• « Chercher le soleil » de Sabatina Leccia Exposition à Una Volta
• Un monde de légèreté. Aérien. Délicat. Un monde de poésie…
• « Chercher le soleil » de Sabatina Leccia
Exposition à Una Volta
• Un monde de légèreté. Aérien. Délicat. Un monde de poésie… Tout le contraire de cette planète de bruts que nous font subir les « Docteurs Folamour », à la bêtise crasse, qui nous environnent. L’exposition de Sabatina Leccia est un bonheur, un réconfort, une envie de vivre loin des saletés ambiantes, des injustices semeuses de morts et des chapelets de fausses vérités.
• Les œuvres réunies par l’artiste au Centre culturel de Bastia sont des graines d’espérance et de promesses. « Chercher le soleil » instille au cœur de la joie. Une joie pure… L’exposition est permanence de l’île qui peut se dupliquer à l’infini. Une île que le rêve incarne. Une île qui est tout sauf un mirage. Une île que sculpte la mer dans des lointains parfois inaccessibles, parfois à portée de main, en apparence. Est-elle réelle cette île ou appartient-elle à l’imaginaire ? Est-elle fusion des deux ?
• Sur du lin, du coton, de l’organza, les œuvres sont vaporeuses, offertes au moindre souffle d’air qui les caresse et leur permet d’initier du mouvement, marque du vivant. Fantasmagorie ? Pourquoi pas… Séduction encore du travail sur Canson d’une rare finesse. Brodées, perforées, détissées, imprimées, les œuvres sont l’évanescence même et leur fragilité impressionne. Elles orchestrent des jeux de lumière à l’origine de mutations marines et de paysages en constante évolution. Lumière reine. Lumière aux nuances les plus douces ou les plus éclatantes. Lumière, incitation à la méditation et à la contemplation.
• Sabatina Leccia est ce qu’on appelle une Corse de la diaspora. Diasporique certes, mais cultivant un lien étroit avec son cap Corse des origines, lien tel un cordon ombilical ! L’artiste se lance d’abord dans des études en Histoire et en Archéologie, puis suit un cursus à la « Central Saint Martins School » de Londres. Munie de son diplôme en textile, elle fait ses débuts dans la Haute Couture comme brodeuse, qu’elle délaisse pour s’engager dans une carrière artistique.
• Remarquables dans « Chercher le soleil », les couleurs qui viennent animer les œuvres de la plasticienne : gamme de mauves comme délavée, palette d’orangé du plus feutré au plus éclatant, tonalité de bleus allant du « turquine » à l’azur, de la touche de lavande au brillant du saphir.
• Dépêchez-vous d’aller admirer « Chercher le soleil », la dernière expo d’Una Volta avant « BD à Bastia »… Faites vite, les jours sont courts en cette saison !
• Michèle Acquaviva-Pache
• « Docteur Folamour », film de Stanley Kubrick, interprété par Peter Sellers, sorti sur les écrans en 1964.
ENTRETIEN AVEC SABATINA LECCIA, plasticienne.
J’aimerais revenir sur le titre de votre exposition, « Chercher le soleil ». Pourquoi ce choix ?
En évoquant le soleil, il me vient plusieurs choses à l’esprit : l’an dernier en photographiant mes enfants sur une plage du Cap Corse j’ai constaté que les polaroïds étaient altérés par le soleil, comme si les images dataient d’hier et leur lumière m’a interpellé… Une lumière propre à l’île… Un mois après ma naissance je suis arrivée en Corse. C’était l’été et je devais tout juste voir les couleurs, cela a dû me marquer et faire que tous les matins je guette la lumière. Lumière qui est intérieure aussi. Lumière qui fait du bien, car elle est apaisement… Ce n’est pas un hasard si Camus, au crépuscule de son existence, passablement dégoûté de tout, a renoué avec les choses simples de la vie lors de son séjour dans le Lubéron où l’avait invité René Char. Là, ils ont d’ailleurs coécrit, « Postérité du soleil ». Une ode à l’amitié et aux paysages luberonnais. Un ouvrage qui doit également beaucoup aux photographies d’Henriette Grindat !
