Core in Fronte : l’ambition d’être un aigle
Une stratégie revendiquée comme victorieuse
Core in Fronte : l’ambition d’être un aigle
Quatre points qui éclairent sur une ambition : volonté d’imposer une stratégie ; positionnement en tant que boussole idéologique et morale du nationalisme ; non renoncement à l’indépendance et soutien tactique et conditionnel apporté au processus Beauvau qui risque de devenir opposition frontale et dénonciation si un pouvoir législatif conséquent ne figure pas dans le panier constitutionnel ; soutien très critique à la gestion siméoniste et promesse qu’une alternative sera proposée lors des prochaines élections territoriales.
Une stratégie revendiquée comme victorieuse
Au lendemain des municipales, Paul-Félix Benedetti n’avait caché ni sa satisfaction ni ses ambitions. Après la conquête de Sartè et le rôle joué à Bastia dans le maintien de la majorité nationaliste, Core in Fronte a estimé avoir imposé sa ligne au sein du camp patriotique. Le mouvement considère même avoir été l’un des grands gagnants du scrutin. Lors d’une conférence de presse à Aiacciu, il a affirmé que sa stratégie de « A scelta patriottica » avait permis d’éviter le retour des partis « pro français » dans plusieurs communes.
Le parti a ainsi revendiqué des « victoires éclatantes » et des « scores historiques », soulignant que plusieurs membres de son exécutif sont désormais maires. À Bastia, il estime que le choix d’une « convergence patriotique » a permis la victoire de Bastia Inseme. À Aiacciu, malgré l’absence de succès électoral direct, Core in Fronte parle d’une « victoire politique et morale » avec plus de 40 % des suffrages obtenus face à « un système archaïque ».
Le parti veut devenir la boussole du nationalisme
Au-delà des résultats municipaux, Core in Fronte affirme surtout son ambition de devenir la référence idéologique et morale du nationalisme corse. Le mouvement oppose son « nationalisme politique » à ce qu’il décrit comme un « pseudo patriotisme » et condamne les stratégies concurrentes, accusées de favoriser « le système » ou un « libéralisme débridé ».
Le ton employé a parfois été brutal, avec l’usage de termes comme « harkis », « affairisme » ou encore « néo féodalisme » pour qualifier certains adversaires ou anciens alliés. Le mouvement critique aussi les responsables nationalistes qui se sont rapprochés de formations jugées trop proches des intérêts étatiques français. Selon Core in Fronte, seule la stratégie de rassemblement patriotique a permis au mouvement national de résister aux recompositions politiques et aux logiques de clans.
L’autonomie n’est pas la fin du chemin
Le mouvement indépendantiste a également tenu à rappeler que son soutien au processus Beauvau restait conditionnel. Pour Core in Fronte, une véritable autonomie ne peut exister sans pouvoir législatif réel. « L’autonomie, c’est le pouvoir législatif », affirme le texte présenté à Aiacciu, refusant l’idée d’une simple décentralisation renforcée.
Le parti prévient déjà que si la future révision constitutionnelle devait être vidée de sa substance par le Parlement, son soutien pourrait se transformer en opposition frontale. La délibération du 5 juillet 2023 de l’Assemblée de Corse est présentée comme une ligne rouge en dessous de laquelle il sera impossible de descendre.
Core in Fronte réaffirme surtout que l’autonomie ne constitue pas un horizon définitif, mais une étape vers un éventuel référendum d’autodétermination dans dix, quinze ou vingt ans. Le mouvement insiste sur le fait que l’indépendance n’est « ni une chimère ni une idée dépassée », citant les exemples catalan, écossais, gallois ou irlandais, ainsi que Malte comme illustration d’un petit État méditerranéen viable.
Une alternative en préparation pour 2028
Enfin, Core in Fronte confirme sa volonté de poursuivre une double stratégie : présence institutionnelle et mobilisation militante. Le mouvement promet de continuer à soutenir de manière critique la majorité siméoniste tout en préparant une alternative pour les prochaines territoriales.
Le parti estime que les nationalistes « ne sont pas là pour gérer le système, mais pour le transformer » et critique « la gestion routinière des affaires corses » depuis 2015. Il entend désormais apparaître comme une véritable force de proposition capable de dépasser le simple rôle d’allié.
Derrière les déclarations de Paul-Félix Benedetti et les textes présentés à Aiacciu, quatre axes apparaissent clairement : imposer une stratégie, devenir la boussole idéologique du nationalisme, maintenir l’objectif indépendantiste malgré le processus Beauvau et préparer une alternative crédible à la majorité actuelle. En d’autres termes, le mouvement ne veut plus être un simple partenaire du nationalisme corse, mais aspire désormais à en devenir la figure dominante.
Pierre Corsi
crédit photo : Core in Fronte