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Municipales 2026 à Bastia, Portivechju et Corti

Dans trois cités, trois figures du nationalisme jouaient gros. Deux ont d’ores et déjà matière à se féliciter, une est encore sur la corde raide.

À Bastia, Portivechju et Corti



Dans trois cités, trois figures du nationalisme jouaient gros. Deux ont d’ores et déjà matière à se féliciter, une est encore sur la corde raide.



Portivechju : Jean-Christophe Angelini conforté

Quatre listes étaient en lice dans la Cité du sel : Jean-Christophe Angelini, Pà Purtivechju (Partitu di a Nazione Corsa, sensibilités diverses)/ Georges Mela, Notre parti, c’est Porto-Vecchio (Divers droite)/ Vannina Chiarelli-Luzi, Paesu vivu (Femu a Corsica, Core in Fronte) / Michel Chiocca/ Socioprofessionnels (soutien Rassemblement national, Mossa Palatina, Union Droites pour la République). La liste Jean-Christophe Angelini, maire sortant, a été élue dès le premier tour. Certains prédisaient ce succès du fait de la gestion pratiquée par Jean-Christophe Angelini que son principal opposant (Georges Mela) peinait à contester et avait souvent approuvé, y compris lors des votes budgétaires. Mais considérant sans doute qu’il avait, à l’occasion de sa victoire en 2020, été boosté par sa position de fringant et novateur challenger face à une équipe sortante qui portait le poids de trois quarts de siècle de règne d’une dynastie politique ; mais considérant probablement aussi que les choses pouvaient être compliquées par la présence de trois listes concurrentes — l’une animée d’un esprit de revanche (celle de Georges Mela, le maire battu en 2020), les deux autres issues de la mouvance nationaliste (une par la siméoniste Vannina Chiarelli-Luzi, l’autre par le palatin Michel Chiocca) — Jean-Christophe Angelini invitait ses soutiens et les observateurs à la prudence. L’élection de Jean-Christophe Angelini au premier tour conforte son assise locale et régionale. Elle représente aussi une reconnaissance du travail accompli en tant que maire et fer de lance d’une équipe. Enfin, elle est une incitation à aller de l’avant dans la voie du nationalisme de projet et d’ouverture que porte le maire de Portiveghju quand il se coiffe de sa casquette Partitu di a Nazione Corsa-Avanzemu. À retenir aussi : la page Rocca Serra qu’incarnait encore un peu George Mela semble désormais tournée ; le Rassemblement national qui avait joué le corsisme en jouant la carte palatiniste, n’a pas confirmé sa percée des dernières législatives, mais a ancré sa présence en vue des prochaines Territoriales ; la greffe Femu a Corsica-Core in Fronte (969 voix) n’a fait guère mieux que la liste Don Mathieu Santini, nationaliste sans étiquette (893 voix) qui s’était opposé à Jean-Christophe Angelini au premier tour, en 2020.

Corti : Petr’Antò Tomasi légitimé

Deux listes étaient en lice : Xavier Poli, Corte demain-Corti dumane (Droite)/Petru Antone Tomasi, A Forza di l’avvene (Sensibilités nationalistes « en dehors des partis politiques »). Petr’Antò Tomasi était confronté à deux sacrés handicaps et à un défi. Premier handicap : il devait, étant un des deux porte-parole de Nazione, assumer et défendre la position du parti indépendantiste de ne pas participer aux municipales à Aiacciu et à Bastia. Ce qu’il a fait sans tergiverser en déclarant (étant l’invité le 3 février dernier de PuliticaMente, émission politique de RCFM) : « Devant les discussions autour de la pseudo-autonomie, devant l’impasse de la gestion de la collectivité territoriale qui fait du sur place, pour ne pas dire plus, je crois que le discours que porte Nazione est un discours qui pourra permettre de mettre au pot commun du mouvement national une stratégie de régénération du courant. (...) Moi personnellement, je ne suis pas inquiet et je crois que c’est un choix assumé, certes grave, mais c’est aussi, selon nous, un signal que l’on veut envoyer aux Corses pour ne pas se perdre dans la pulitichella, dans le marasme électoral qui n’apportera la Corse nulle part ». Deuxième handicap : il devait s’accommoder et subir le contrecoup (pas évident pour apparaître influent et crédible après sa montée au créneau à PuliticaMente) du soutien plus que visible de militants de Nazione, certains pas les moindres, autour ou sur la liste Jean-Paul Carrolaggi à Aiacciu, ce qui n’était pas vraiment « une non-participation ». Ces deux handicaps ne l’ont pas dissuadé de relever un défi avec le risque, s’il « se plantait », d’avoir beaucoup de mal à se relever. Quasiment à la dernière minute, et ce, après avoir initié la démarche, il a osé prendre la tête d’une liste à Corti en plaçant haut la barre. Pour que le nationalisme « ne soit pas absent dans les grands débats concernant l’avenir de la Corse ». Parce que la cité paoline « ne s’est jamais affirmée comme chef de file d’un projet de territoire pour l’intérieur de l’île ni imposée comme le cœur naturel d’une politique sportive ou culturelle à l’échelle de la Corse ». Parce que Corti « n’a jamais été envisagée comme un levier économique et reste écartée des discussions liées à la création d’un CHU » Pari réussi, le message de Petr’Antò Tomasi a été entendu plus que convenablement. Et surtout il a capté et fixé le capital de voix nationalistes. En effet, malgré les handicaps susmentionnés et une campagne ultra-courte, il a recueilli plus de 30 % des suffrages exprimés (31,67 %, 805 voix), totalisant quasiment le même nombre de voix que la liste nationaliste de 2020 (808 voix). Le voilà légitimé. À retenir aussi : l’électorat cortenais a largement validé (réélection, deux tiers des suffrages) le travail d’aménagement et d’embellissement de la ville mis en œuvre par le discret Xavier Poli qui avait succédé à Antoine Sindali en 2020.

