Elezzione Municipale : Un Nationalisme consolidé
La séquence municipale en cours confirme une transformation profonde de la vie politique corse engagée depuis une quinzaine d’années
Un nationalisme consolidé
La séquence municipale en cours confirme une transformation profonde de la vie politique corse engagée depuis une quinzaine d’années : l’installation durable du courant nationaliste dans le paysage municipal.
Longtemps marginal dans les grandes villes de l’île, ce courant a progressivement conquis des positions locales solides. Les résultats observés aujourd’hui à Bastia, Ajaccio, Sartène ou Porto-Vecchio montrent que cette implantation ne relève plus d’une dynamique conjoncturelle, mais d’un phénomène politique structurant. Les victoires au premier tour de Jean Biancucci à Cuttoli Cortichiato ou de Angèle Bastiani démontrent que désormais le nationalisme est devenu une valeur sûre d’une forme de conservatisme municipal. Alors que beaucoup présidait un effondrement du nationalisme, le voici consolidé comme première famille politique de la Corse. Rendez-vous est pris pour les élections législatives, mais surtout pour les territoriales.
Bastia, le socle historique
Bastia demeure la ville emblématique de cette transformation. Avec environ 34 % des suffrages au premier tour, Gilles Simeoni arrive une nouvelle fois en tête du scrutin municipal. Ce résultat s’inscrit dans une remarquable continuité électorale.
Lors des municipales de 2014, la liste Simeoni avait obtenu environ 32 % au premier tour avant de remporter le second avec 55,4 % face à Jean Zuccarelli. Cette victoire avait marqué un tournant historique en mettant fin à près d’un demi-siècle de domination politique de la famille Zuccarelli sur la ville.
En 2020, Gilles Simeoni n’était plus directement candidat, mais la liste autonomiste conduite par Pierre Savelli recueillait tout de même 30,43 % au premier tour avant de conserver la mairie au second tour. La comparaison est éclairante : 2014 : environ 32 % au premier tour ; 2020 : environ 30 % ; 2026 : environ 34 %.
Depuis douze ans, le socle électoral autonomiste à Bastia oscille donc entre 30 et 34 %. Cette stabilité constitue en réalité la clé du paysage politique bastiais. Le courant nationaliste ne progresse que marginalement en pourcentage, mais il reste structurellement la première force politique de la ville.
La principale évolution vient plutôt de la fragmentation du camp opposé et notamment l’extrême faiblesse de la gauche, qui empêche l’émergence d’une alternative capable de rivaliser avec ce bloc stabilisé.
Ajaccio, la consolidation d’un quart de l’électorat
La situation ajaccienne est différente, mais tout aussi révélatrice. La liste nationaliste conduite par Jean-Paul Carrolaggi obtient environ 26,7 % des suffrages au premier tour, soit plus de six mille voix. Elle arrive en deuxième position derrière le maire sortant Stéphane Sbraggia, mais se situe très nettement devant le Rassemblement national. De plus si on ajoute le score de Pascal Zagnoli, secrétaire général du PNC, les nationalistes toutes tendances confondues dépasse le score du maire sortant.
Pour comprendre la portée de ce résultat, il faut revenir aux scrutins précédents. En 2020, le courant nationaliste était divisé entre deux listes : celle de Jean-André Miniconi pour Femu a Corsica (13,85 %) et celle de Jean-François Casalta pour le PNC (13,78 %). Ensemble, ces deux listes représentaient environ 27 % des voix.
Le score actuel correspond donc presque exactement au poids électoral cumulé du nationalisme ajaccien lors du précédent scrutin.
Si l’on remonte à 2014, la situation était très différente. Les listes nationalistes étaient alors marginales et peinaient à dépasser les 10 %. La compétition municipale se jouait essentiellement entre Simon Renucci et Laurent Marcangeli.
En une décennie, Ajaccio a donc vu apparaître un bloc nationaliste stabilisé autour d’un quart de l’électorat. Ce socle reste inférieur à celui observé à Bastia, mais il constitue désormais un élément permanent de l’équation politique locale.
