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Municipales 2026 à Aiacciu

Cinq listes sont en lice dans la Cité Impériale pour un scrutin particulièrement indécis.

Municipales 2026 à Ajaccio
Un scrutin très serré



Cinq listes sont en lice dans la Cité Impériale pour un scrutin particulièrement indécis. Stéphane Sbraggia (Forza Aiacciu) brigue son premier mandat en tant que tête de liste-il avait été élu maire en 2022 après l’élection de Laurent Marcangeli au poste de Député — François Filoni (Gagner pour Ajaccio), chef de file du RN en Corse depuis 2020 compte bien surfer sur les résultats du premier tour des dernières législatives, Jean-Paul Carolaggi (Aiacciu vivu), déjà présent lors des scrutins de 2014 et 2020, sera aux commandes d’une liste d’union où, pour les raisons que l’on sait, le PNC est absent. Et enfin, deux nouveaux venus. Pascal Zagnoli (Stintu aiaccinu), secrétaire national du PNC dont c’est le premier scrutin en tant que tête de liste et Charlotte Cesari (La gauche unie, A voci di u populu), qui incarne le renouveau de la gauche unie…

Stéphane Sbraggia (Forza Aiacciu) :
« Une ville plus fluide et plus harmonieuse. »

– Quel bilan dressez-vous depuis 2014 ?
Nous avons mis fin au PLU de 2013, trop permissif en matière de constructibilité et générateur de déséquilibres. Ce bilan réside, je crois, dans la transformation visible de la ville. Par ailleurs, nous avons renforcé les moyens consacrés à la sécurité, investi dans les écoles, les équipements sportifs… Il nous reste à franchir un cap déterminant en matière de performance du réseau de bus. Nous y travaillons sans relâche.

–Où en est le projet Ajaccio 2030 ?
Les fondations sont posées. Il faut désormais entrer dans une phase de consolidation et d’accélération. L’équilibre entre développement et qualité de vie demeure notre boussole. Notre politique de végétalisation massive en témoigne, tout comme la question du logement, qui reste prioritaire ; réorienter l’offre vers les jeunes actifs, les familles monoparentales, les seniors autonomes... Les projets d’écoquartiers au Finosello et à la Miséricorde traduisent cette méthode.

–Quelles perspectives en cas de réélection ?
La requalification globale de l’entrée de ville sera un chantier particulièrement structurant. L’ouverture imminente du parc urbain en station 2 du téléphérique, l’aménagement des Milelli en parc patrimonial, la rénovation de l’avenue Noël Franchini… ces projets dessinent une ville plus fluide et harmonieuse.
La cohésion territoriale, l’équilibre entre l’est et l’ouest de la ville, demeure au cœur de notre approche.

–En 2024, le RN arrive en tête aux législatives. Une inquiétude ?
C’est un indicateur politique. Il serait imprudent de ne pas en tirer les enseignements. Ce vote exprime des attentes précises. Notre responsabilité n’est pas de commenter, mais d’apporter des réponses concrètes aux préoccupations des Ajacciens, quelles que soient leurs obédiences.

5. Discuterez-vous dans l’entre-deux-tours ? Avec qui ?
À ce stade, échafauder des hypothèses relèverait davantage de la spéculation que de la responsabilité. Je suis pragmatique, me concentre sur les résultats et la cohérence du projet proposé aux Ajacciens. Nous menons une campagne, mais nous exerçons pleinement nos responsabilités. L’action de nos administrations se poursuit avec la même exigence et les projets avancent sans interruption.


François Filoni (Gagner pour Ajaccio) :
« Identité, liberté et méritocratie »

– Les sondages vous attribuent la « pôle-position » au soir du premier tour. Avantage ou inconvénient ?
Le message commence à être intégré par rapport à notre programme, c’est un signe fort. On veut redonner leur fierté aux Ajacciens en leur disant qu’il y a une âme corse et qu’elle doit être respectée dans tous les domaines. Et cela doit se retrouver dans toutes nos actions.
–Vous évoquez l’âme corse. Pour autant, Marine Le Pen et Marion Maréchal, qui vous soutiennent, prennent le parti d’une identité française. N’est-ce pas antagoniste ?
Dans le programme de Jordan Bardella et Marine Le Pen figure la création d’un institut de la langue et de la culture corses. Ils ont donc compris qu’aujourd’hui, le modèle unique ne tient plus. Il faut s’appuyer sur toutes les identités régionales pour être le meilleur rempart face à l’Islamisme, au wokisme et je pense que la République gagnerait à reconnaître toutes ces identités.
–Vous avez créé une union avec d’autres groupes. Sur quelles bases ?
Je suis un homme de concordat. Nous avons tous fait un pas. Ils parlent de peuple, je parle d’âme corse, on se retrouve dans cette démarche et nous devons travailler ensemble pour donner un espoir à notre jeunesse.

