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Les peurs du monde nouveau

La France vit aujourd’hui sous un climat de peurs accumulées, alimentées par un pouvoir politique à bout de souffle.

Les peurs du monde nouveau



La France vit aujourd’hui sous un climat de peurs accumulées, alimentées par un pouvoir politique à bout de souffle.

L’impopularité du président atteint un niveau qui ne laisse plus guère de marge à la parole publique. Incapable de rassembler, le pouvoir s’enferme dans un discours où chaque enjeu devient une menace imminente : criminalité organisée envahissante, Russie agressive, guerre annoncée, climat en dérive, finances exsangues. Le récit national se réduit à un inventaire anxiogène. Après le traumatisme du confinement, un jeune Français se voit renvoyé à un avenir sans horizon. On s’étonne ensuite de l’explosion des addictions, du repli, de la désespérance. Il suffit pourtant d’observer l’atmosphère : un pays qui ne propose plus de perspective crée mécaniquement un vide que l’angoisse remplit.

Le retour du « no future »


Aucune de ces menaces n’est imaginaire. Beaucoup sont réelles, profondes, difficiles. Mais ce qui frappe est l’absence de vision. Le pouvoir n’offre qu’une réponse uniforme : davantage de répression, moins de libertés, des sacrifices à consentir sans contrepartie visible, plus d’impôts pour moins de service. Dans un tel contexte, la société se fragmente. Le discours sur le danger devient un système qui se suffit à lui-même. Les jours passent comme dans les années 90 où l’expression « no future » résumait l’état d’esprit d’une génération. La vieille Europe, incapable de se réinventer, donne chaque jour un peu plus l’impression d’un effondrement civilisationnel en cours, sans imagination pour y faire face.

Une puissance reléguée à l’arrière-scène


Le spectacle international renforce cette impression d’effacement. Alors que le président américain négocie la paix en Ukraine en contournant à la fois les Ukrainiens et les Européens, la France découvre qu’elle n’est plus dans la pièce où se joue son avenir. Un général appelle à préparer les jeunes au sacrifice, mais sans expliquer pourquoi ni comment. Ce type de déclaration ne fabrique ni patriotisme ni courage : il nourrit l’idée que les responsables eux-mêmes ne maîtrisent plus le sens de leur action. Le sentiment d’un pays qui se défait, qui n’arrive plus à articuler une direction, s’installe.

Le piège des illusions autoritaires


Cette crise de sens bénéficie aux forces politiques les plus radicales, qui avancent l’image d’un chef providentiel. Mais dans un monde dominé par des intérêts financiers globaux, cette figure ne pourrait que décevoir. Nulle autorité solitaire ne triomphera de marchés qui ne reconnaissent que le profit. Acheter l’illusion rassurante d’un dirigeant tout-puissant revient à retarder l’évidence : c’est la société elle-même qui doit retrouver un projet, non un individu censé l’incarner à sa place.

Le besoin de transcendance


L’être humain ne se contente pas de survie matérielle. Il a besoin de croire que son existence participe à quelque chose qui le dépasse. Le retour des religions, dans leurs formes apaisées comme dans leurs dérives, exprime cette quête. Nietzsche annonçait la mort de Dieu, mais il n’avait pas prévu qu’un matérialisme sans justice, sans horizon commun, sans récit partagé, finirait par étouffer l’élan vital des sociétés. Une communauté ne se maintient pas seulement par des lois, mais par la conviction que chacun appartient à une histoire plus vaste.

Retrouver l’espérance


La France ne manque ni d’intelligence ni de talent. Elle manque d’espérance. Pour sortir du cercle des peurs, il ne suffit pas d’énumérer les dangers. Il faut proposer une direction où chacun retrouve sa place, où l’effort collectif se justifie par un objectif lisible : transmettre, protéger, inventer, partager. Les générations nouvelles n’attendent pas des discours de résignation, mais la preuve qu’un avenir est encore possible. Redonner sens, c’est redonner souffle. Et redonner souffle, c’est rendre à ce pays la capacité de se projeter au-delà de ses inquiétudes. Une nation qui retrouve un horizon retrouve immédiatement de la foi.

Un horizon partagé


Une espérance vraiment collective suppose de reconnaître la valeur de toute forme de vie, humaine comme non humaine, car une civilisation qui ne respecte pas le vivant finit toujours par se détruire elle-même. Tant que les sociétés refusent d’assumer cette responsabilité commune, elles se réfugient dans des conflits qui masquent leur incapacité à répondre à la seule question essentielle : à quoi tout cela sert-il vraiment ? Une paix durable ne naîtra que d’un horizon partagé, où chacun comprend que son destin est lié à celui des autres.



GXC
illustration : D.R
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