• Le doyen de la presse Européenne

Paris sous la honte

L’agriculture sonne le tocsin : il faut sortir de l’Europe — et vite Paris a pris l’habitude de parler pour ne rien faire.

Paris sous la honte


L’agriculture sonne le tocsin : il faut sortir de l’Europe — et vite Paris a pris l’habitude de parler pour ne rien faire. Elle parle comme on meuble un salon : avec des mots de velours, des promesses en papier, des indignations de théâtre. Mais pendant que l’on disserte, que l’on « consulte », que l’on « concerte », les campagnes s’effondrent. Et lorsque la terre tombe, tout le reste suit : la table, la monnaie, la souveraineté, l’ordre, la paix civile. L’agriculture sonne le tocsin.

On fait semblant de ne pas l’entendre. C’est que Paris, depuis longtemps, préfère le bruit de ses propres phrases au grondement du réel.
Car il ne s’agit plus d’une crise : il s’agit d’une liquidation.

Nos paysans — et je dis paysans, non « exploitants », non « opérateurs », non « acteurs du secteur » : paysans, c’est-à-dire les hommes qui tiennent le pays — sont devenus les serfs d’une mécanique européenne qui ne produit rien, sinon des règlements, des formulaires, des interdits, des humiliations et des ruines comptables. On leur demande d’être compétitifs, mais on les accable de normes. On leur demande de nourrir la nation, mais on les prive d’outils. On leur demande d’être « vertueux », mais on les laisse seuls face à la concurrence déloyale, aux importations massives, aux prix cassés, aux traités signés dans le dos des peuples. On leur demande tout — et l’on ne leur rend rien, sinon le mépris.
Voilà la vérité : l’Europe, telle qu’elle fonctionne, ne protège pas. Elle organise la défaite.

Il y eut, jadis, une France qui savait ce qu’elle devait à sa terre. Un pays qui ne produit plus sa nourriture est un pays qui se prépare à obéir. Celui qui dépend du dehors pour son pain dépendra demain pour son énergie, après-demain pour ses médicaments, et bientôt pour sa police. Et quand l’on ne tient plus rien, l’on se contente de prêcher.
Or l’Europe prêche. Elle prêche l’ouverture, mais elle ferme les yeux. Elle prêche l’harmonie, mais elle fabrique des victimes. Elle prêche la « transition », mais elle pratique l’abandon. Elle prêche la morale, mais elle signe les marchés. Et surtout, elle prêche le sacrifice : toujours le même, toujours sur les mêmes épaules.

On a fait de l’agriculture un champ d’expérimentation idéologique. On a transformé le paysan en suspect. Le moindre geste devient faute, la moindre pratique devient crime. On l’épuise, on le traque à coups de normes, de contrôles, de paperasses infinies. On l’accuse de polluer, pendant que l’on ouvre les frontières aux produits que l’on ne voudrait même pas voir passer le seuil d’une ferme française. Double peine : être vertueux et mourir.
On nous dira : « Mais sortir de l’Europe, c’est impossible. » Impossible ? Ce mot est la prière des lâches. Rien n’est impossible à une nation qui décide de vivre. L’impossible, c’est de continuer ainsi. L’impossible, c’est de croire que l’on sauvera la paysannerie française avec des circulaires.

Sortir de l’Europe — je dis bien sortir, non « renégocier » — n’est pas un caprice, c’est une mesure d’hygiène politique. C’est reprendre le droit de décider : frontières, normes, prix, survie. Il faut rétablir une préférence nationale agricole, refuser les traités qui organisent la concurrence déloyale, sortir de la religion du « libre-échange » qui n’est libre que pour les autres. Réapprendre à dire non.
Paris sous la honte : voilà où nous en sommes. Honte d’avoir laissé faire. Honte d’avoir confondu l’Europe avec la grandeur. Honte d’avoir traité les paysans comme une variable d’ajustement.

L’agriculture sonne le tocsin. Le bruit est clair. Il est métallique. Il est urgent. Ce n’est pas une plainte : c’est un avertissement.
Ou bien l’on sort de l’Europe — et l’on se relève.
Ou bien l’on y reste — et l’on s’effondre, proprement, conformément, réglementairement.
Mais l’histoire, elle, ne respecte jamais les procédures.

Jean-Paravisin Marchi d’Ambiegna
Partager :