Terroirs protégés : du maquis à l’assiette
Au Salon international de l’agriculture, la Corse s’est affichée comme une terre de traditions et d’innovation, mettant en lumière ses filières agricoles organisées via l’ODARC.
Terroirs protégés : du maquis à l’assiette
Au Salon international de l’agriculture, la Corse s’est affichée comme une terre de traditions et d’innovation, mettant en lumière ses filières agricoles organisées via l’ODARC. Derrière la vitrine gastronomique, l’enjeu est aussi social : maintenir une activité agricole sur le territoire, soutenir l’emploi rural et renforcer la reconnaissance des productions locales sur les marchés nationaux.
SIA 2026 : vitrine et laboratoire
Sous le slogan « Corsica Terra materna », le stand insulaire a choisi de montrer une terre nourricière, loin du seul imaginaire balnéaire. Cinquante producteurs des neuf filières se sont relayés pour faire découvrir leurs produits : miel, fromage avec le Brocciu, charcuterie, agneau de lait, agrumes, farine de châtaigne, vins, bières et huiles essentielles. Sur le stand parisien, les producteurs exposants affichaient les labels de qualité (AOP, AOC, IGP, Label rouge et Giusti di Corsica). Fromages (Brocciu AOP, tomme, fromage corse), charcuterie, vins, farine de châtaigne, AOP ou clémentine et pomelo IGP illustrent cette stratégie de différenciation. Une bonne stratégie commerciale, les produits labellisés se vendant en moyenne 20 % plus cher selon une étude Agreste de 2025. L’organisation en filières a permis une meilleure visibilité et protection des produits face à la concurrence, soulignant l’importance de l’authenticité pour les consommateurs. La semaine a été rythmée par des animations culinaires, dégustations (150 ont été organisées) et démonstrations de recettes, avec un espace « Casa di u Territoriu » et des ateliers autour de l’agritourisme. Les interprofessions expérimentent des offres combinées (packs de découverte, accords mets‑vins, mis en avant collectives) et renforcent leur communication numérique. Pour les producteurs, cette exposition nationale pèse sur l’image de leurs produits, en France et à l’export, et doit se traduire par des retombées économiques dans la durée.
Pouvoir des filières
Depuis 2015, la structuration des filières agricoles insulaires s’appuie sur des plans de soutien cofinancés par l’État et l’Odarc. Le premier programme 2015‑2020 a mobilisé 42 millions d’euros, soit environ 7 millions par an pour accompagner quatre grands objectifs liés à la qualité, à l’organisation économique, à l’investissement et à la promotion. Le plan « Ambition » 2021‑2025 a attribué une enveloppe de 35 millions d’euros, également à hauteur de 7 millions par an partagés entre les deux partenaires. L’objectif est de renforcer la transformation locale, l’installation des jeunes agriculteurs (150 jeunes installés depuis 2021) et la montée en gamme des productions. Les projets présentés représentent déjà près de 12 millions d’euros. Aujourd’hui, les critères de sélection sont plus exigeants, avec des indicateurs de résultats à cinq ans. En outre, 15 % des fonds du plan 2021-2025 ont été alloués à la recherche, les filières ayant besoin d’innover notamment face aux défis climatiques. Sans oublier que la concurrence d’imitations extérieures, souvent moins contraintes, oblige à défendre les dénominations et à poursuivre la montée en qualité.
Nouveaux défis
Les filières insulaires se distinguent par une forte diversité de productions qui soutient le développement des circuits courts, des marchés de producteurs et de l’agritourisme, mais suppose une logistique adaptée sur un territoire montagneux, soumis à une forte fréquentation estivale. Les stratégies de filière intègrent désormais la gestion de l’eau, la conversion biologique et la lutte contre l’artificialisation des terres agricoles. Malgré la valorisation des produits, les filières agricoles restent confrontées à plusieurs défis. Le changement climatique modifie les conditions de production, notamment pour la viticulture ou les agrumes. La pression foncière et le coût des installations constituent également des obstacles pour les jeunes agriculteurs. Selon les données du ministère de l’Agriculture, près de la moitié des exploitants français devraient partir à la retraite d’ici 2030. La question du renouvellement des générations concerne aussi les exploitations insulaires. Les producteurs doivent également s’adapter à l’évolution des marchés et aux nouvelles attentes des consommateurs. La diversification des productions — agrumes, plantes aromatiques ou huiles essentielles — apparaît comme l’une des pistes explorées par certaines filières pour renforcer leur résilience économique.
Maria Mariana
Crédits photographiques
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