Association « Fiura Mossa »L’immersion par le doublage en langue corse
L’immersion en langue corse, on sait que c’est indispensable pour apprendre, de façon naturelle et presque automatique, la langue originelle de l’île.
Association « Fiura Mossa »L’immersion par le doublage en langue corse
L’immersion en langue corse, on sait que c’est indispensable pour apprendre, de façon naturelle et presque automatique, la langue originelle de l’île. Cette immersion, « Fiura Mossa » la pratique en doublant courts et longs-métrages, films et dessins animés en corse. Une initiative bienheureuse en ces temps où la préfectorale remet en question des acquis que l’on croyait pérennes.
Une aventure née d’un besoin familial
À côté d’Una Volta, rue Campinchi, se trouve le studio de doublage de « Fiura Mossa », créé par Jean-Yves Casalta et Sylvain Giannechini en 2010. L’enregistrement des voix en corse se fait dans l’open space du studio, et le mixage s’effectue chez Christophe Mac Daniel. Actuellement, sur l’écran, les finitions d’un court-métrage du comédien et réalisateur Jean-Philippe Rossi. Avant ce court-métrage, l’association avait été prestataire pour le doublage de « L’Odissea di Livi », un film d’animation axé sur l’environnement et destiné au jeune public. L’association se transforme à volonté en prestataire de services pour des sociétés de production ou pour le milieu associatif. Elle répond, par exemple, à la demande de prestations du réseau « Canopé », support pédagogique des enseignants.
L’idée de se lancer dans le doublage en langue corse de productions télévisuelles ou cinématographiques revient à Jean-Yves Casalta. À la base, il fait un constat : son fils ne peut regarder de dessins animés en corse. Décision du père : résoudre le problème en se chargeant de doubler ces images, récits et dialogues adorés par l’enfant. Pour l’aider dans cette entreprise, il recourt à un de ses anciens élèves, dont il a suivi le parcours et qui est désormais professeur de langue et culture corses, Sylvain Giannechini.
Afin d’être certain que son initiative ne se solderait pas par un échec, Jean-Yves Casalta prend contact avec « Dizale », structure active dans le doublage en breton. Il joint cette association qui lui fournit les informations techniques de base et lui prouve qu’il ne va pas dans le mur. Ensuite, il s’adresse à Xavier Giacometti, cinéaste d’animation et auteur de « Yakari », très aimé des enfants. Ce Corse d’origine invite Casalta afin de compléter ses connaissances sur le plan technique, ce qui va le conduire à embaucher un technicien, Pedru Alfonsi, capable de manier le logiciel de doublage.
Préserver la langue par l’image
« On s’est formés, Sylvain et moi, sur le tas, mais dès nos débuts nous avons privilégié la qualité des films », précise Jean-Yves Casalta. « Nous avons voulu également préserver notre liberté en sélectionnant des productions qui ont une résonance avec l’île. »
Dans l’équipe, le seul à toucher une rémunération est le technicien. Du côté des rentrées financières, « Fiura Mossa » vend des CD. Elle compte également sur ce que peuvent rapporter les prestations qu’elle propose. Il arrive que « Via Stella » fasse appel, de temps à autre, à « Fiura Mossa ». « La plateforme “Allindi” diffuse aussi nos programmes, tout le monde peut ainsi les voir. C’est une de nos grandes satisfactions. »
L’association ne demande qu’à attirer de nouveaux clients. Remarquons qu’il existe tant et tant de réalisations qui mériteraient d’être regardées in lingua nustrale, de façon ludique qui plus est…
Michèle Acquaviva-Pache
ENTRETIEN AVEC JEAN-YVES CASALTA, fondateur de « Fiura Mossa »
Quel est votre premier film doublé ?
« U cantu di u mare », relevant du cinéma d’animation. Nous pensions nous adresser d’abord au jeune public, très intéressé par les dessins animés et potentiellement attentif à sa découverte en lague corse. « Terminator 2 » est, lui, notre premier doublage de long-métrage. En seize ans d’activité, nous avons mené à bien dix-neuf films, dont cinq longs-métrages. Certains de nos doublages sont utilisés en classe par des enseignants pour leurs élèves (maternelle et primaire), d’autres s’arrangent pour les leur montrer en salle de cinéma. Tous les ans nous proposons aux conseillers pédagogiques et aux exploitants de salle, lors de « Cinema Scola », de découvrir notre nouveauté sur grand écran. C’est ainsi que « Paddington » a été vu par 4000 élèves sur toute la Corse.
