont certains estiment qu’il est le nouveau Bashung.

Michèle Acquaviva-Pache


Tarifs
Adultes : de 30 à 50 euros
Réduit : de 15 à 25 euros
Enfants : 10 euros



ENTRETIEN AVEC ANAÏS MONNET, codirectrice artistique de la salle de Calvi


Pas d’incidences du tout des municipales sur votre programmation ?
Aucune incidence. Nos contraintes sont restées les mêmes, ce sont d’abord celles de notre budget à respecter. Les politiques n’ont fait que louer la salle.

Pour faire tourner une salle telle que celle de Calvi, quelles sont les conditions à respecter ?
On doit prendre en compte la jauge de la salle, soit 346 places. Il y a donc des propositions qui ne s’inscrivent pas dans notre dimension. Il faut également que notre plateau technique soit adapté. On doit aussi se plier à nos possibilités financières, ce qui nous pousse à écarter certains spectacles. Il est important de trouver un équilibre entre des productions qui ont de la notoriété, dont on sait d’avance que, très populaires, elles rempliront facilement la salle, et des projets plus pointus, plus risqués, qui au final attireront moins de monde. En toutes circonstances, nous devons garder en tête notre mission de valorisation de la création et de promotion de la langue corse. C’est en réunissant ces conditions que nous parviendrons à fidéliser notre public et à aller de l’avant.

Quel est votre public : Calvais, Balanin, Corse ?
Ça dépend du programme. Quand nous avons reçu l’humoriste bastiais Julien Santini, des jeunes et des moins jeunes sont venus de Bastia et d’un peu partout. Louis Chedid a attiré des spectateurs de Calvi, mais aussi des Bastiais, des gens de Porto-Vecchio, de Ghisonaccia. Lors des spectacles des écoles de danse de fin d’année, on fait le plein et on accueille toutes les générations.

Lorsque vous établissez votre programmation, pensez-vous aux petits, aux ados, aux jeunes ?
On travaille avec le collège Orabona et on met en œuvre une médiation culturelle en direction des jeunes. C’est une évidence pour nous.

Invitez-vous « Les Fourberies de Scapin » spécialement pour les jeunes ?
On réfléchit toujours à l’aspect pédagogique des pièces de théâtre. En 2025, lorsque nous avons mis à l’affiche « Le Malade imaginaire », Orlando Furioso a amené ses élèves au théâtre pour échanger avec la troupe. À cette occasion, les jeunes ont pu découvrir ce qui se passe en coulisses et les débats ont été très enrichissants. En juin dernier, les collégiens ont pu assister à la représentation de Don Quichotte monté par Jean-Pierre Lanfranchi. Après le spectacle, ils ont pu poser toutes les questions qu’ils avaient sur le cœur. Ça les a beaucoup intéressés. Quand Océane Court-Mallaroni a présenté « Oncle Vania » de Tchekhov, mis en scène après une résidence ici, les jeunes ont découvert la générale. Ils étaient environ trois cents. Ils ont bien aimé et ont abordé avec l’artiste les problèmes de l’adaptation en français d’une œuvre écrite en russe.

Pourquoi avoir programmé « La peau des autres » de Lauriane Goyet ?
Parce que c’est un beau spectacle. Parce que cette pièce est écrite et montée par une Balanine et qu’elle est dotée d’une belle dynamique. Parce que la metteuse en scène et les comédiennes sont talentueuses. Parce que la thématique de « La peau des autres » est actuelle, puisqu’il s’agit de violences familiales subies par une adolescente qui trouve réconfort grâce à une amie. Parce que cette pièce montre bien comment l’amitié peut aider à sortir de la souffrance et de la honte.

La compagnie de Mourad Merzouki vient danser « Mosaïk » en avril. Le chorégraphe est le prince du hip-hop. Les Calvais vont-ils goûter cette chorégraphie avec plaisir ?
Quand on dit danse, on pense souvent au ballet classique, auquel notre plateau technique est inadapté. Mais la danse, c’est bien d’autres choses. Il n’est qu’à se souvenir que l’an dernier, Manon Bouquet, qui a proposé un spectacle de chorégraphie contemporaine très libre, a beaucoup plu à nos spectateurs. Avec « Mosaïk » de Mourad Merzouki, je crois que les Calvais vont abandonner leurs stéréotypes sur le hip-hop, tant cette pièce chorégraphique souffle un air nouveau et revigorant. Avec « Mosaïk », je souhaite ouvrir grand les portes de la curiosité du public. Autre avantage du spectacle : les enfants sont admis dès l’âge de sept ans.

En mai, place au jazz. Pourquoi recevoir le même soir deux formations ?
En Corse, on fait trop l’impasse sur les premières parties de spectacle. J’ai donc décidé de remédier à ce problème. Nous allons d’abord recevoir Radiche, formation de Fanou Torracinta à la guitare et de Fabrice Andreani au chant, qui revisitent les répertoires de Charles Rocchi, Tony Toga, Antoine Ciosi, les frères Vincenti. Puis arrivera sur scène le Transatlantic Hot Club du harpiste Ben Creighton Griffiths. Le groupe associe également un violoniste français, Adrien Chevalier, un accordéoniste corse, Jérémy Lohier, et un contrebassiste gallois, Ashley John Long. Les deux formations invitées ne font pas la même musique, ce qui ne signifie pas qu’elles renoncent au dialogue.

Le chanteur Bertrand Belin fait une escale chez vous, en Balagne. Est-ce un invité rêvé ?
C’est un artiste que l’on suit depuis longtemps. Sa singularité, ses textes superbes, sa musique accessible à tous sont autant d’atouts. On dit que sa voix de crooner évoque Bashung. En tout cas, il mérite d’être mieux connu.

M. A. — P.
Crédit Photos : oeuvres présentées à la salle de Calvi
Les fourberies de Scapin : Véra Undritz, grégoire Matzneff, franck Harscoüet
La peau des autres :Acrobatica Machina
-Radiche : Radiche
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