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« Les sourires du vin » Album BD de Yann Diolo et Matthias Bourdelier

ENTRETIEN AVEC YANN DIOLO, caviste, restaurateur, podcasteur.et AVEC MATTHIAS BOURDELIER, dessinateur de BD, illustrateur, graphiste.

« Les sourires du vin »
Album BD de Yann Diolo et Matthias Bourdelier


C’est un bien singulier album ! En effet, si vous désirez tout connaître sur les vins de l’île, précipitez-vous pour acheter, « Corse Immortelle — les sourires du vin ». Les deux auteurs, Yann Diolo et Matthias Bourdelier sont les invités de « BD à Bastia », allez les voir et les écouter à Una Volta. Grâce à eux vous saurez enfin comment le vin corse est devenu le secteur n° 1 de la production insulaire. Un succès obtenu de haute lutte à la force du poignet et de l’intelligence à toute épreuve des vignerons d’ici.

ENTRETIEN AVEC YANN DIOLO, caviste, restaurateur, podcasteur.

Comment avez-vous découvert la Corse ? Quand ?

À 16 ans j’ai fait mon premier stage en cuisine, qui s’est bien passé. C’était en Corse au sud de Bastia. J’étais un adolescent perdu, avec ce stage je suis devenu un adolescent capable de résistance au travail et j’ai découvert la manière dont on pouvait être utile en cuisine. Aux yeux des adultes qui m’employaient, c’était la satisfaction.

Votre rencontre avec le vin de quelle façon s’est-elle concrétisée ?

De façon professionnelle à Dublin, une autre île ! Gavin Watchorn, caviste, m’a proposé de travailler chez lui. C’était une grande chance puisque Gavin donnait des cours du soir appelés, « Wine spirit education ». J’ai ainsi appris le vin… en anglais…

Avez-vous d’emblée pensé l’organisation visuelle de votre album. Son découpage ? Sa mise en scène
 ?
Je suis parti des podcasts réalisés avec des vignerons corses. L’intérêt c’est que les voix font partie du terroir ! Cela a abouti à un livre de 220 pages. Mais Matthias aux dessins racontant nos rencontres avec des vignerons et en laissant ceux-ci parler, c’était bien plus vivant. Et notre album arrivait à 304 pages.

L’aspect de cet album en carnet de voyage s’est-il imposé d’entrée de jeu ?

Dans un deuxième temps… Car il est également un appel à un art de vivre, qui pousse, par exemple, à dessiner au bord d’un belle rivière, si on aime le dessin, ou à croquer un paysage montagnard. Si le lecteur préfère les mots, j’espère qu’il sortira de sa poche son carnet de notes pour écrire un poème ou une description...

Vous nous apprenez beaucoup sur les vignobles et les vins de Corse, comment avez-vous réussi à ce que le didactisme soit moteur et non frein à la lecture ?

Dans mon atelier à Paris je fais des dégustations à l’aveugle et je demande aux gens ce qu’ils ressentent, ensuite seulement je parle technique ! Dans le livre je voulais qu’il y ait de l’air, de l’espace pour donner au lecteur envie de tourner les pages et d’avancer. C’était pour moi instiller de l’hospitalité dans la lecture.

Selon vous quelles sont les qualités premières des vins de l’île ?

La fraîcheur. Celle d’un terroir solaire qui va de la montagne à la mer. Celle que les vignerons sont capables de donner à leur vin. Une fraîcheur avec un jus provoquant une ambiance dynamique dans la bouche. Les vignerons corses ont une qualité rare d’adaptabilité et du sens du collectif. Voilà ce qu’on retrouve chez Caro Franchi du CIV (Comité interprofessionnel du vin). Après beaucoup de difficultés, les Corses ont retrouvé les cépages endémiques qui sont en accord avec les sols. Ici, il y a autant de variétés de vins que sur le continent alors que l’île est bien plus petite… La Corse c’est la Bourgogne du futur !

Dans votre restaurant parisien de la rue de la Roquette de quelle manière présentez-vous nos vins à ceux qui ne les connaissent pas ?

Comme un voyage du goût et une ouverture d’esprit. Comme des vins de grande qualité à plusieurs dimensions : fruits, sols, profondeur, complexité.

Quid du travail avec le dessinateur ?

J’avais une vision du livre depuis longtemps. Pour la concrétiser, il fallait la force de travail. Sur le vif il y a un dessin et un autre en atelier. Quand on écrit (c’était là ma part) trouver une narration était passionnant. Avec Matthias d’abord il m’écoute. Puis on discute et on entre en action. Lui et moi on est les deux côtés du cœur, moi avec mon métier du vin, lui avec ses rêveries, son geste de la main, sa spontanéité. Et tous les deux on est conscient qu’il faut beaucoup de labeur…

Pourquoi rien sur notre rosé qui est le meilleur du monde ?
Les vignerons ne nous en ont pas parlé ! Fixons un rendez-vous pour la prochaine fois !
Propos recueillis par M. A-P

ENTRETIEN AVEC MATTHIAS BOURDELIER, dessinateur de BD, illustrateur, graphiste.

