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« La Corse des années 50 » Trois mousquetaires du journalisme à l’œuvre !

ENTRETIEN AVEC JEAN MARC RAFFAELLI, coauteur de « La Corse des années 50 ».

« La Corse des années 50 »
Trois mousquetaires du journalisme à l’œuvre !


Jean Marc Raffaelli, Jean Richard Graziani, Jean Paul Cappuri, trois journalistes anciens de Corse-Matin. Non seulement ils ont travaillé dans le même quotidien, mais deux d’entre eux se connaissent depuis la communale. Comme les trois mousquetaires de Dumas, ils sont en fait quatre avec l’arrivée de Xavier Grimaldi, graphiste de formation, maintenant officiant à la rubrique Sport.

« La Corse des années 50 » c’est un contenu sérieux et fécond ainsi qu’une mise en page claire, dynamique qui incite à lire le texte et regarder les images. Les photographies très soignées souvent inédites, car provenant d’albums de famille ou de fonds spécialisés tel celui de Michel Tomasi. Des photos difficiles à trouver, car la presse de ces année-là n’appréciait pas particulièrement les illustrations et n’avait pas les moyens d’en publier. À l’époque il n’y a pas non plus d’agences spécialisées ici et les médias imprimés n’offrent qu’une portion congrue aux actualités locales.
La Corse hyperclanique de ces temps, où s’affrontent des personnalités politiques dans des batailles parfois homériques, est également celle où sont élues les premières femmes maires. C’est le cas en Castagniccia où Virginie Pietri, mère d’Aimé Pietri, novateur de la presse écrite et radiophonique corse, remporte les municipales dans son village de Giocatojo. Résistante et gaulliste elle fut également la première normalienne de l’île. Autre femme portée à la tête d’une commune, celle de Castello di Rostino, Jeanne Marie Caporossi poussée par son mari, maire sortant, qui veut jouer un tour à son adversaire, Louis Polidori. Jeanne Marie gagne et remplit fort bien sa tâche. Aux élections qui suivent c’est Louis Polidiri qui use du même stratagème. Résultat son épouse, Roxane est élue. Mère de cinq enfants elle ne démérite aucunement et obtient la satisfaction de ses administrés.
S’il y a dans les années 50 de la misère et des Corses tristes et pauvres. Il y a aussi des lueurs d’espoir que souligne la magnifique préface du livre par Antoine Cisoi. Le chanteur, le poète veut voir dans la période traversée : « une incitation à se retrouver plutôt qu’une évasion dans le temps ». Sous les broussailles du maquis, sous le poids des difficultés, il annonce des germes de renouveau qui donneront naissance au riacquistu… Si l’ouvrage des trois mousquetaires déroule avec efficacité les événements, qui se produisent, c’est qu’ils font leur miel de très nombreux témoignages, bien plus évocateurs ou percutants que des cours classiques d’histoire, c’est pourquoi leurs mots, leurs phrases, leurs réflexions sont si souvent empreints d’un humanisme sincère.
Des espoirs, des attentes il y en a à ras bord chez les Corses d’alors même s’ils perçoivent quelque peu qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, car peuvent-ils être vraiment entendus de Paris ? Que peut-il en être des grands projets enjolivant les écrits les plus prometteurs ?

Michèle Acquaviva-Pache
• « La Corse des années 50 », prix 45 euros, chez tous les libraires.


ENTRETIEN AVEC JEAN MARC RAFFAELLI, coauteur de « La Corse des années 50 ».

Vous êtes trois à avoir écrit votre ouvrage. Comment vous êtes-vous partagé le travail ?
D’une façon très simple avec Jean Richard Graziani on se connaît depuis l’enfance, avec Jean Paul Cappuri notre rencontre est légèrement plus récente. Tous les trois on a été journalistes à Corse-Matin à la rubrique sports et à la locale. Mon terrain de prédilection étant la culture, la politique, l’économie ces thèmes me sont revenus. On s’est partagé le reste. On a échangé sur tous les sujets. On a s’est vu régulièrement. On a discuté…

Pendant cette décennie 50 quelle est la part de l’Ancien Monde et celle de la modernité ?
La Corse est pauvre. Elle subit la misère. Elle est encore très rurale sans véritables routes dont beaucoup ne sont que des pistes poussiéreuses. La modernité, elle, arrive par petites touches. On considère que le cinéma est une nouveauté et on va facilement assister à une séance. Là, on s’intéresse aux « Actualités cinématographiques » qui font un résumé des informations françaises et mondiales. Les Corses raffolent des films américains. Dans les maisons les frigos, les machines à laver pointent leur nez. On écoute également la radio italienne. On regarde les débuts de la tv de nos voisins.

