Macron et Simeoni glacent leurs peuples
De plus en plus nombreux sont les femmes et les hommes qui n’ont plus les yeux de Chimène pour les politiques du Président de la République et du Président du Conseil exécutif.
Macron et Simeoni glacent leurs peuples
De plus en plus nombreux sont les femmes et les hommes qui n’ont plus les yeux de Chimène pour les politiques du Président de la République et du Président du Conseil exécutif. Au vu des leurs bilans après neuf et dix ans de règne, cela peut se comprendre.
Selon les sondages de ce début d’année, plus d’un Français sur cinq n’accorde plus sa confiance à Emmanuel Macron. En ce qui concerne Gilles Simeoni, si aucun sondage récent ne permet d’évaluer à quel niveau les Corses lui font encore confiance, il est deux signes qui alertent : la déroute de son lieutenant Jean-Félix Acquaviva lors des dernières élections législatives ; la nécessité de livrer bataille en personne pour tenter de conserver à son camp le fief municipal qu’il avait conquis en mars 2014 et à partir duquel il avait, les années suivantes, construit ses victoires et celles de ses partisans. C’est clair, selon beaucoup qu’Emmanuel Macron et Gilles Simeoni ont hier séduit voire fasciné, les vents soufflant désormais depuis le palais de l’Élysée et le Grand hôtel sont glaciaux, il fait froid.
Povera Francia
La situation financière et économique de la France est préoccupante. Financièrement, elle ne parvient pas à mettre fin à la spirale infernale que représente l’endettement. En effet, sa dette publique augmente, car une croissance économique trop faible ainsi que l’incapacité de réduire la dépense publique la conduisent à un recours répété et toujours plus important à l’emprunt sur les marchés financiers ainsi qu’à une dégradation de ses notes souveraines par les trois grandes agences mondiales de notation. Économiquement, elle est au ralenti. Les faillites sont légion. Les comptes, l’activité et les capacités d’investir, d’innover et de recruter des entreprises de toutes tailles et de tous les secteurs sont plombés par le poids croissant de la fiscalité et des charges fixes, par le remboursement d’emprunts contractés pendant la pandémie, par des normes toujours plus nombreuses et contraignantes, par la réduction ou la stagnation des aides à l’apprentissage, à l’emploi, à la formation, à la recherche. La situation sociale de la France est tout aussi préoccupante du fait de l’augmentation des inégalités, de la précarité, de la pauvreté, de la difficulté de se loger. La cohésion de la société française est menacée par l’insécurité et les zones de non-droit, par les communautarismes ainsi que par la déconnexion entre le peuple et les « élites ». Le service public peine à accomplir ses missions. Au niveau de la protection de l’environnement, la transition écologique est contestée ou marque le pas. Sur le plan politique, la confiance dans les institutions et les élus s’effrite. Le gouvernement peine à faire adopter le budget et est sous la menace de la censure. L’Assemblée nationale est soumise au chantage à la dissolution. Les clivages s’accentuent : la droite de la droite est aux portes du pouvoir, la gauche de la gauche est dans la rue et multiplie les prises de position provocatrices. Sur le plan international, le rôle premier de la France au sein de l’Union européenne et important dans les relations avec les grandes puissances est disputé par l’Italie et l’Allemagne, la perte d’influence de la France en Afrique francophone est confirmée. Enfin, l’identité et l’unité nationale de la France sont contestées ou minées par le wokisme, la cancel culture, l’islamisme, le mondialisme.
