• Le doyen de la presse Européenne

Le Manifeste de l’Ascension

La mise sous vitrine et bientôt peut-être une autonomie ......

Le Manifeste de l’Ascension



La mise sous vitrine et bientôt peut-être une autonomie consistant en une acceptation définitive du licol gravée dans la Constitution, seraient-ils les seuls et définitifs débouchés possibles d’un demi-siècle de lutte  ? Non, répondent Ghjuventù Svegliata, Ghjuventù Indipendentista et Ghjuventù Paolina.

La commémoration du cinquantième anniversaire du FLNC a pris la dimension d’une relégation de la LLN (Lutte de Libération Nationale) au musée des images d’Épinal et aussi des illusions perdues. Seule la parole de quelques anciens et de rares écrits ont tenté de rappeler ou faire connaître, légitimer ou expliquer, la foi, l’enthousiasme et l’engagement, parfois tourmentés mais toujours entiers, de celles et ceux qui, au fil de décennies, se sont levés pour une cause qu’ils considéraient être sacrée : le droit du peuple corse à disposer de tous les droits naturels d’un peuple. La mise sous vitrine et bientôt peut-être une autonomie consistant en une acceptation définitive du licol gravée dans la Constitution, seraient-il les seuls et définitifs débouchés possibles d’une lutte faite de clandestinité, de propagande armée, d’actions politiques, électorales, syndicales, économiques et culturelles, de magnifiques réussites, de terribles erreurs, de dramatiques fautes, de sacrifices déclinables en années de prison, en familles déchirées, en deuils ? Eh bien non, répondent les étudiants réunis au sein de Ghjuventù Svegliata qui tout en référant à la LLN, ont produit une analyse dénonçant l’autonomie que dessine l’écriture constitutionnelle ayant résulté du processus Beauvau ; et qui ont rédigé une proposition de loi portant Statut d’autonomie de la Corse prenant en compte les droits naturels du peuple corse. Eh bien non, répondent aussi Ghjuventù Indipendentista et Ghjuventù Paolina qui ont cosigné ces textes. L’analyse a été dénommée par ses auteurs « Autonomie, fiction en faction ». Sa teneur et son souffle, ainsi que la période de sa publication, incitent à la dénommer « Manifeste de l’Ascension ». En voici, ci-après, les grandes lignes (intégrale de l’analyse et proposition de loi consultables à partir du lien https://www.ghjuventusvegliata...u-missaghju).

Un rapport de force confisqué

La jeunesse corse au lendemain de l’agression mortelle d’Yvan Colonna. Des lycéens aux syndicats étudiants, jusqu’à la création du Collectif Yvan Colonna, c’est elle qui a investi la rue, imposé un rapport de force et payé, bien souvent, le prix le plus lourd de cette mobilisation. Or, une fois la négociation engagée, elle a été progressivement tenue à l’écart du processus, pendant que les représentants institutionnels acceptaient d’inscrire la discussion dans les limites et les lignes rouges fixées par l’État central, précisément là où cette jeunesse entendait les contester.

L’autonomie n’est pas intrinsèquement une finalité

L’autonomie ne saurait constituer un point d’arrivée, mais bien une étape dans un cheminement plus vaste, celui de l’indépendance. Si elle représente indéniablement un progrès dans la reconnaissance juridique et fonctionnelle des particularismes territoriaux, elle demeure par essence un compromis, corseté par les limites que l’État central impose en matière de fiscalité, de représentation internationale ou de maîtrise des leviers stratégiques de développement. À trop vouloir la présenter comme un aboutissement, on en oublie qu’elle ne fait qu’ouvrir une dynamique qui appelle nécessairement un prolongement. Celui de la souveraineté.

L’autonomie doit être un projet politique global

Une erreur manifeste, portée par la classe politique corse partisane du processus Beauvau, réside dans la perception de l’autonomie comme un simple statut […] Or, l’autonomie doit être envisagée sous un prisme davantage politique : elle ne se réduit pas à un statut juridique abstrait ou dépourvu de substance, mais constitue un véritable instrument de développement territorial et de préservation identitaire. L’évolution statutaire n’acquiert de véritable signification que lorsqu’elle s’inscrit dans une dynamique de projet politique global, capable d’irriguer l’ensemble des strates de la société (économiques, culturelles, sociales).

