Jeunesse et travail : parcours sous contraintes
À l’heure des inscriptions post-bac et des choix d’orientation, les trajectoires des jeunes insulaires révèlent des arbitrages complexes.
Jeunesse et travail : parcours sous contraintes
À l’heure des inscriptions post-bac et des choix d’orientation, les trajectoires des jeunes insulaires révèlent des arbitrages complexes. Départs contraints pour se former, retours incertains, nouvelles formes d’emploi et secteurs émergents dessinent une jeunesse partagée entre mobilité, précarité et volonté d’ancrage territorial.
Partir pour mieux revenir ?
Chaque année, une majorité de bacheliers quitte l’île pour poursuivre des études supérieures sur le continent. Selon l’Insee, plus de 60 % des étudiants formés hors de l’île ne trouvent pas localement de filière équivalente à leur projet initial. Beaucoup visent les grandes villes universitaires françaises ou européennes, en particulier Marseille, Aix, Montpellier ou l’Italie voisine, où les cursus sont plus diversifiés et les écoles mieux dotées. Le retour reste un objectif affiché, après un master ou une première expérience professionnelle, mais conditionné à l’accès au logement, à des emplois qualifiés et à des niveaux de salaire souvent inférieurs à la moyenne nationale. Le coût de la vie, la saisonnalité des contrats et le niveau des salaires, plus faible que la moyenne nationale, sont cités comme principaux freins à la réinstallation durable. Dans les trajectoires d’orientation, le rôle des familles, des réseaux locaux et des dispositifs publics pèse lourd : entre bourses, accompagnement Parcoursup et aides à la mobilité, les choix apparaissent souvent comme des compromis entre aspirations personnelles et contraintes géographiques, malgré un attachement fort au territoire.
Génération JIC
Des dispositifs comme la « garantie jeunes », les missions locales, Corsica orientazione ou les associations d’insertion proposent un accompagnement sur mesure, mais atteignent difficilement tous les jeunes, surtout ceux éloignés des centres ou méfiants envers les institutions. En Corse, la précarité touche une part notable des jeunes : en 2018, 11 000 jeunes de 16 à 29 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit une proportion plus élevée que la moyenne métropolitaine (23 %). Par ailleurs, le taux de chômage des 15-24 ans en Corse s’élevait à 20,7 % en 2024, contre 18,4 % au niveau national. Cette jeunesse dite « JIC » (jeunes inactifs ou au chômage) cumule difficultés d’accès au premier emploi, décrochages scolaires et absence de perspectives dans des territoires où le chômage reste structurellement élevé. Beaucoup alternent contrats courts, petits boulots l’été et périodes d’inactivité le reste de l’année, parfois complétées par de la microentreprise ou du travail informel pour faire face au coût du logement et des transports.
Jeunes pousses et pluriactivité
Le tourisme reste un secteur clé pour l’emploi des jeunes, mais beaucoup cherchent à s’éloigner du modèle saisonnier vers des activités plus stables et responsables. Des initiatives se multiplient autour de circuits nature, d’hébergements responsables, de médiation du patrimoine ou d’événementiel culturel toute l’année. D’autres perspectives s’ouvrent aussi grâce au télétravail. Selon l’Insee, près de 18 % des actifs diplômés du supérieur exercent aujourd’hui un emploi au moins partiellement à distance, ouvrant des possibilités pour rester ou revenir s’installer en Corse tout en travaillant pour des employeurs hors de l’île, surtout dans le numérique, le marketing, le design ou le conseil. Cette diversification répond au désir de conjuguer qualité de vie et revenus suffisants, mais entraîne une instabilité statutaire. Dans les secteurs émergents, certains jeunes investissent des niches professionnelles porteuses. Les startups numériques, les énergies renouvelables et les services innovants attirent de nouveaux profils, soutenus par des dispositifs d’incubation et des financements variés. Les aides publiques et européennes favorisent aussi l’installation de jeunes agriculteurs, renouvelant l’image du métier et valorisant autonomie et lien à la terre. Le point commun de cette jeunesse entreprenante est l’attachement au territoire, malgré les difficultés structurelles ou financières. Ces trajectoires offrent des débouchés alternatifs à la saisonnalité traditionnelle et invitent à repenser l’ancrage professionnel local. L’enjeu est de transformer ces emplois souvent vus comme « d’appoint » en perspectives de carrière à part entière, afin de retenir sur le territoire des compétences créatives et qualifiées.
Maria Mariana
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