Dinò povera Corsica
La Corse est économiquement et socialement frappée ou rongée par quelques compradores qui captent une grande partie des marchés et de la richesse, la spéculation immobilière, la dépendance aux aides de l’État notamment en ce qui concerne les transports maritime et aérien, les insuffisances ou le délabrement du réseau routier, l’endettement de ses collectivités, la cherté des produits de consommation courante et des services, la quasi-impossibilité de se loger à des prix décents aussi bien à l’acquisition qu’à la location, les bas salaires, l’emploi précaire, le chômage, l’exil à nouveau de sa jeunesse, la désertification rurale. La société corse est minée par une criminalité aujourd’hui communément appelée dérive mafieuse, l’explosion des petites et moyennes délinquances, la consommation galopante de stupéfiants, la disparition des valeurs traditionnelles, le tourisme de masse. La culture corse est menacée par la dilution dans le mondialisme de la langue corse et de la création nustrale. L’existence même du peuple corse est gravement compromise par la dénatalité et les arrivées massives de nouveaux habitants dont la plupart n’ont que faire de s’assimiler. Sur le plan politique, la « famille » nationaliste est divisée, se notabilise et se clanise. Sur le plan institutionnel, du fait que le recours à toute mobilisation populaire a été écarté ou étouffé par l’actuelle majorité territoriale, il est avéré que si autonomie il y a, elle sera vidée d’une grande partie de ce qui serait une véritable substance (reconnaissance du peuple corse, coofficialité de la langue corse, citoyenneté corse...) L’échec le plus patent, le plus accablant, de Gilles Simeoni et ses partisans, car il concerne un domaine de compétence qui leur est reconnu, est la gestion financière désastreuse de la Collectivité de Corse (cette gestion souffre de « signes de détérioration préoccupants » selon le dernier rapport de la Chambre régionale des Comptes rendu public lors de sa présentation à l’Assemblée de Corse, au début de l’été dernier). Ce document révèle : une forte « dégradation de la santé financière » (moins de recettes et plus de charges de gestion) ; un taux d’épargne brut (écart recettes/dépenses) se contractant ; un niveau alarmant des dépenses de Fonctionnement ; une incapacité de maîtriser les dépenses de personnel ; un lourd endettement. Ce qui fait craindre une dépendance accrue à l’emprunt, une quasi-incapacité à résister aux ukases de l’État et une remise en cause de la soutenabilité de la politique d’investissement et de la solvabilité. Or tout ceci pèse lourd sur les Corses : augmentations d’impôts et taxes, dégradation de la commande publique (les magistrats ont d’ailleurs souligné des retards importants pris dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements), moindre maintenance de certaines infrastructures… Et cela ne devrait pas s’arranger, car, selon la Chambre régionale des comptes, la trajectoire financière sera difficilement soutenable au-delà de 2026, d’autant que la baisse ou la dévalorisation des dotations de l’État, les charges de personnel, les dépenses d’aides sociales et le coût des délégations de service public ont été et restent insuffisamment anticipés.
« Café bouillu, café foutu »
Emmanuel Macron et Gilles Simeoni ne sont certes pas responsables de tout. Des éléments de contexte sont à prendre en compte. Mais tous deux, depuis leur accession aux responsabilités, ayant voulu décider de tout ou presque, c’est à eux que sont déjà et seront toujours davantage demandés des comptes. Et les situations qu’ils ont fortement contribué à créer, dont ils sont loin de reconnaître la réalité, relativisent et rendent presque dérisoires ces vœux que l’un et l’autre ont adressés à leurs administrés le soir de la Saint Sylvestre : « Au-delà des chantiers à mener, je veux avoir, pour notre nation, trois vœux. D’abord, un vœu d’unité. Mon deuxième vœu est un vœu de force, d’indépendance. Mon dernier vœu est un vœu d’espérance, espérance pour nous-mêmes et pour nos enfants » nous a souhaité le Président de la République ; « Je forme le vœu que notre île s’engage irréversiblement sur le chemin du bonheur et de l’émancipation » nous a souhaité le Président di Conseil Exécutif. Le traditionnel et élyséen « Je vous souhaite une très belle, une très heureuse année 2026 » et le non moins traditionnel corse et grandvalien « Pace è Salute », ont un goût détestable de café réchauffé qui ne peut ni réconforter ni réchauffer personne ou presque. Comme disait Mammona : « Café bouillu, café foutu ».
Pierre Corsi
photo : D.R