Sartène, une progression spectaculaire
À Sartène, l’évolution apparaît encore plus marquée. Au premier tour du scrutin actuel, Paul-Félix Benedetti recueille environ un tiers des suffrages tandis qu’une seconde liste régionaliste dépasse les 12 %. Ensemble, ces deux listes totalisent près de 45 % des voix.
Le camp nationaliste se trouve donc quasiment à égalité avec la droite locale représentée par Christophe Mondoloni.
Cette situation contraste fortement avec les élections précédentes. En 2020, les listes nationalistes cumulées atteignaient environ 27 %. En 2014, elles étaient encore largement marginales dans un paysage dominé par les réseaux politiques traditionnels.
Le duel qui structurait alors la politique locale opposait principalement la droite locale et la gauche, incarnée notamment par Dominique Bucchini, militant historique du Parti communiste et pourfendeur du nationalisme.
En une dizaine d’années, le clivage politique sartenais s’est profondément transformé. La confrontation traditionnelle droite-gauche a progressivement laissé place à un affrontement entre la droite locale et le courant nationaliste aujourd’hui allié aux communistes.
Sartène apparaît ainsi comme l’une des villes où la progression nationaliste a été la plus rapide.
Porto-Vecchio, le basculement
Porto-Vecchio représente probablement l’exemple le plus spectaculaire de cette évolution. Jean-Christophe Angelini est réélu dès le premier tour avec plus de 50 % des suffrages.
Ce résultat est d’autant plus significatif que la liste menée par la candidate de Femu a Corsica dépasse les 16 %, ce qui rend la majorité absolue encore plus remarquable.
La progression du courant nationaliste dans la ville est nette si l’on observe les scrutins précédents. En 2014, Angelini recueillait environ 24 % des voix face au maire sortant Georges Mela, qui dominait alors largement la vie politique locale.
En 2020, la situation s’était déjà transformée : Angelini arrivait en tête du premier tour avec environ 30 % avant de l’emporter au second dans une triangulaire.
Le scrutin actuel marque une nouvelle étape : non seulement la ville est solidement ancrée dans le camp nationaliste, mais celui-ci est désormais capable d’obtenir la majorité absolue dès le premier tour.
Une nouvelle géographie politique
Si l’on observe ces résultats dans leur ensemble, une géographie politique assez claire apparaît.
Bastia constitue depuis 2014 le bastion historique du nationalisme municipal, où celui-ci s’appuie sur un socle électoral particulièrement stable.
Ajaccio reste plus résistante, mais voit désormais se consolider un bloc nationaliste autour d’un quart de l’électorat et plus encore si on y adjoint la liste conduite par Pascal Zagnoli. Il faut connaître le passé bonapartiste de la cité impériale pour mesurer la distance parcourue. C’est enfin la démonstration qu’uni (ou presque) le mouvement nationaliste parvient à recueillir des scores qui le place en situation de tête pour les territoriales. Mais il est vrai que déjà en 1992 au bord d’être en situation de majorité relative, le mouvement nationaliste avait opérée une division dramatique qui allait aboutir à la guerre entre factions clandestines.
Sartène illustre la progression rapide d’un courant devenu en quelques années l’un des deux pôles majeurs de la politique locale avec cette alliance étrange entre communistes et nationalistes autrefois ennemis inconciliables.
Quant à Porto-Vecchio, la ville symbolise l’étape la plus avancée de cette transformation : celle où le nationalisme municipal s’impose comme la force dominante.
Au total, ces municipales confirment que le nationalisme corse n’est plus seulement une force régionale structurée autour de l’Assemblée de Corse ou du Conseil exécutif. Il est désormais solidement implanté dans plusieurs municipalités importantes.
Cette implantation locale constitue l’un des faits politiques majeurs de la Corse contemporaine. En une quinzaine d’années, un courant longtemps considéré comme protestataire s’est transformé en force municipale durable, enracinée dans la vie politique de l’île. Mais il réussit ses meilleurs scores en préconisant des mesures locales, mais en jonglant entre les envolées chauvines et une nécessaire ouverture sur la société civile.
GXC
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