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Liberté pour Jean-Pierre Santini

Le collecxtrif " Operata pè Santini " qui rassemble déjà de très nombreux auteurs insulaires...
Liberté pour Jean-Pierre Santini

J'ai reçu cette lettre ouverte datée du 14 octobre. Elle a été publiée à l’initiative de Xavier Casanova et de Pietr’Anto Scolca, qui ont assuré la direction éditoriale de l’ouvrage « Lire Santini » paru en septembre dernier.
Le collectif « Operata pè Santini » qui rassemble déjà de très nombreux auteurs insulaires, demande à la ministre de la Culture « la liberté pour l’écrivain Jean-Pierre Santini ».

Je vais la signer du bout de la plume pour deux raisons.
J'ai pour J-P. Santini de la considération (comment pourrais-je parler d'amitié pour un homme que je n'ai rencontré que deux fois dans mon existence?) et du respect. Pour autant, je ne partage pas ses idées indépendantistes tout en saluant son anti-fascisme militant et courageux. Je trouve par ailleurs totalement déraisonnable d'envoyer Santini en prison pour au plus une complicité dans une affaire grotesque.
Quatre cagoulés qui s'invitent dans un couvent désaffecté devant un public de trente personnes pour revendiquer un attentat dont personne n'a entendu parler et que les gendarmes eux-mêmes ont eu du mal à authentifier.
Et alors même qu’un véritable terrorisme sévit dans le monde. Disons que Santini (qui revendique tout de même dans un ouvrage sa paternité dans la création du FLNC il y a bientôt un demi-siècle) est une sorte de poète maudit, romantique en diable et parfois un peu décalé par rapport à la période moderne. Tout cela ne vaut pas un seul jour de prison.

Un ton boursouflé et pompeux

Toutefois, puisque nous voilà cantonnés entre « gens de lettres » je ne peux que détester le ton boursouflé de cette « adresse ». Pour demander la libération de Santini, était-il nécessaire d’invoquer Charlie et Camus ? Et puis quelle idée d'embrasser la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, hier ministre de la Santé puis bateleuse sur une chaîne télévisuelle périphérique bref une femme qui incarnent des valeurs auxquelles je n’adhère pas ? N’eut-il pas mieux valu s’adresser au Garde des Sceaux qui diligente la justice ? Cet entre-soi des « gens de culture » me dérange profondément. J’aurais eu autant de compassion pour un sans-grade.

U troppu stroppia

Bref, je signe parce que le sujet (j’entends le prisonnier) est digne d'être défendu. Mais franchement que ses avocats de circonstance cessent nous bassiner avec les comparaisons indécentes en usant de termes comme "rafles", "dragonades", "déportations" tout en invoquant à tour de pages la patrie de Voltaire et des droits de l'homme.

Pour achever mon tour d’horizon, je trouve insultant pour Santini qui se veut combattant et militant d’utiliser un misérabilisme gémissant et compassionnel tourné vers la défense d’un vieillard qui agoniserait à Fresnes comme l'abbé Faria dans le cachot du château d'If. Donc je signe ce regard non pas « embrassant » mais « embarrassant » sur Santini en lui souhaitant une libération très rapide.

Adresse à Roselyne Bachelot
Madame la Ministre
Jean-Pierre Santini est en prison.
Jean-Pierre Santini dort à Fresnes.
On a pris cet homme de 76 ans, et on l’a jeté dans Fresnes la carcérale, lui, cet instituteur à la retraite, qui ne connaît que les livres et la poésie, lui, qui aime au-delà de son village, lui qui aide tous les gens qu’il rencontre sur sa route.
Ce qui vient tout d’abord, la sidération, l’incapacité totale de penser, d’échapper à la ronde incessante des mots.
Comment ? Pourquoi ?
Nous ne le savons pas, mais nous savons qu’il est notre ami, qu’il est un ami de la paix, un ami de la révolution aussi. La révolution des mots, la révolution des idées, l’arme des mots, rien de plus.
La révolution est-elle devenue un gros mot en France ? Peut-on désormais mettre Voltaire en prison, parce qu’il pense autrement ? La pensée est-elle devenue une arme illicite en France, pays de Charlie et de Camus ?
Quoi qu’il en soit, nous avons peur pour lui, à son âge, dans son état de santé, avec le Covid-19 qui ravage l’Ile de France, alors qu’il entame une grève de la faim.
Nous, hommes et femmes de lettres, qui ne savons rien des arcanes de la justice,
nous, qui ne voulons pas la violence,
par lui nous sommes tous violentés et défaits,
par lui nous sommes tous reniés dans nos droits,
par lui nous sommes anéantis dans nos rêves et nos idéaux.

Nous ne voulons pas d’une France qui détruit ses écrivains. Vous pensez comme nous et vous devez le faire savoir. Il en va de votre honneur.

Libérez Santini, il est homme de raison et se rendra à toute convocation de justice,
Libérez Santini, il est homme de parole et ne fuira pas ses responsabilités.
Laissez cet homme actif faire vivre sa maison d’édition et la culture en Corse.
Laissez cet homme paisible dans le silence de sa maison, laissez-le boire un café et raconter des histoires. Les histoires, c’est sa vie, c’est la nôtre.

Libertà pè Santini !


C’est tout ce que nous vous demandons, Madame la Ministre, et nous vous embrassons.
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