Gilles Giovannangeli, Président du Conseil Exécutif de Corse
Gilles Giovannangeli succède à Gilles Simeoni,.....
Gilles Giovannangeli, Président du Conseil Exécutif de Corse
« La démarche qui est la nôtre et pour laquelle je m’inscris dans la continuité de Gilles Simeoni, est celle qu’attendent les Corses. »Élu sans réelle surprise à la Présidence du Conseil Exécutif de Corse le 4 mai dernier lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse, Gilles Giovannangeli succède à Gilles Simeoni, démissionnaire après son élection à la mairie de Bastia, le 22 mars dernier. Âgé de 61 ans, le nouveau « patron » de l’Assemblée de Corse est élu depuis 2021. Ancien prisonnier politique dans les années quatre-vingt, il a toujours œuvré au profit des intérêts de la Corse-langue, culture, identité — s’impliquant naturellement en politique. Gilles Giovannangeli a été élu maire de Lecci de 2001 à 2014 avant de rejoindre l’Assemblée de Corse il y a cinq ans, cinquième sur la liste « Fà populu inseme » conduite par Gilles Simeoni. Il y fait son entrée au conseil exécutif, en charge du développement économique, du budget et des finances. Président de l’Office Hydraulique, il a été nommé à la tête de l’ADEC en 2025 en remplacement d’Alex Vinciguerra. Homme de terrain et de convictions, il évoque ce nouveau rôle...
–Vous avez été élu à la tête du Conseil Exécutif de Corse le 4 mai dernier. Une élection sans surprise ?
Je n’avais pas été programmé pour devenir Président du Conseil Exécutif. Les circonstances politiques, avec l’élection de Gilles Simeoni à la mairie de Bastia et son choix de me proposer à sa succession m’y ont conduit. C’est une lourde responsabilité, mais une tâche guidée par son exemple et la confiance qu’il m’a accordée.
–Le fait d’avoir obtenu 34 voix parmi lesquelles celles des autres mouvances nationalistes, lors de votre élection, peut-il être de bon augure pour la suite ?
C’est positif et nécessaire. Nous sommes dans une période de contraintes très fortes avec de nombreuses crises, économique, budgétaire, les conflits mondiaux qui nous impactent fortement... Ces crises nous obligent à travailler plus et mieux ensemble pour faire face aux problèmes et aux attentes des Corses. En même temps, nous sommes engagés dans un processus politique dont on voit aujourd’hui après plusieurs années, l’aboutissement.
–Justement, où en est ce processus ?
Le mois prochain, le projet d’écriture constitutionnel passera devant l’Assemblée nationale. Les élus de la Corse, qui ont tous voté à la quasi-unanimité en faveur de l’autonomie doivent encore se mobiliser afin de convaincre et expliquer aux parlementaires français et aux forces politiques nationales que l’autonomie est, pour nous, une revendication historique très forte. Mais c’est aussi un levier puissant pour travailler et régler les problèmes du quotidien des Corses.
-- En 2027, auront lieu les élections présidentielles. Une crainte concernant le processus d’autonomie si le gouvernement venait à changer de cap ?
Il est prévu, à ce stade, que le processus Beauvau aille à son terme avant les présidentielles. Nous espérons, si le calendrier est respecté, qu’il puisse y avoir une convocation du Parlement en Congrès d’ici la fin de l’année. En tout cas bien avant les présidentielles. C’est ce que nous souhaitons et le gouvernement nous a donné l’assurance qu’il respectera ce calendrier.
– Pas de changement au sein du Conseil Exécutif, vous conservez la présidence de l’ADEC et Gilles Simeoni fait son entrée en tant que Conseiller ?
Oui, mais il s’agit d’une entrée fracassante ! C’est une opportunité pour moi-même et pour l’ensemble du Conseil Exécutif, d’avoir en son sein, celui qui a présidé l’instance dirigeante durant ces dix dernières années. Il va nous apporter toute son expérience, ses compétences et ses connaissances pour faire avancer les dossiers majeurs. Cela va aussi nous contraindre à inventer une méthode plus collaborative et participative. Personnellement, c’est ce que je souhaite. Pour le reste, j’ai effectivement proposé au Conseil Exécutif de conserver la présidence de l’ADEC.
