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Israël : le retournement de conjoncture

Le retournement est spectaculaire. Il y a encore quelques semaines, Israël se trouvait acculé sur le terrain diplomatique.

Israël : le retournement de conjoncture



Le retournement est spectaculaire. Il y a encore quelques semaines, Israël se trouvait acculé sur le terrain diplomatique. Les bombardements massifs à Gaza, les destructions d’infrastructures civiles et le blocage prolongé de l’aide humanitaire avaient profondément altéré son image. Dans de nombreuses capitales occidentales, le soutien demeurait, mais il était embarrassé, conditionnel, fragilisé par des opinions publiques de plus en plus critiques.


Un isolement diplomatique croissant


Sur les campus américains, dans plusieurs parlements européens, dans les enceintes internationales, la critique s’intensifiait. La question humanitaire dominait le débat. Les ONG dénonçaient la situation à Gaza. Israël apparaissait comme une puissance militaire efficace mais politiquement vulnérable, enfermée dans une séquence négative.

La répression iranienne, point de bascule


Puis un événement a déplacé le centre de gravité du conflit : la répression d’une ampleur inouïe menée par le régime iranien contre sa propre population. Selon de multiples sources concordantes, la vague de contestation intérieure a été écrasée en deux jours au prix de 30 000 à 35 000 morts, accompagnée de centaines d’exécutions par pendaison. La brutalité du pouvoir des mollahs, déjà connue, a franchi un seuil sans que la mouvance pro palestinienne ne s’en émeuve. Les images de corps suspendus aux grues, les récits de quartiers urbains réprimés et de villes placées sous contrôle militaire ont produit un choc international. Dans ce contexte, l’offensive israélienne contre l’Iran, menée avec l’appui explicite des États-Unis, a été perçue sous un angle radicalement différent. Ce qui aurait pu apparaître comme une escalade hasardeuse et contraire au droit international a soudain pris les traits d’une opération dirigée contre un régime tortionnaire. Israël n’était plus seulement engagé dans une guerre périphérique contre des organisations armées ; il se posait en adversaire direct d’un pouvoir profondément discrédité, en justicier.

Une nouvelle marge de manœuvre stratégique


Ce basculement narratif a produit un effet immédiat : la pression morale qui pesait sur Israël s’est allégée. L’attention médiatique et diplomatique s’est déplacée vers Téhéran. L’Iran, longtemps présenté comme le pivot de l’« axe de la résistance », est devenu l’objet principal de la condamnation. Ce nouvel équilibre offre à Israël une latitude accrue au Liban. Face au Hezbollah, soutenu et armé par Téhéran, l’argument sécuritaire se double désormais d’un argument politique : affaiblir les relais régionaux d’un régime accusé de crimes massifs. L’organisation chiite, tout comme le Hamas à Gaza, refuse de rendre les armes. Dans ce contexte, une offensive plus large au nord peut être présentée comme la poursuite logique d’un affrontement global avec l’Iran.

Un régime iranien fragilisé


Nul ne peut prédire l’issue du conflit ouvert avec l’Iran. Une confrontation directe entre deux puissances régionales majeures comporte un risque d’embrasement. Toutefois, l’hypothèse d’un affaiblissement durable, voire terminal, de la République islamique n’est plus marginale.

La cause palestinienne reléguée


Le grand perdant indirect de cette séquence est la cause palestinienne. Reléguée au second plan, elle ne bénéficie plus de la centralité diplomatique acquise ces derniers mois. Son principal soutien étatique, l’Iran, est absorbé par sa propre survie. La Chine et la Russie, quant à elles, paraissent peu enclines à s’engager directement, privilégiant une posture prudente Cette recomposition ouvre une fenêtre à l’extrême droite israélienne. Libérée d’une partie de la pression internationale et attentive au calendrier politique américain, elle pourrait être tentée d’accélérer la colonisation de la Cisjordanie. La perspective des élections de mi-mandat aux États-Unis crée un horizon incertain. Avant un possible changement d’équilibre à Washington, certains responsables israéliens pourraient chercher à consolider des faits accomplis.

L’impuissance onusienne


Reste la question des institutions internationales. L’impuissance des Nations unies apparaît plus évidente que jamais. Ce déficit d’autorité renforce un monde dominé par les rapports de force c’est-à-dire la réalité politique. Le retournement est donc à la fois stratégique et symbolique. Israël, fragilisé par la séquence gazaouie, retrouve une posture d’initiative en s’attaquant à un régime honni. Mais ce gain diplomatique s’inscrit dans un paysage instable. La recomposition en cours ne clôt aucun conflit ; elle en redéfinit les priorités et en déplace les lignes.



GXC
crédit illustration : D.R
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