Qu’est-ce qui vous a amené au dessin ?

Je dessine depuis toujours. Petit je recopiais des dessins animés et j’imaginais les suites. Ma famille m’a beaucoup encouragé. Le stage de 3 è que j’ai effectué chez un auteur de BD a été déterminant. C’était le bédéiste qui avait repris « Pif gadget » et « Blueberry ». Ensuite j’ai assisté au plus grand nombre de festivals de BD possible !

Comment avez-vous rencontré Yann Diolo ?

Yann est caviste et restaurateur je vais chez lui depuis 2018. Son magasin est un repère de BD, il adore ça. Après le COVID je lui ai demandé s’il avait besoin d’un graphiste ?... Il a été d’accord. Je lui ai fait des affiches, dessins pour Instagram. En vin, je ne connaissais rien et de la France j’ignorais tout, sauf Paris et le Lubéron où je suis né. Yann m’a emmené dans diverses régions et j’ai commencé une initiation aux vins et aux terroirs.

Votre initiation aux vins a-t-elle été de soi ?

J’ai donc commencé à apprendre dans le restaurant de Yann. Chaque semaine d’ailleurs il proposait des initiations au vin où il misait sur les sensations. Il procède par une approche douce
et ouverte. Il n’est pas élitiste. Auprès de lui j’ai découvert des goûts de vins incroyables provenant de partout. En Corse on est venu sur deux ans et là j’ai bien complété mon savoir et goûté aux instants de plaisir que procure une dégustation de vin.

Vous ne placez pas vos dessins dans des cases, mais vous leur laissez pleine liberté. Pourquoi ?

Je dessine des BD depuis 17 ans. Au commencement j’utilisais des cases puis je me suis rendu compte qu’il y avait d’autres possibilités. J’ai délaissé les cases pour libérer mon trait ! En outre, je ne dessine jamais assis, mais debout à l’instar d’un peintre. En travaillant sur l’album, j’ai beaucoup appris. Mes dessins peuvent aller sur un page, sur une page double ou plusieurs séquences peuvent se poser sur une seule page.

Votre mise en scène en toute liberté est-ce pour stimuler également l’imagination du lecteur ?

Pas forcément ! Mais pour faciliter une lecture fluide et efficace. Avec Yann on désirait un album grand public, c’est pourquoi on l’a aéré avec une police de caractères très lisibles. On souhaitait que le lecteur se plonge dans le livre.

Quels paysages corses ont eu le plus de résonances en vous ?

J’ai eu un choc esthétique, qui a été une révélation, à Patrimonio. En termes de beauté le bout du Cap corse m’a énormément touché, car apaisant. La Balagne, en altitude où vont être plantées des vignes, m’a beaucoup plu. À Cuttoli-Corticchiato, au restaurant « Sole è Monte » la vue était superbe. Avec Yann on y a dessiné des paysages magnifiques.

Votre amour de la pizza est-il vrai de vrai ?

C’est une passion commune avec Yann… Ce qu’on aime c’est la pizza à pâte fine. Au-delà du fast-food, une bonne pizza et un bon vin ont pour dénominateur commun : le plaisir.

Au début de votre initiation n’avez-vous pas été surpris par l’avalanche de savoirs à intégrer ?

Non… J’étais poussé par la curiosité et par l’envie d’apprendre. J’ai travaillé dans le milieu artistique parisien, mais franchement c’est en écoutant les vignerons corses que je me suis le plus enrichi. Ils m’ont aussi donné la force de créer une maison d’édition, « TTC ».

En parcourant les vignobles corses, en écoutant les vignerons et leurs histoires, qu’est-ce qui vous a le plus étonné ?

La force, la puissance se travail des vignerons d’ici. La manière dont en soixante ans ils ont remonté la pente et surmonté le scandale de la chaptalisation, qui les avais ruinés. Ils n’ont pas démissionné, au contraire. Ils ont cultivé une exigence totale dans la conduite de leurs vins. Bref, ils se sont mis en question et sont allés de l’avant. C’est la leçon que je retiens.

« TTC éditions », que cache ce cycle ? Qu’éditez-vous ?
« TTC », au choix cela signifie : « Tarte o concombre » ou « Toutes taxes comprises » !... On édite trois à cinq livres par an, cette année : un livre d’art, un album de BD en mai. On a publié des ouvrages à partir de sous-bocks et de Post-its. On rejette la posture clanique les grandes éditions. On veut rassembler. Défendre le livre en toute indépendance.


Propos recueillis MA.P
Crédit illustration : Corse immortelle- Lisandru Leccia
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