- Une page se ferme, une autre s’ouvre, mais on reste dans la continuité. Peu de changement finalement ?
On continue à écrire le livre. Je serai, en effet, dans le droit fil et dans la fidélité de l’action portée par Gilles Simeoni depuis dix ans. Je rappelle qu’il aura eu à mener, en tant que président de l’Exécutif, et avec d’autres, bien des combats entre le trou budgétaire de 100 millions quand les nationalistes sont arrivés aux responsabilités, la crise du Covid, la révolte de la jeunesse corse suite à l’assassinat d’Yvan Colonna, le lancement du processus Beauvau, le cadre antimafia... Comme il s’y était engagé, il a assuré la transmission des pouvoirs du Conseil Exécutif et su gérer ces crises avec la volonté et le courage nécessaires. La démarche qui est la nôtre et pour laquelle je m’inscris dans la continuité de Gilles Simeoni, est celle qu’attendent les Corses et qui, aujourd’hui ou demain, réussira.
- Vous avez ciblé des priorités. Quelles sont-elles ?
Les Corses attendent que l’on réponde concrètement à leurs attentes. J’ai donc fixé trois priorités auxquelles nous allons nous atteler très rapidement : la rénovation des collèges et des lycées parce que nous savons que le chantier est conséquent dans ce domaine. Nous allons, à cet effet, lancer un grand plan. La question de la mobilité et donc du réseau routier me paraît, également essentielle, aussi bien dans l’investissement que dans l’entretien. Enfin la question centrale du logement figure parmi les priorités. Nous avons besoin d’agir, y compris à droit constant avec, pour objectif, de créer 5000 logements supplémentaires d’ici 2030.
« On a besoin de se réapproprier le terrain, d’aller au plus proche des territoires et de travailler avec les élus. »
–Autre priorité, et non des moindres, le projet de révision constitutionnelle, pour lequel vous travaillez en collaboration avec Gilles Simeoni ?
C’est un dossier qu’il a initié, porté et animé avec conviction et brio. C’est donc tout naturellement qu’il se verra confier la poursuite de ce processus. Nous serons, bien sûr, à ses côtés.
–Premier chantier, en tant que Président de l’Exécutif, une réunion en Préfecture de Région avec l’ensemble des acteurs concernés pour ce qui est de la situation de Scola Corsa. Qu’en est-il ressorti et quel est votre sentiment ?
On peut noter la volonté du ministère, d’avancer dans ce domaine avec la création de quatre postes supplémentaires. Pour autant, les propositions qui ont été faites sont globalement insatisfaisantes au vu des besoins exprimés. Il manque encore cinq postes à pourvoir. L’objectif est de pourvoir l’ensemble des onze postes nécessaires. La répartition des financements est en discussion avec l’État. Elle intègre également la sécurisation juridique du financement de la Collectivité de Corse qui, on le sait, doit être assurée.
–Vous vous revendiquez comme un homme de terrain. La nécessité de travailler à partir de cette base, notamment au sein du monde rural a-t-elle fait défaut ces dernières années ?
On a besoin de se réapproprier le terrain, d’aller au plus proche des territoires et de travailler avec les élus. Ce que nous proposons, y compris à travers le statut d’autonomie, c’est d’imaginer, à nouveau, cette relation avec les territoires. Une relation de travail, de soutien, mais aussi de solidarité financière.
- La prochaine session de l’Assemblée de Corse va se dérouler les 28 et 29 mai. Votre première en tant que président de l’Exécutif. Comment allez-vous l’aborder ?
Ce sera une session technique qui va comporter un aspect financier puisque nous devrons voter le compte administratif et nous projeter, derrière, vers un budget supplémentaire. La situation de contraintes financières qui frappe les collectivités nous oblige à faire des efforts, notamment sur les charges de fonctionnement afin de pouvoir continuer à investir. Notre objectif est de conserver un haut niveau d’investissement et d’être au soutien des territoires pour qu’ils puissent porter cet investissement.
Interview réalisée par Philippe Peraut
Crédit photo : Paule Santoni