Elezzione muncipale: una trappula per u naziunalismu ?
« Le nationalisme s’est endormi, balayé par le nationalisme électoraliste et politicien depuis 2015 ......
Elezzione muncipale: una trappula per u naziunalismu ?
Comme on a pu le lire écrit sur la page d’un réseau social, et comme d’autres le pensent, faut-il faire le constat que : « Le nationalisme s’est endormi, balayé par le nationalisme électoraliste et politicien depuis 2015 et en mode gestion et institutionnalisé, voire à la sauce pulitichella, de la vie publique en Corse ». Faut-il donner raison à cet autre écrit également publié sur un réseau social ? « Qui aurait pu penser que notre combat serait dilué de la sorte jusqu’à disparaître de la bouche de certains qui n’ont de nationalistes que l’étiquette ? On en est réduit à devoir se démarquer de cette appellation galvaudée, vidée de son sens. » Faut-il déplorer que le nationalisme se contenterait désormais de joutes visant à montrer que voter pour ses leaders ou ses partis, c’est avant tout voter pour de « bons gestionnaires » ? Après la division hier, la dispersion aux muncipales aujourd’hui, dernière étape vers demain la dilution ?
À quelques semaines du premier tour des élections municipales, la plupart des appartenances et des compositions de listes étant désormais connues, des nationalistes, le plus souvent des militants chevronnés, déplorent la division de la « famille nationaliste » ou même sa dilution. La division du nationalisme sur le terrain électoral n’est cependant pas une situation inédite. Elle est même presque une constante depuis un demi-siècle. 1982 : la Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti (CCN), expression publique de la lutte de libération nationale (LLN) dont la direction politiquement est le FLNC, refuse de participer à la première élection à l’Assemblée de Corse et dénonce une trappula (piège) ainsi que l’indiquent des affiches placardées dans tout l’île et que le martèlent les discours lors de réunions publiques.
En revanche, plusieurs listes autonomistes, dont celle de l’Unione di u Populu Corsu (UPC) conduite par Edmond Simeoni, s’engagent sur ce nouveau terrain électoral ouvert par le Statut particulier. 1983 : la Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti (CCN) s’engage dans les élections municipales dans plusieurs villes, les autonomistes Unione di u Populu Corsu (UPC) le font de leur côté, y compris avec des personnalités non nationalistes (à Bastia, Edmond Simeoni conduit la liste). 1984 : lors des élections territoriales, la LLN, sous la dénomination Unità Naziunalistà et l’Unione di u Populu Corsu (UPC) vont séparément au combat. 1986 à 1989 : c’est « la politique d’union », la LLN dont l’expression publique est alors le Muvimentu Corsu per l’Autodeterminazione (MCA) et les autonomistes de l’Unione di u Populu Corsu (UPC) vont unis à l’occasion de tous les principaux scrutins. 1990 : la « politique d’union » explose lors des élections municipales de Bastia. La liste LLN sous la dénomination Populu Vivu et la liste autonomiste Unione di u Populu Corsu (UPC) conduite par Max Simeoni en décousent.
Entre 1990 et 2015, des unions se font localement. Il faut attendre 2015, le second tour de l’élection territoriale qui conduira à la « victoire historique », pour que se reconstitue une union globale et d’envergure entre nationalistes à partir d’une part des listes à dominante autonomiste Femu a Corsica et Partitu di a Nazione Corsa (PNC), d’autre part de la liste indépendantiste Corsica Libera. U Rinnovu, parti indépendantiste, aujourd’hui Core in Fronte, dont la liste est conduite par Paul-Félix Benedetti, n’est ni en position de maintien ni en position de fusion. 2017 : l’union Femu a Corsica, Partitu di a Nazione Corsa (PNC) et Corsica Libera est reconduite dès le premier tour sous la bannière Per a Corsica. Core in Fronte n’en est pas et, bien qu’étant en position de fusionner, est tenu à l’écart par Per a Corsica. 2022 : à l’occasion des élections territoriales, l’autonomisme Femu a Corsica décide de faire cavalier seul avec l’appoint de personnalités non nationalistes. Sa liste conduite par Gilles Simeoni triomphe (majorité absolue à l’Assemblée de Corse). Le Partitu di a Nazione Corsa (PNC) et Core in Fronte parviennent à avoir des élus. Corsica Libera est éliminé dès le premier tour.
De la division à la dilution ?