Quelles aptitudes demande le doublage en langue corse ?
Il faut être corsophone et comédien, bien sûr ! Il est nécessaire d’avoir une bonne diction et une excellente prononciation. La voix du comédien corse doit correspondre au personnage d’origine. Ne pas oublier non plus la question des disponibilités, ce qui n’est pas toujours évident.
Trouvez-vous facilement des voix d’enfants ?
Comme pour les adultes on a établi une liste, comme pour les adultes on peut recourir à des castings. En général les enfants ne sont pas difficiles à trouver. Le problème avec eux est souvent un manque de concentration ! Les personnes âgées, qui connaissent bien le corse, sont nombreuses. Mais elles n’ont pas trop le sens du jeu. Quant aux contrats à passer avec les mineurs on se réfère au texte en vigueur, qui les protège.
Pour un doublage traduisez-vous en premier les dialogues ?
Je me penche en priorité sur le script d’origine, qui peut être en anglais. Puis je passe aux dialogues. Je dois absolument me soucier que la phrase traduite colle à la bouche du comédien corsophone et que le rythme en corse des mots prononcés soit en parfaite concordance avec la version anglaise, française, ou italienne… Il faut une étroite correspondance entre ce que dit l’acteur corsophone et l’image qui apparait sur l’écran afin de créer l’illusion d’un parler naturel… Surtout éviter tout décalage entre ce que voient les yeux et ce qu’entendent les oreilles.
Le numérique vous facilite-t-il beaucoup la tâche ?
Il a tout simplifié. Notre technicien, Pedru Alfonsi, met le texte en place grâce à une bande « rythmo » et celui-ci vient se synchroniser avec l’image. Cela aide grandement le comédien.
Quel est votre impératif premier dans le choix d’un film ?
On doit d’emblée identifier nos projets qui doivent répondre à un public déterminé : petite enfance, classes élémentaires, adolescents, adultes. Nos publics sont multiples.
Qu’en est-il des droits à payer en amont ?
Ils ne sont pas exorbitants, car c’est l’ensemble du projet réalisé qui est coûteux.
Les comédiens sont-ils indemnisés ?
Ils reçoivent un forfait en guise de rémunération. Nous pensons que leur doublage est une plus-value pour la langue corse, en particulier lorsque les enfants assistent à des séances de cinéma. C’est encore une façon de démontrer que le corse est une langue vivante et bien intégrée aux médias contemporains.
Vous-même et votre binôme effectuez un travail considérable, qui en outre vous prend du temps. Touchez-vous un salaire ?
Le doublage et le fonctionnement de notre studio ne nous autorisent pas à gagner notre vie. Sylvain et moi sommes enseignants en langue corse, c’est ce qu’on aime et qui nous aide à nous tenir à flot.
Recevez-vous un soutien financier des institutions publiques ?
La Collectivité de Corse a signé avec « Fiura Mossa » une convention triennale… Quant à notre activité de doublage elle est effectivement chronophage. Il n’est pas rare que je passe les vacances scolaires enfermé dans le studio pour avancer le travail.
Vous allez bientôt présenter au public votre nouveauté qui concerne un long-métrage très connu et qui peut se suivre à plusieurs niveaux suivant l’âge des spectateurs. Racontez-nous ?
Cette nouveauté est « Le nom de la rose », d’après Umberto Eco, tourné par Jean-Jacques Annaud. Nous la présenterons lors de « Corsica Party », organisée par « Energy Corse » où l’on est, chaque année, invité. Ce festival dure trois jours et nous en faisons l’ouverture au Régent. Les deux autres jours sont réservés à la musique.
Comment Jean-Jacques Annaud, grand réalisateur, a-t-il pris votre initiative ?
Il a tout de suite donné son aval. Il est même venu à Bastia voire le résultat… Il a été surpris et enchanté.
M.A-P
Crédit images : Fiura Mossa et M.A.P
* Site : www.fiuramossa;com
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