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Exposition à L’Appuntu « Ombres-Elles et frondaisons »

ENTRETIEN AVEC FRANÇOISE MARCHETTEI, artiste-peintre

Exposition à L’Appuntu
« Ombres-Elles et frondaisons »



L’Appuntu est un lieu moderne, convivial, rendez-vous des apprentis ou des « pros » de la peinture, de la musique, de l’ordinateur. Un lieu situé rue des Mulets. On ne peut dire que c’est l’endroit le plus célèbre de Bastia ! Mais là il y a un air de mystère évoquant le passé, celui où à l’arrière du vieux port, étaient vivants des sabots d’animaux de trait, des batteries de sons d’artisans de toutes sortes, d’ouvriers, de pêcheurs. Au bout de la rue, sur une petite place, se dresse L’Appuntu. L’équipement socio-culturel, géré par la Falep, accueille régulièrement des expositions. En ce mois d’avril, on peut y voir les œuvres de Françoise Marchetti.


Joyeuse, mais pas toujours, raffinée et chaleureuse

L’artiste n’est pas une inconnue dans le paysage artistique bastiais. Elle nous propose un univers solaire. Elle est joyeuse, mais pas toujours, raffinée et chaleureuse. Elle nous offre au regard des paysages finement exécutés, des femmes-fleurs aux visages souriants parfois énigmatiques. Françoise Marchetti fait rayonner ses œuvres, même celles qui se teintent d’un flux d’ombre, léger et interrogatif… La réponse se loge dans l’imaginaire de tout un chacun.
Pastel à l’huile, aquarelle, peinture à l’huile l’artiste utilise plusieurs techniques. Elle passe des marines à la montagne et à la forêt. Arrêt à la citadelle de Bastia se dévoile pleine de délicatesse et de dignité, vue du large. Escale à Venise en sa baie luxuriante de formes avec ses rameurs, qui font, peut-être, une course. Venise, qui scintille avec ses eaux allant du bleu clair au Véronèse. Halte à Prague en son dôme prestigieux et puissant comme une couronne coiffant l’une des plus belles villes du monde. Prague avec ses secrets qui se faufilent dans les couloirs d’obscurité et de clarté de son château.

Qu’attendent-elles sous leurs ombrelles ?

Série de jeunes femmes éclairées aux variations chaudes et poétiques d’un rouge de lumière. Elles arborent des fleurs sur un fond de décor illuminé d’un rayon de soleil. Ces femmes qu’attendent-elles sous leurs ombrelles ? Une amie ? Un amoureux ? Elles ont ce quelque chose d’altier et de tendre.
Autre série discrètement accrochée au flanc droit de la galerie en entrant, qui décline de mignonnes « froufrouteuses » exubérantes, dévoilant des culottes brodées de dentelles, en des prémices de french cancan ? Qui sait ? Elles sont réjouissantes de mouvement et d’allant dans un nuage d’heure bleue.
Le village originel de l’artiste, Pietra di Verde, avec son église baroque au haut clocher qui aurait son jumeau enfoui sous terre. Pietra di Verde en son écrin de verdure érigé sur des schistes verts. Le vert de l’espérance ? Sait-on jamais !...
Françoise Marchetti a intitulé son exposition : « Ombrelles-Elles et frondaisons ». Le titre est une promesse… Tenue !

Michèle Acquaviva-Pache


ENTRETIEN AVEC FRANÇOISE MARCHETTI, artiste-peintre


Vous peignez des portraits, des paysages, la nature, comment choisissez-vous vos sujets ?
Mes choix viennent de l’intérieur de moi… Je n’ai pas un tempérament particulièrement joyeux. Il m’arrive d’être mélancolique. Mais je suis fondamentalement optimiste. Et cet optimiste m’apporte force et vie.

Pourquoi sur vos toiles y a-t-il souvent des personnages ?
Au départ j’ai peint des nus parce qu’ils font partie du corps et le corps, ça m’intéresse. Mais derrière les personnages il y a toujours l’esquisse d’un paysage, de bosquets, d’arbres, de fleurs ou d’un village et ces éléments reflètent toujours une tonalité.

Quelle définition donnez-vous de votre style ?
Quand j’entends les spectateurs regarder mes peintures, le premier mot qui leur vient est : douceur. Comme souvent je ne peux pas dire franchement ce que je ressens, la peinture me sert à m’exprimer. La peinture établit alors un lien entre moi et les autres qu’elle fait vibrer.

