Sur les armes blanches…
La réglementation sur les armes devient toujours plus rigoureuse. Elle s’est récemment alourdie encore par la soumission à autorisation de la détention d’armes dites blanches
Sur les armes blanches…
La réglementation sur les armes devient toujours plus rigoureuse. Elle s’est récemment alourdie encore par la soumission à autorisation de la détention d’armes dites blanches. Ceux qui en détiendraient après une certaine date devront les restituer. On ne peut que sourire face à ces mesures, plutôt que d’en pleurer. Elles s’inscrivent dans un mouvement général visant à restreindre la possession de tout bien qui permettrait aux citoyens de se défendre.
Certes, il ne nous a pas échappé qu’on ne peut se faire justice soi-même. Mais s’agit-il bien de cela lorsqu’on se défend alors qu’on est menacé ou agressé ? Nous ne le pensons pas, et la question, quoi qu’il en soit, mérite d’être posée. Peut-on admettre que le citoyen ne puisse disposer des outils lui permettant d’assurer sa sécurité quotidienne, alors que les forces dites de l’ordre ne peuvent, c’est l’évidence, être présentes au domicile de chacun ? Ce ne serait d’ailleurs ni souhaitable ni admissible.
Le contre-exemple américain
Certains pays que l’on dit très civilisés, et que d’aucuns considèrent comme des phares de la démocratie — l’on pense aux États-Unis d’Amérique — ont fait du droit de détenir des armes, qui sont loin d’être blanches, un droit constitutionnellement garanti. On peut même souvent les porter sur soi. Que l’on sache, le désordre le plus échevelé n’y règne pas. On objectera que, de temps à autre, des individus perdent le contrôle d’eux-mêmes et tirent sur tout ce qui bouge, ce qui pourrait justifier une interdiction. Ce sont certes des phénomènes dont on ne peut nier l’existence, mais qui, même s’ils sont très spectaculaires, ne constituent pas le lot commun. Dès lors, il faut raison garder.
Quoi qu’il en soit, il faut bien admettre que, dans ce pays, la détention ordinaire d’armes et leur port n’engendrent pas une criminalité exacerbée chez ceux qui exercent ce droit. Aussi, on ne peut considérer que ces restrictions, toujours plus fortes, auxquelles nous assistons dans notre pays permettent d’atteindre l’objectif allégué de maintien de l’ordre public. D’ailleurs, dans notre île, où le nombre de détenteurs d’armes à feu de toutes catégories, et des plus efficaces, est fort important, n’en déplaise aux pisse-froid, on ne note pas un usage immodéré et inconsidéré de ces instruments potentiellement dangereux, comme le couteau de cuisine bien aiguisé, d’ailleurs, ou le rouleau à pâtisserie, qui peut être d’un usage mortel si l’on s’en sert bien.
Des objectifs réels à interroger
Mais si l’on va plus loin, une fois ce préalable posé, si l’on considère que le but de cette mesure ne peut être le maintien de l’ordre, quel peut-il être ?
On pressent que les vraies raisons sont autres. C’est sans doute que l’on veut limiter les possibilités de défense des citoyens. Serait-ce pour cela que les conditions de détention des armes à feu sont devenues toujours plus restrictives, le tout accompagné d’une politique générale de plus en plus répressive, conduisant à assortir toute condamnation pour des faits quelconques de violence d’une interdiction de détention d’armes, y compris pour les chasseurs patentés, qui ont en général une grande maîtrise de leurs instruments ? On ne peut croire qu’il s’agisse, pour un État, de se protéger du peuple, puisqu’il est à son service et que, seul, le peuple détient la puissance politique. On ne peut alors que s’interroger.
Une dérive des politiques publiques
Ces actions de l’État, visant à contrôler de plus en plus la possession de tous types d’armes, illustrent indubitablement des défaites sociales et politiques profondes. On ne peut ainsi que constater aujourd’hui une dérive étrange des politiques publiques, notamment pénales : si un couteau sert à commettre un crime, on va immédiatement proposer d’interdire les couteaux. Si l’on pousse plus loin dans « l’absurdie », on peut s’attendre à ce que, si un lettré possesseur d’un stylo-plume de qualité, excédé par la médiocrité ambiante, crève un œil à un quidam avec lequel il avait un différend d’ordre philosophique, on interdise aussitôt la détention de stylos-plumes. Nous en sommes là.
Bien sûr, certains objets sont potentiellement plus dangereux que d’autres, nul ne le nie. Mais ce qui est éminemment critiquable, c’est que, sous prétexte de faits regrettables et isolés, même s’ils sont montés en épingle, on prive la généralité des citoyens de plus en plus de libertés. Car le principe d’une société civilisée doit rester la liberté. Or, aujourd’hui, il n’y a plus que des interdictions de toutes sortes et pour tous les motifs. Une société dans laquelle seul l’interdit formalisé guide les comportements est une société moribonde. L’exemple de cette nouvelle interdiction n’en est qu’une confirmation supplémentaire.
SALLUSTE