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Exposition à la Galerie Noir et Blanc La passion à Enna vue par Antoine Buttafoghi

« Nebbie – La Passion à Enna » du photographe Antoine Buttafoghi nous emmène en Sicile, près de l’Etna, lors d’une célèbre procession pascale

Exposition à la Galerie Noir et Blanc
La passion à Enna vue par Antoine Buttafoghi



« Nebbie – La Passion à Enna » du photographe Antoine Buttafoghi nous emmène en Sicile, près de l’Etna, lors d’une célèbre procession pascale. Une procession pour l’occasion noyée de brume et rossée par un vent violent. Et pourtant lumineuses sont les prises de vue.


Artiste de l’image et du numérique il est aussi enseignant

La renommée d’Antoine Buttafoghi n’est plus à faire, lauréat de nombreux prix, il est également exposé dans plusieurs capitales. Artiste de l’image et du numérique il est aussi enseignant. Ce Corse de Paris revient souvent sur son île et a été professeur à Corte. Surprenante sa série de photographies d’Enna, petite ville perchée à quelques 800 mètres, qui de tout temps a été un belvédère inaccessible aux intrus. Montagne méditerranéenne son ciel peut s’envelopper d’un épais col de brouillard ainsi qu’on peut le vérifier autour de nos cimes corses ou même parfois sur nos collines proches de la mer. Mais pour les fêtes de Pâques 2025, les Ennesi, habitants de la cité, ont été particulièrement gâtés par des conditions météorologiques plutôt réfrigérées et âpres !
Les images du photographe nous montrent un vent soufflant si fort qu’il pouvait dessiner soudain des percées plus claires et qu’alors les couleurs des vêtures des confrères apparaissaient en un franc bleu azur, un rouge atténué à moins que ce ne soient un jaune d’or adouci ou un vert intense tranchant avec des cagoules de blancheur crue descendant sur les épaules. Des participants à la procession portaient au bras des bouquets de fleurs blanches et bleues accordées à leurs tenues. Bouquets de Marie ?

La brume des cimes a remplacé les vagues de sable du désert

De dos pouvait surgir subitement un cortège de gamines arborant voile noir de tête et pélerines blanc cassé. Quels étaient leurs âges ?... Sans longs foulards et bottines noires n’auraient-elles pas pu être des communiantes ? Étaient-elles complètement intégrées à la procession ? Difficile de l’affirmer ou de l’infirmer. Effet de la mauvaise bise elles semblaient d’un coup pouvoir rejoindre les adultes. Se regroupant autour du doigt d’un confrère paraissant indiquer un chemin pour continuer à processionner ensemble ou prier ensemble. Il y a quelque chose de biblique dans cette scène. Quelque chose dit et écrit depuis des millénaires. Mais la brume des cimes a remplacé les vagues de sable du désert…
Comme le veut la tradition de cette région sicilienne, des confrères de toute la région d’Enna ont conflué pour célébrer la Semaine Sainte et leur nombre est impressionnant. Au gré des à-coups du vent Buttafoghi dévoile du visible ou laisse suggérer de l’invisible. Le réel, en fait, est porteur de sacré. Il révèle le symbolique pour rencontrer le mystère. La résurrection n’en est-il pas un ?
« Nebbie – La Passion à Enna », une belle exposition… Étrange par moment. Déroutante. Le brouillard et le vent en cette Pâque 2025 se sont ligués au photographe pour qu’il ramène des images… de magie !

Michèle Acquaviva-Pache

                           ENTRETIEN AVEC ANTOINE BUTTAFOGHI, photographe.

Enna est le centre de festivités pascales peu ordinaires, où se retrouvent pour le Vendredi Saint plus de 2000 confrères.

Comment avez-vous eu l’idée de vous y rendre ?
J’ai répondu à l’invitation d’un photographe italien, et je n’étais jamais allé en Sicile. À l’altitude de la ville, j’ai été surpris par le froid qui régnait. Je n’ai pas l’habitude de photographier des processions, ce qui m’a étonné c’était le nombre de confrères. Parmi eux des enfants — des filles surtout — portant l’habit et heureuses de participer aux festivités. J’ai photographié deux jours durant. Deux jours où le brouillard n’a pas cédé un pouce de terrain !
Ce brouillard ajoutait encore au mystère du rituel.