Bastia : Gilles Simeoni va devoir s’arracher

Sept listes étaient en lice : Gilles Simeoni, Bastia Inseme (Femu a Corsica / Core in Fronte)/ Sacha Bastelica, Una via per Bastia (Via Citadina, Ghjuventù di Manca, Eculugia Sulidaria, Parti animaliste) / Nicolas Battini, Populu di Bastia/ (Mossa Palatina, Rassemblement national, Union Droites pour la République)/ Jean-Michel Lamberti, Prima i nostri (Reconquête/ Forza Nova)/ Jean-Martin Mondoloni, Bastia da Oghje à Dumane (Divers Droite/ Zuccarellistes)/ Julien Morganti, Uniti ! (Futur pour Bastia, Divers Droite ; Divers Gauche, Mouvement Corse Démocrate, Partitu di a Nazione Corsa) / Francis Riolacci, Bastia en commun, Bastia in cumunu (Parti Communiste, syndicalistes, citoyens). Gilles Simeoni, en optant pour le premier rôle de revenant, a joué gros. À l’issue du premier tour, même s’il est sorti en tête, il n’est pas en mesure de se voir à coup sûr gagnant. Ayant obtenu environ 35 % des suffrages, il a certes fait mieux de plus de cinq points que Pierre Savelli au premier tour en 2020. Mais ce score n’est pas une « garantie or » de succès et d’ailleurs n’est pas à la hauteur de ce qu’espéraient et faisaient filtrer ses partisans. Le président du Conseil exécutif et de bien d’autres institutions va devoir batailler voire s’arracher pour s’imposer, même si celui qui sera son principal adversaire, Julien Morganti, avec un peu plus de 25 % des voix, n’a pas réalisé un score à la hauteur de ce qu’il attendait. Pour ce dernier, rien n’est cependant perdu, car trois réservoirs de voix s’offrent à lui et cela lui permet d’espérer coiffer sur le fil Gilles Simeoni : les 11 % de la liste Jean-Martin Mondoloni si un accord est trouvé avec ce dernier (à l’heure où sont écrites ces lignes rien n’est fait) ; les 3,9 % de la liste Francis Riolacci (ce dernier a appelé à se reporter sur l’arc républicain que représente Julien Morganti) ; une partie des voix, celle plus protestataires que droite de la droite, de Nicolas Battini qui a obtenu plus de 17 %. À retenir aussi : la percée de Nicolas Battini qui s’il n’a pas réalisé les scores du Rassemblement national lors des derniers scrutins nationaux, a obtenu un score qui le place en chef de file de la droite incontesté de la droite de la droite en Haute-Corse et peut-être même à l’échelle de l’île du fait de la relative contre-performance et des ratés de la liste François Filoni à Aiacciu, il faudra compter avec sas interventions au Conseil municipal de Bastia et avec sa présence lors du prochain scrutin territorial ; le déclin et même la quasi-disparition de la gauche bastiaise de l’ère zuccarelliste (radicaux, communistes) et peut-être, avec Sacha Bastelica, l’avènement d’une nouvelle gauche (si elle reste sur l’Aventin et donc ne cède pas, ouvertement ou discrètement, aux sirènes siméonistes ces prochains jours, Gilles Simeoni multipliant les approches séductrices).

Pierre Corsi
Crédit photo : DR.page FB _. JC Angelini / DR Page F.B PA Tomasi
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