2026 : à quelques semaines du premier tour des élections municipales, la division de la « famille nationaliste » vire à la dispersion. Aiacciu : liste Jean-Paul Carrolaggi comprenant des autonomistes Femu a Corsica, des indépendantistes Core in Fronte et Nazione (bien que Nazione ait annoncé ne pas être partie prenante à Aiacciu et Bastia), des membres de la société civile ; liste Pascal Zagnoli comprenant des autonomiste Partitu di a Nazione Corsa (PNC) et des membres de la société civile. Bastia : liste Gilles Simeoni comprenant des autonomistes Femu a Corsica, des indépendantistes Core in Fronte, des socialistes, des membres de la société civile ; Partitu di a Nazione Corsa (PNC) aux côtés du tête de liste modéré Julien Morganti avec les centre gauche Jean Sébastien de Casalta et Marie-Claire Carlotti et le libéral Sylvain Fanti ; Nazione à la maison. Portivechju : liste Jean-Christophe Angelini comprenant des autonomistes du Partitu di a Nazione Corsa (PNC), des ex-indépendantistes Corsica Libera ou Nazione, des membres de la société civile ; liste Vaninna Chiarelli-Luzi, conseillère exécutive de la majorité territoriale siméoniste, comprenant des autonomistes Femu a Corsica, des indépendantistes Core in Fronte, des membres de la société civile. L’Isula : liste Pierre-Francois Bascoul, ex -Corsica Libera aujourd’hui Core in Fronte, comprenant des indépendantistes Core in Fronte, des Partitu di a Nazione Corsa (PNC) et des membres de la société civile dont certains se réclament de la gauche ou de la droite ; liste Angèle Bastiani, conseillère exécutive de la majorité territoriale siméoniste, comprenant des autonomistes Femu a Corsica et des membres de la société civile dont certains se réclament de la gauche ou de la droite. Dans de nombreuses autres cités importantes (Sartè, Calvi, a Ghisunaccia, Biguglia, Lucciana…) des nationalistes de tout bord figurent sur des listes à dominante modérée, de droite ou de gauche. Il convient d’ajouter que des nationalistes, encartés ou non, sont impliqués dans des alliances paraissant étranges dans les villages au nom de l’intérêt des habitants », du « rinnovu di u paese », de « l’ouverture aux forces vives » ou aussi du besoin de compétences, de la difficulté de boucler une liste unique ou de l’obligation de « féminiser » car parité oblige.
Alors, comme on a pu le lire écrit sur la page d’un réseau social, et comme d’autres le pensent, faut-il faire le constat que : « Le nationalisme s’est endormi, balayé par le nationalisme électoraliste et politicien depuis 2015 et en mode gestion et institutionnalisé, voire à la sauce pulitichella, de la vie publique en Corse ». Faut-il donner raison à cet autre écrit également publié sur un réseau social : « Qui aurait pu penser que notre combat serait dilué de la sorte jusqu’à disparaître de la bouche de certain qui n’ont de nationaliste que l’étiquette ? On en est réduit à devoir se démarquer de cette appellation galvaudée, vidée de son sens. »
Faut-il déplorer que le nationalisme se contente désormais de joutes visant à montrer que voter pour ses leaders ou ses partis, c’est avant tout voter pour de « bons gestionnaires » ? Après la division hier, la dispersion aux mincipales aujourd’hui, dernière étape vers demain la dilution ? La Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti (CCN), expression publique de la lutte de libération nationale (LLN) dirigée par le FLNC - en dénonçant le piège électoraliste, a trappula - avait-elle, sans le savoir, beaucoup raison non seulement pour une élection, mais pour toujours ou presque ? L’avenir le dira sans doute très tôt car le nationalisme, qu’il soit autonomiste ou indépendantiste, doit désormais notamment compter (et s’adapter à tout cela, et même sans doute se réinventer) avec le retour en force des enjeux nationaux, l’influence croissante des nouveaux arrivants ; l’ancrage du Rassemblement national ; une droite de combat (Francois-Xavier Ceccoli) ; l’émergence d’une gauche nationale à laquelle — comme d’ailleurs depuis longtemps à une grande partie de la droite libérale — le mot autonomie ne fait plus peur et qui saura elle aussi se faufiler dans le ventre mou de l’autonomisme institutionnel Beauvau ; la régression du nationalisme du siècle dernier issu de l’identité, de la lutte de masse et de la clandestinité (seul Nazione en restera le porteur ou plus exactement le témoin) ; une nouvelle société corse en gestation. Premier test : les élections territoriales de 2028.
Pierre Corsi
illustration DR: affiche CCN 1982