–Que reprochez-vous à la majorité sortante ?
Tout ! Le clientélisme, le manque de respect de nos quartiers, le centre-ville qui se meurt, la citadelle et l’ancien hôpital dont on ne connaît rien des projets, le téléphérique, qui est un véritable scandale politique…

Votre programme ?
Il tient en trois mots : identité, liberté et méritocratie. Autour de ce triptyque, nous allons chercher à bâtir Ajaccio. Cela passera par les logements, la création de parkings gratuits, le renforcement de la sécurité, la lutte contre la spéculation, répondre à la précarité. Et donner la priorité aux gens qui résident ici et non à des arrivants.

Votre approche semble commune dans certains points avec celle d’autres candidats. Seriez-vous prêt à discuter avec eux au soir du premier tour ?
Je surprendrai tout le monde au troisième tour. Ceux qui voudront travailler pour le développement et l’identité d’Ajaccio auront des postes d’adjoint et de vice-président, peu importe leur appartenance politique.


Jean-Paul Carolaggi (Aiacciu vivu)
: « Logement, jeunesse, sport et lutte contre la précarité. »

–Comment abordez-vous cette échéance ?
On est confiant dans la mesure où l’on sent un réel engouement autour de notre projet. Cette démarche sensibilise beaucoup les Ajacciens, une force collective quiétait absente depuis très longtemps sur la scène politique.

–Le PNC manque à l’appel. Nazione, qui n’a pas d’affinités politiques avec l’actuelle majorité territoriale, ne vous soutient pas. Ne craignez-vous pas que cela vous déjoue lors du décompte final ?
On a rassemblé, dans cette union, des partis, militants historiques, mais également des membres du PNC d’Ajaccio, Julia Tiberi et Jean-François Casalta ou encore Jean-François Luciani, qui était candidat aux dernières législatives. Pour le reste, le PNC a choisi une voie qui n’est pas la nôtre. Nazione, dont certains membres ont intégré notre liste, a choisi de ne soutenir personne dans toute l’île.

–Que reprochez-vous à la majorité municipale sortante ?
Son bilan est catastrophique. En termes d’images avec les perquisitions, mises en examen, l’affaire des villas Ahman à Capo di Feno… Mais aussi au niveau des projets. Le téléporté est un scandale financier. Pour la citadelle, on parle d’hôtels de luxe. Les quartiers sont abandonnés, c’est la porte ouverte à la délinquance et à l’insécurité. La municipalité doit s’impliquer plus. Cela passe par l’accès au sport et à la culture pour la jeunesse de ces quartiers.

–Votre projet ?
Notre priorité, c’est le logement, la jeunesse, le sport et la lutte contre la précarité... Interdire des résidences secondaires à la Miséricorde, favoriser l’accès au logement, prioriser la jeunesse-les écoles de la ville sont vétustes —, les quartiers, le centre-ville. Pour ce qui est du sport, seul, 2 % du budget lui est alloué et l’Ecole Municipale des Sports est ouverte pour 250 enfants alors qu’Ajaccio en compte 4000. Enfin, la précarité, faire en sorte que tout le monde puisse vivre dignement.

Quel serait votre position au second tour ?
L’objectif, c’est d’être présent. Pour le reste, nous verrons bien au soir du premier tour en fonction des résultats. Mais sur la base d’une convergence. Il n’est pas question de compromettre le sens de notre démarche.



Charlotte Cesari (la gauche unie, A voci di u populu)
: « Le social dans tous les domaines ! »

–Vous êtes novice en politique. Pourquoi ce choix de vous investir, qui plus est en tête d’une liste ?
Militante de gauche, j’estime que dans la période de troubles et d’inquiétudes que l’on vit au niveau national et local, la gauche doit avoir une tribune. J’ai donc rencontré différents leaders, ils ont jugé qu’il était préférable qu’une personne non encartée représente cette liste pour symboliser l’union et ne pas être assimilée à un parti.