Une écriture constitutionnelle insuffisante

Une analyse de l’accord scellé le lundi 11 mars 2024, entre les élus corses et l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, autour d’un projet d’écriture constitutionnelle, révèle un texte largement insuffisant pour incarner les contours d’une véritable autonomie. Tout d’abord, le principal écueil de ce texte réside dans l’absence de garanties permettant des dérogations constitutionnelles. En conséquence, même avec ce statut d’« autonomie », la Corse ne serait pas en mesure de s’affranchir des principes fondamentaux de la Constitution française. Cette limitation soulève des problématiques cruciales dans plusieurs domaines (ils sont mentionnés ci-après).

La reconnaissance du peuple corse : revendication historique piétinée

L’Assemblée de Corse, à cinq reprises, a adopté des délibérations affirmant l’existence du peuple corse et appelant à sa reconnaissance institutionnelle […] Dès lors, la négation de ces décisions, en réduisant le peuple corse à une simple « communauté historique, linguistique et culturelle, ayant développé un lien singulier à sa terre », constitue non seulement un déni manifeste de démocratie de la part des autorités parisiennes, mais également un reniement des convictions portées par les partis nationalistes impliqués dans le processus Beauvau.

Le refus la co-officialité de la langue corse : menace existentielle

La protection de la langue corse passe impérativement par une reconnaissance officielle, inscrite de manière explicite dans un statut d’autonomie […] En Europe, la plupart des pays confèrent aux langues régionales des statuts juridiques spécifiques, souvent limités à des territoires définis, reflétant un droit à la différenciation sans concurrence avec la langue majoritaire nationale.

L’omission de la corsisation des emplois : marginalisation des Corses

La corsisation des emplois constitue une revendication historique des nationalistes, visant à favoriser l’embauche locale et à lutter contre la « décorsisation », perçue comme une marginalisation systématique des Corses sur leur propre marché du travail. Ce concept transcende la simple préférence régionale, il s’agit d’une démarche indispensable pour préserver l’identité culturelle insulaire et revitaliser le tissu économique local […] Une telle mesure constitue un levier stratégique pour le développement économique, la cohésion sociale et la préservation de l’identité corse.

L’omission du statut de résident et de la citoyenneté corse : Corses et Corse sans protection

Le statut de résident vise à réserver certains droits, notamment en matière d’accès à la propriété immobilière, aux personnes résidant en Corse depuis une durée minimale, généralement fixée à cinq ans. L’objectif principal est de freiner la spéculation immobilière, de favoriser l’accès des Corses à leurs ressources locales, et de préserver la cohésion économique et culturelle de l’île […] Ce contexte met en évidence la nécessité d’un statut de citoyenneté corse.

L’autonomie Beauvau : renoncement institutionnalisé

L’illusion d’autonomie consentie par l’État est d’autant plus flagrante que les modalités d’application du futur statut ne relèveraient pas uniquement de la Constitution, mais également d’une loi organique, amendable au gré des majorités parisiennes […] Une telle dépendance institutionnelle réduit le statut d’autonomie à un simple prêt révocable, transformant ce qui devrait être un instrument d’émancipation en un mécanisme fragile, conditionné au bon vouloir de Paris.

Pierre Corsi
crédit photo : Ghuventù Svegliata

Qu’est et que veut Ghjuventù Svegliata

Ghjuventù Svegliata affiche représenter une génération d’étudiants voulant offrir à la jeunesse corse un lieu (notamment avec la création de cercles de réflexion) où réfléchir ensemble à la Nation et participer à une pensée collective. La démarche initiale repose sur une conviction : la lutte de libération nationale doit retrouver une architecture intellectuelle solide, nourrie de théories, d’analyses concrètes et d’une exigence constante. La volonté est de réhabiliter une culture de l’écrit, de la réflexion et du débat, où la ferveur patriotique ne s’oppose jamais à la rigueur de la raison. Ghjuventù Svegliata, tout en revendiquant être indépendante des partis politiques, affirme s’inscrire dans la continuité historique de la Lutte de Libération Nationale (LLN) en ayant conscience des limites : « Nous proposons un renouvellement qui ne renie rien […] Nous voulons apporter une contribution distincte, animée par le désir d’enrichir la réflexion collective et d’ouvrir des voies nouvelles pour notre peuple. » Ghjuventù Svegliata entend promouvoir une émancipation économique, sociétale et culturelle. En savoir plus ou contact : https://www.ghjuventusvegliata...


Crédit photo : Ghjuventù Svegliata
Partager :