Avez-vous apprécié ces festivités ?
C’était un bonheur intense d’autant plus que je devais capter tout ce qui se passait pour faire mes images.

Enna pouvait être noyée dans le brouillard et aux prises d’un vent violent. Quel impact sur votre travail ?
Il fallait que je sois très attentif… Savoir quand le vent allait surgir avec force et suivre sans arrêt son orientation qui pouvait être variable.

La composition est très importante dans vos photographies. Attendez-vous qu’elle apparaisse pour la happer ?
Il faut de la vigilance à tous les instants. Parfois je peux attendre longtemps, si je pense que quelque chose peut survenir. Parfois une scène peut devenir un instantané de théâtre. La photographie, ça s’anticipe.

Peut-on souligner que dans vos photographies le cadre est essentiel ?
Le cadre est la base de l’image. Tout repose sur lui. C’est mon espace de jeu. Ce qui m’intéresse c’est l’équilibre des masses visuelles. Il faut toujours être à la recherche de l’équilibre.

À Enna, lors de la procession vous vous attardez volontiers sur les rues, les escaliers, les passages. Est-ce des lieux que vous privilégiez ?
C’est vrai… surtout les passages qui sont des lieux de transition vers quelque chose. Les escaliers également à cause de leur géométrie plaisante à l’œil. Et puis je suis à la recherche d’une poésie qui m’appartient. Qui est la mienne !

Le brouillard a-t-il représenté un défi technique ? Ne peut-on avoir l’impression du contraire ?
Ce brouillard constant de deux jours a plutôt été heureux ! Il a été une chance et n’a présenté aucune difficulté technique.

Malgré brouillard et vent les couleurs des vêtements des confrères avec leur bleu ciel, leur vert brillant ou mat, leur rouge, résistent bien sur vos images. Est-ce un symbole de la condition humaine capable de faire face à l’adversité ?
Il y a de ça… certainement ! Avec le brouillard les couleurs se sont adoucies pour prendre des teintes pastel et c’est bien le sujet.



Il aurait pu vous piéger ce brouillard, alors que c’est vous qui l’avez pris au piège. Vrai ?
Effectivement. J’ai eu la chance de m’en servir en trouvant mes repères, en me dégageant des détails… En allant à l’essentiel.

Dans les conditions météo où vous avez photographié le collectif s’effacerait-il devant l’individu ?
Le brouillard accentue cette vision… Mais sans lui, déjà, chaque personnage fait partie d’un tout.

Parallèlement à la photographie, vous avez enseigné. Qu’est-ce que l’enseignement apporte à un artiste ?
J’ai enseigné l’image, la photographie numérique, la mise en page, le design… Cette activité a été la mienne pendant 25 ans à l’université de Corse et durant trente ans à Paris. En enseignant, on apprend parce qu’on est dans un perpétuel échange avec les étudiants. C’est dynamique, parfois même créatif. On se nourrit toujours des autres.

Pourquoi avoir pratiqué d’autres professions avant de vous passionner pour la photographie ?
La photo m’a toujours attiré, mais je ne me sentais pas légitime. C’est pourquoi je me suis tourné vers la musique en jouant de la basse et en formant un groupe avec mon jumeau. Le groupé s’est séparé. Je suis parti à Paris où je me suis lancé dans l’informatique musicale, puis j’ai basculé de la musique à l’image.

M.A-P

Photographies signées Antoine Buttafoghi


VERBATIM
Le brouillard, comme la foi, ne montre pas, il suggère !
Il oblige à avancer dans l’incertitude, à croire en ce qui se devine. Entre le visible et l’invisible.
Entre l’ici et l’au-delà.
Deux langages pour parler d’un même mystère.
La Passion, dans ce théâtre ouaté, ne se crie pas, elle se devine.
Foi et brouillard ont ceci en commun, qu’ils voilent autant qu’ils révèlent.
Ils forcent à voir autrement, à lire entre les formes, à sentir plus qu’à comprendre.
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