Qu’en est-il de la culture corse proprement dite ?
Les groupes folkloriques sont nombreux. On montre de l’intérêt pour le chant traditionnel, que Félix Quilici enregistre. Antoine Ciosi et les frères Vincenti dépoussièrent la chanson corse. Leurs textes n’idéalisent plus l’île. Ils n’hésitent pas à en décrire la pauvreté. Leurs paroles osent le réalisme.

Les faits politiques marquants ?
La décolonisation apporte de gros changements. Les Corses ne peuvent plus partir dans les colonies pour améliorer leur sort et gravir l’échelle sociale. Or, ils ont été nombreux à avoir des postes très importants. C’est là la fin de grands débouchés… À Paris où se regroupent maints étudiants, la revendication majeure est la réouverture de l’université de Pascal Paoli. Toni Casalonga nous a raconté que chaque été bon nombre d’entre eux se retrouve à la Restonica où ils mettent la première pierre de cette université tant voulue. Le courant charrie inéluctablement cette pierre qu’ils remplacent toutes les autres vacances estivales.

L’île dans les années 50 a-t-elle connu des événements exceptionnels ?
L’exil en Corse de Mohamed V du Maroc et d’Hassan II le futur souverain marocain. Mais à l’époque les Corses ont-ils retenu ce fait ? Pareil pour la visite de la jeune reine d’Angleterre. Est-ce que cela a attiré l’attention de tous les Corses ? Avec le recul tout devient relatif ! Monseigneur Roncalli, nonce apostolique de France, a suivi le pèlerinage de Lavasina. Celui qui allait devenir Jean XXIII était accueilli aux cris de « Vive le pape ! » Cette fois, les Corses avaient anticipé sa nomination… Ont plus imprégné les mémoires, les soulèvements des insulaires en faveur de l’Algérie française., les manifestations pour les Arrêtés Miot, pour le maintien du chemin de fer avec le mouvement du 29 novembre. Toutes les revendications sociales ont marqué les esprits. Les Corses ne veulent plus vivre dans le dénuement. Ils réclament au gouvernement d’être mieux considéré, et ce sans trop d’arrière-pensées politiques…

Il y-a-t-il en Corse un « phénomène transistor » ? Quel est le rôle de la presse locale ?
Pas de « phénomène transistor ». On se branche sur l’Italie. La presse écrite fait peu de cas de l’actualité dans l’île, c’est même le vide sidéral ! Elle préfère traiter de l’étranger et exerce peu d’influence sur la vie politique insulaire. Sauf lors des élections municipales qui passionnent les gens. Pour ce qui relève du fait divers les journaux d’ici parlent des épisodes climatiques forts ou de l’affaire du Combinatie. Il faut signaler que pas mal de journaux utilisent la langue corse pour qu’elle vive à tous les niveaux.

Pourquoi le sous-titre de votre livre est-il « Le temps de l’espoir » ?
En cette après-guerre des années 50 il y a une volonté de sortir de la morosité et d’afficher un peu d’optimisme. On sort beaucoup. On aime la culture et la mode fascine. Au plan économique et social les revendications sont des signes d’attentes vis-à-vis de Paris. Les Corses veulent des transports maritimes plus performants et regardent d’un œil bienveillant les débuts de l’aérien. La photo de couverture du livre, prise aux Sanguinaires est significative de la convivialité de l’époque où en ville et au village on laissait portes ouvertes.

Pourquoi avoir créé votre propre maison d’édition ?
On s’est rendu compte que travailler avec des éditeurs n’était pas évident, car ils avaient trop de diktats ! Être nos propres éditeurs simplifie notre travail et économiquement on sait où l’on va. Nous avons tiré « La Corse des années 50 » à 2000 exemplaires. Pour rentrer dans nos frais, nous devons en vendre 1000… ce qui est déjà acquis. À côté de l’édition, nous donnons un coup de main à quelques bulletins municipaux (pas trop !) et nous faisons « La lettre numérique de la CCI » où l’on rédige nos articles en toute liberté…

Propos recueillis par M.A-P
Photo tirées du livre envoyées par auteurs ( photo de famille et M.Tomasi )
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