Avez-vous été marquée par certains peintres illustres ?
J’aime les impressionnistes. Matisse bien sûr. Cézanne évidemment. Et de plus en plus Bonnard dont j’admire le travail sur la lumière. Plus près de nous j’ai fréquenté l’atelier de Chisa qui m’a beaucoup appris. Mais je me garde de copier ces grands maîtres. Je suis ma propre voix !

La peinture est-ce une fascination d’enfance ?
Dans la famille on parlait sans arrêt peinture. Mon grand-père était peintre. Un de mes ancêtres, Gaetano Leoni, de l’école italienne, a fait le plafond de l’église de Luri. Il a également des fait des fresques pour les maisons d’Américains. Mon oncle du côté maternel faisait di pop art.

Comment vous êtes-vous lancée ?
Petite, j’ai toujours dessiné. Un jour, M. Rocchini, peintre devenu aveugle, m’a transmis son chevalet de campagne. Voilà le déclic. Je me suis aussitôt lancée dans la peinture à l’huile… une vraie galère au début !

Vos couleurs privilégiées ?
Le bleu est considéré comme la couleur du bonheur. Moi, c’est dans le rouge que je me retrouve. Mon but : faire chanter les couleurs. Elles sont la vie, la sensualité, la douceur. Longtemps j’ai cru que le trait pouvait m’enfermer, mais maintenant je me suis mise à le travailler.

Désirez-vous devenir professionnelle ?
Je n’y pense pas. Je travaille. J’avance. Je traduis mon ressenti sur la toile. Peindre est pour moi un besoin, une nécessité si je veux m’exprimer.

Vous êtes enseignante, peintre et vous vous occupez de tâches ménagères. De quelle manière vous organisez-vous ?
J’enseigne en SEGPA auprès d’enfants en difficultés et j’adore ça ! Je ne sépare pas rigoureusement mes activités. Avec mes élèves l’apprentissage commence à partir d’images pour les débloquer, ensuite ils peuvent passer à l’écriture. Chez moi j’ai un petit atelier, une pièce orientée nord-ouest. C’est parfait pour avoir une excellente lumière. Avec cet atelier je n’envahis pas tout mon espace intérieur avec mes peintures.

Quelle réaction suscitent vos œuvres auprès du public ?
La réaction immédiate du public devant mes peintures : quelle sensibilité ! Quelle atmosphère colorée !

Une expérience vous a-t-elle laissé un souvenir ineffaçable ?
Un souvenir, qui est à l’origine d’un tableau : une femme montée sur des échasses (qu’on ne voit pas), mais la grandissent et accentuent son port de taille élancé. Elle est vêtue d’une robe imprimée sur fond rouge. Rouge est aussi son ombrelle. Derrière elle des arbres au feuillage jaunissant. À ses pieds un parterre vert émaillé fortement de bleu. Cette œuvre est la trace vive d’une expérience vécue en 1978 aux côtés de Dominique Degli Esposti. La scène se déroulait près du couvent de l’Île Rousse, dans un jardin. Le peintre voulait réaliser un tableau vivant. L’artiste étudiait les ombres et les lumières. La femme dans un fourreau très serré, sur des échasses c’était moi. Ce moment m’et resté comme un bonheur.

Pourquoi des séries ?
Au départ j’ai besoin de travailler un sujet puis d’aller jusqu’au bout. Lorsque le sujet est épuisé, je passe à autre chose. C’est ainsi que j’ai entrepris « les femmes à l’ombrelle », ma dernière création, que je présente à l’Appuntu. J’ai également fait des séries sur Venise, sur mon billage, Pietra di Verde à différentes heures et sous divers angles de prises de vues.

Beaucoup de monde à votre vernissage. Quelles sont les pièces les plus vendues ?
Les visiteurs ont privilégié les petits formats. Nombreux ont été ceux qui ont eu des coups de cœur. Quand je leur demandais pour quelles raisons : leurs réponses étaient parfois surprenantes et sans rapport avec ce qui m’avait conduit à les peindre… Avoir un public qui a de l’imagination qui s’en plaindrait !

M. A-P
crédit photo fourni par l 'artiste FRANÇOISE MARCHETTI
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