Pour quelles raisons avez-vous été attirée par étoffes et tissus ?
J’ai grandi entre deux grands-mères. Côté maternel elle brodait beaucoup et sa boîte aux fils de couleurs était pour moi un vrai trésor. Côté paternel elle m’a appris à coudre et à voir ce qui était autour de moi. Par ailleurs ma mère a aussi travaillé un temps dans le textile. Voilà ce qui m’a été transmis et m’a sans doute influencé.
Après la Haute Couture, vous optez pour une démarche artistique tout en conservant un attrait pour étoffes et broderies. Une évolution naturelle !
Le lin, le coton, les fibres naturelles, l’organza avec son évanescence j’avais coutume de travailler ces textiles, qui se trouvaient parfaitement appropriés à mon projet artistique, car je recherchais un aspect impalpable, mais cela s’est révélé techniquement compliqué. Heureusement les tests ont fini par être concluants… Le lin, le coton, l’organza fonctionnaient bien avec l’idée de souvenir et de paysages oniriques !
Que vous apporte la vidéo présente dans l’exposition ?
Adolescente je faisais de petits films. Je captais l’image du soleil au ralenti… des images qui me plongeaient dans le méditatif, dans mon intériorité… Allier la vidéo au support papier perforé se comportant comme un filtre, c’était ce que je voulais obtenir.
Qu’attendez-vous de votre travail sur des polaroïds et sur des diapos ?
A Una Volta je montre 264 polaroïds, placés côte à côte en écho à mon travail de broderie sur textile. Chaque image raconte une petite histoire. Chacune de ces histoires est en cohésion avec le soleil et s’affiche ainsi que des points de broderie. Les diapositives quant à elles sont anciennes. Elles datent des années 70. Mon enfance, elle, remonte à la décennie 90 où on me photographiait sur une plage. Les enfants de 70 et ceux de 90 ne sont pas les mêmes, mais ils renvoient au temps qui passe et nous disent que la terre ne nous appartient pas… Ces enfants sont la préfiguration de ceux d’aujourd’hui tout en rappelant ceux du passé… Lorsque je prends mes enfants en photo, c’est en fait mon vécu que je retrouve !
Vos réalisations mettent en valeur les bleus du « turquine » à l’azur, les mauves atténués, les orangés qui vont du pâle au flamboyant. Pouvez-vous commenter l’importance de ces couleurs ?
Je vais vers les couleurs. Elles sont dans mon intériorité. Personnellement je suis plutôt joyeuse et je me dirige vers la vie. Ces couleurs, dont vous parlez, sont dénuées d’agressivité. Elles sont le reflet de ce que je ressens… Ces bleus, ces orangés, ces jaunes, ces rouges sont les couleurs des couchers de soleil au Cap, des couleurs qui se sont imprégnées en moi.
Les jeux de lumière et de transparence dans vos œuvres sont-ils primordiaux pour leur insuffler de la vie ?
Oui… Les perforations du papier sont faites pour laisser entrer la lumière. L’un de mes plus forts souvenirs d’enfance c’est quand on passait de l’est du Cap à l’ouest et qu’apparaissaient les intenses crépitements du soleil sur la mer. A ce moment là je respirais toute la liberté de l’été qui me remplissait de poésie.
Que représente la Corse pour vous, comme artiste, bien que vous habitiez Paris ?
La Corse est mon terrain d’exploration et d’inspiration première. L’île me donne un contact direct avec les éléments et m’offre un accès à plus de calme qu’à Paris. Elle m’apporte de l’énergie pour créer. Elle est encore un territoire fantasmé qui vient en contrepoint de la réalité.
Quels sont vos projets dans un futur proche ?
« Chercher le soleil » n’est pas forcément fini. Je souhaite poursuivre une réflexion sur la mer et sur la mère. Auparavant des chercheurs en botanique m’ont demandé de travailler avec eux sur les friches de Roubaix. Objectif ? Avoir un regard neuf sur ces espaces afin de faire prendre conscience de leur beauté !
M.A-P
photo : M.A.P
crédit photo : Paul Robion.