–Qui retrouve-t-on à vos côtés ?
La liste d’union comporte le PC, le PS et Debout ! Nous avons le soutien de Inseme à manca. Quant à LFI, ils ne se sont pas positionnés, mais ne présentent pas non plus de candidat. Mes colistiers sont des figures impliquées sur la scène politique comme Marc-Antoine Leroy ou Paul Antoine Luciani, mais aussi des têtes nouvelles qui ont souhaité s’impliquer dans cette démarche.

–La gauche est absente, depuis quelques temps, de la scène politique. Comment comptez-vous agir, de surcroît face à des concurrents habitués des joutes politiques ?
La gauche n’a plus le même suffrage à Ajaccio depuis la défaite de Simon Renucci en 2014. L’année 2020 ne pèse pas trop en raison de la crise sanitaire. Ceci étant, lors des législatives de 2024, elle a obtenu 12 % des suffrages, soit 2800 voix. L’électorat de gauche reste donc très présent et au vu des échanges effectués sur le terrain, on sent une réelle demande. Les propositions apportées par d’autres ne correspondent plus à la réalité que vivent les Ajacciens.

Quels sont les bases de votre programme ?
Le social dans tous les domaines ! Précarité, jeunesse, logement pour tous, maîtrise du foncier, les Ajacciens sont exclus de tout cela, il leur faut des réponses très concrètes. À cet effet, nous sommes très sensibles au rôle du tissu associatif. Dans l’ensemble, l’Etat et les institutions (mairies, collectivités) faillissent.

–Vous aurez un rôle important à jouer dans l’entre-deux tours. Quelle serait votre démarche ?
Nous ferons tout pour atteindre la barre des 10 % et être présents au deuxième tour. Si tel n’est pas le cas, nous chercherons à faire barrage à l’extrême droite, mais sans faire de compromission. L’idée, c’est de ne pas faire d’alliance, cela poserait un problème idéologique vis-à-vis de notre électorat.


Pascal Zagnoli (Stintu Aiaccinu)
: « Remettre l’identité ajaccienne au centre du débat public. »

–C’est votre premier scrutin en tant que tête de liste. Pourquoi ce choix ?
Le courant que je représente souhaitait être présent lors de ce scrutin. C’est donc entouré de soutiens et de personnes issues de la société civile que l’on a fait le choix de bâtir une démarche nouvelle et ambitieuse sur la ville.

–Quel est le sens de votre démarche ?
Remettre l’identité ajaccienne au centre du débat public autour de sujets qui touchent au quotidien des habitants : crise du logement, problèmes économiques dans le centre-ville et les quartiers, mobilité, aménagements, grands projets… Nous voulons, pour la ville, une vision axée sur le long terme.

–Vous présentez une liste dite de rassemblement. Elle s’étend donc au-delà de votre mouvance politique ?
Dans une élection municipale, ce qui compte, ce n’est pas un mouvement, mais de rassembler toutes les bonnes volontés qui souhaitent s’impliquer pour leur ville par leur engagement social, associatif, culturel… À mes côtés, on retrouve donc des militants historiques, des chefs d’entreprise, enseignants, personnes du monde sportif et culturel, des gens enracinés dans leur quartier, tous prêt à s’investir pour le bien de leur ville.

Pas d’union avec l’autre liste nationaliste. Ne craignez-vous pas une déperdition de voix qui pourrait faire le jeu d’autres candidats, notamment le RN ?
Je suis en désaccord fondamental avec la majorité territoriale qui place la Corse dans une situation de plus en plus délicate. Ceux qui ne sont pas capables de gérer la Corse cours Grandval ne peuvent être aux commandes de la Ville. Pour ce qui est du RN, je suis opposé à ce qu’il représente et ce qu’il propose idéologiquement. Pour répondre aux attentes des Ajacciens, on n’a pas besoin d’un corpus idéologique rédigé à Paris par Jordan Bardella et Marine Le Pen.

–On vous prête des affinités avec la droite, notamment ajaccienne. Que répondez-vous ?
Notre démarche est totalement autonome, libérée de toute influence diverse. Notre objectif sera d’être présent au second tour et de siéger de façon autonome au conseil municipal de la Ville. Pour le reste, je ne servirai ni d’ajustement, ni de caution aux uns et aux autres.

Interviews réalisées par Ph Peraut
Crédits photos : Stéphane Sbraggia , François Filoni ,
Jean Paul Carrolaggi, Charlotte Cesari et Pascal Zagnoli
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