Une illusion française face à la révolution iranienne
L’effroyable répression que subissent aujourd’hui les Iraniens protestataires se heurte à un silence gêné de la gauche.
Une illusion française face à la révolution iranienne
L’effroyable répression que subissent aujourd’hui les Iraniens protestataires se heurte à un silence gêné de la gauche. Il est vrai qu’en Iran, les femmes retirent leur voile et qu’on brûle les mosquées symbole de l’oppression. Il ne faut pas oublier que la relation entre la France de la droite à la gauche et l’Iran révolutionnaire repose sur un malentendu historique profond. À la fin des années 1970, une partie des élites politiques et intellectuelles françaises a projeté sur la révolution iranienne ses propres obsessions idéologiques.
Le prisme de l’anti-impérialisme
La chute du Shah a été lue à travers le prisme d’un anti-impérialisme abstrait, confondant rejet d’un régime autoritaire et adhésion implicite à une alternative présentée comme émancipatrice. Cette lecture a conduit à une erreur majeure : croire qu’un clergé politisé pouvait incarner une dynamique de libération populaire.
La théocratie en gestation a ainsi été perçue comme une révolution authentique, voire progressiste jusque dans les rangs de l’extrême-gauche, alors même qu’elle portait en elle les germes d’un ordre fondé sur la soumission, l’exclusion et la sacralisation du pouvoir. Cette confusion, typiquement occidentale, entre révolution et rupture morale, entre peuple et idéologie, a lourdement pesé sur la suite des événements.
Hospitalité idéologique et responsabilité morale
La France n’a pas seulement commis une erreur d’analyse. Elle a offert un espace politique, intellectuel et médiatique à ceux qui allaient devenir les architectes d’un régime totalitaire. Sous couvert d’asile, de débats et de liberté d’expression, un projet théocratique radical a pu se structurer, se légitimer et se préparer. Ce moment n’est pas un détail de l’histoire : il engage une responsabilité morale. Très rapidement pourtant, la nature réelle du pouvoir islamique s’est révélée. Exécutions massives, élimination des opposants, écrasement des femmes, persécutions religieuses, terreur institutionnalisée. À l’intérieur comme à l’extérieur des frontières iraniennes, le régime a fait de la violence un mode de gouvernement et de la peur un instrument de stabilité.
Le silence comme seconde faute
Face à cette réalité, l’erreur initiale aurait pu être corrigée. Elle ne l’a pas été. Pendant des décennies, un silence pesant s’est installé. Les pendaisons, les purges, les attentats commandités à l’étranger, les prises d’otages, les liens avec le terrorisme et le narcotrafic ont rarement donné lieu à une remise en cause profonde des lectures antérieures. Reconnaître l’ampleur du désastre aurait impliqué d’admettre une faillite intellectuelle et politique.
Ce silence a produit un effet redoutable : la banalisation de l’horreur. Les victimes iraniennes ont été reléguées à la périphérie du débat public, tandis que le régime continuait d’être analysé comme un acteur géopolitique parmi d’autres, parfois même comme un contrepoids utile dans un Moyen-Orient instable.
Le réveil d’un peuple, le malaise de l’Occident
Aujourd’hui, la société iranienne se soulève contre un pouvoir à bout de souffle. Cette contestation n’est pas conjoncturelle. Elle est l’expression d’une rupture définitive entre un régime figé dans une idéologie mortifère et un peuple qui aspire à une vie normale, à la liberté, à la dignité. Ce soulèvement met aussi en lumière l’inconfort des démocraties occidentales, confrontées à leur propre passivité passée.
Les Iraniens savent que leur combat a longtemps été ignoré ou mal compris. Ils n’attendent pas de leçons, mais une reconnaissance lucide de ce qui s’est joué. La France, qui se réclame des droits de l’homme, ne peut plus se réfugier derrière une prudence diplomatique ou une neutralité de façade.
Une dette envers l’histoire
La question n’est pas seulement celle de la chute éventuelle du régime iranien. Elle est celle du regard porté sur lui depuis plus de quarante ans. Les régimes les plus violents ne prospèrent jamais seuls. Ils s’installent aussi grâce aux aveuglements, aux complaisances et aux renoncements de ceux qui, ailleurs, refusent de nommer le réel.
Si un nouveau chapitre s’ouvre en Iran, il exigera également un examen de conscience occidental. Non par culpabilité, mais par exigence de vérité. Car l’histoire ne pardonne pas seulement les crimes ; elle juge aussi les silences.
GXC
illustration : D.R