Indépendantistes écossais et gallois, victorieux, rien de plus
Le 7 mai dernier, les électeurs écossais et gallois se sont rendus aux urnes.
Indépendantistes écossais et gallois, victorieux, rien de plus
Le 7 mai dernier, les électeurs écossais et gallois se sont rendus aux urnes. Pour les indépendantistes : deux victoires, deux majorités parlementaires, deux Premiers ministres. C’est tout ou presque.
L’Écosse et le Pays de Galles, nations constitutives du Royaume-Uni, disposent respectivement d’un parlement (Scottish Parliament, Senedd Cymru), d’un gouvernement (Scottish Government, Llywodraeth Cymru) et d’importantes compétences dévolues (transférées par le Parlement du Royaume-Uni). Le 7 mai dernier, les électeurs écossais et gallois se sont rendus aux urnes. Cela n’était pas gagné pour les indépendantistes. En Écosse, ils étaient sous la menace d’une sanction. Au Pays de Galles, ils devaient compter avec le poids d’un parti anglais, le Labour, exerçant sa domination électorale et politique depuis un siècle.
Le Scottish National Party a sauvé les meubles
Certes vainqueur, mais ne disposant que d’une majorité relative et ayant perdu quelques sièges, le Scottish National Party sera contraint de composer avec les Scottish Greens qui ont fortement progressé (405 000 voix au lieu de 220 000, 15 sièges au lieu de 8). John Swinney qui a repris les rênes du Scottish National Party et du gouvernement écossais en mai 2024, et qui vient d’être reconduit aux deux fonctions, a d’ailleurs commenté sobrement les résultats : « Je suis ravi d’en être arrivé à ce point où j’ai mené le SNP à une cinquième victoire consécutive. » Cependant, au moins dans un premier temps, le contexte sera plutôt favorable : les élus Scottish Greens, étant écologistes, mais aussi indépendantistes, et devant consolider leurs acquis, préféreront sans doute éviter une crise politique et de nouvelles élections ; le parti anglais est minoritaire (56 sièges sur 129) et divisé (Scottish Labour, Conservative and Unionist, Liberal Democrats et Reform UK détiennent respectivement 17, 12, 10 et 17 sièges).
Victoire historique du Plaid Cymru
Au Pays de Galles, le parti indépendantiste Plaid Cymru a remporté une victoire historique. Il a mis fin à plus de 100 ans de domination et du travaillisme (Welsh Labour) en totalisant 35,4 % des suffrages exprimés et remportant 43 sièges sur 96 au Senedd Cymru (à 6 sièges de la majorité absolue). Le Welsh Labour qui était aux responsabilités n’a obtenu que 9 sièges. Une véritable déroute ! Celle-ci a été d’autant plus cuisante que Reform UK, le parti populiste de Nigel Farage, qui n’était pas représenté au Senedd Cymru avant le 7 mai dernier, a remporté 34 sièges. Le restant des sièges est revenu aux Welsh Conservatives (7), au Wales Green Party (2) qui a lui aussi fait son entrée au Senedd Cymru, et au Welsh Liberal Democrats (1). Rhun ap Iorwerth, ancien journaliste, siégeant au Senedd Cymru depuis 2013, à la tête du Plaid Cymru depuis 2023, a été élu Premier ministre le 12 mai dernier et a annoncé la composition de son gouvernement le lendemain. Il est entièrement de coloration Plaid Cymru.
Le chemin vers l’indépendance est loin d’être large et dégagé
L’indépendantisme semble être à la fête. Mais le chemin vers l’indépendance est loin d’être large et dégagé, notamment du fait que les résultats électoraux et les sondages ne suggèrent la victoire d’un Oui à l’indépendance en cas de referendum, ni au Pays de Galles, ni en Écosse. Plaid Cymru est d’ailleurs lucide et prudent. Bien que revendiquant être indépendantiste, il insiste en réalité davantage sur la défense des intérêts spécifiques des gallois et sur l’aspiration forte de nombreux Gallois à la dévolution de davantage de pouvoirs au Senedd Cymru. Le Scottish National Party bombe certes le torse en affirmant que l’Écosse « doit avoir le pouvoir, avant 2029, de décider de son avenir ». Mais cela relève sans doute davantage de la posture que du positionnement. John Swinney et ses partisans savent bien que l’organisation d’un referendum d’autodétermination relève de l’accord préalable du Parlement britannique qui n’en veut pas. Davantage que faire pression pour aller aux urnes, ils veulent sans doute plutôt préparer les Écossais à affronter la dynamique et la menace d’une victoire du populiste et nationaliste anglais Farage lors des élections générales. Indépendantistes écossais et gallois, victorieux, rien de plus.
Alexandra Sereni
Photo 1 : Crédit photo : Scottish National Party
Photo 2 : Crédit photo : Plaid Cymru