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Bienvenue et longue vie au peuple insulaire ?

Ni les derniers feux du Riacqistu, ni les politiques de valorisation et d'enseignementsde la langue corse, ni le " pouvoir corse "...
Bienvenue et longue vie au peuple insulaire ?

Ni les derniers feux du Riacquistu, ni les politiques de valorisation et d’enseignement de la langue corse, ni le « pouvoir corse » ne sont en mesure de susciter une adhésion et une cohésion autour des valeurs, de la langue et des traits culturels que nous ont transmises nos ascendants.

Début janvier 2018, la Corse comptait 338 554 habitants. Ce qui représentait : 18 350 habitants de plus qu’en 2013, une hausse de 5,7 % sur cinq ans, une croissance annuelle moyenne de 1,1 %, une augmentation trois fois supérieure à celle constatée à l’échelle de la France métropolitaine. Concevons-nous plus d’enfants que les autres?

Les Corses reprennent-ils le chemin de l’exil ?
Eh bien non ! Seules trois espaces territoriaux peuvent se féliciter d’avoir connu plus de naissances que de décès, ce que les démographes appellent une variation annuelle moyenne due au solde naturel : Marana-Golo, Sud Corse et Calvi-Balagne. Dans les communes des agglomération d’Ajaccio et Bastia et quatre autres espaces territoriaux, le solde naturel est nul. Ailleurs, il convient de disposer de davantage de cercueils que de couffins. Quels territoires sont les plus concernés par cette explosion démographique ?

Qui s’installe chez nous ?
Les territoires des communautés d’agglomération du Pays ajaccien et de Bastia ont accueilli 58 % des arrivants. L'essentiel des arrivants est constitué de jeunes actifs (entre 25 et 40 ans) avec enfants. Il s’agit le plus souvent de personnes venues pourvoir un emploi à l'année ou de saisonniers ayant décidé de rester. L'administration, la santé et l'action sociale accueillent surtout des arrivants originaires de l’Hexagone dont de nombreux cadres moyens et supérieurs. L'agriculture et le BTP attirent principalement des arrivants étrangers.
Enfin, l’exil ne représente plus un flux massif. Pourquoi la Corse est-elle aussi attractive ? La réponse consiste en deux constats : depuis 1990, chez nous, le nombre d'emplois a augmenté de 55 % (+ 21 % dans l’Hexagone) ; les arrivant invoquent un choix de qualité de vie.

Phénomène plutôt positif mais…
Objectivement, cette évolution démographique qui résulte de l’arrivée de populations actives représente plutôt un phénomène positif. Elle contribue à un rajeunissement de la population et révèle un dynamisme économique.

En revanche,
si l’on considère les effets sur l’impact sociétal, linguistique et culturel, il convient de s’interroger. Un flux aussi massif de populations nouvelles ne permet pas une intégration naturelle, et ne laisse pas le temps de mettre en place des politiques performantes d’intégration. La tendance est plutôt à ce que peuple corse historique - ceci étant favorisé par la standardisation des modes de vie et les métissages que génère et même valorise la mondialisation - soit progressivement imprégné par les us et coutumes d’arrivants toujours plus nombreux et noue des liens affectifs et familiaux avec ces derniers.

Il est désormais patent que ce peuple issu de siècles d’Histoire, soit menacé à court terme de marginalisation et de dilution. Il est désormais évident que ni les derniers feux du Riacquistu, ni les politiques de valorisation et d’enseignement de la langue corse, ni le « pouvoir corse » en place depuis décembre 2015 ne sont en mesure de susciter une adhésion et une cohésion autour des valeurs, de la langue et des traits culturels qui ont façonné l’identité corse que nous ont transmises nos ascendants. De la fusion entre ce qui reste du peuple corse historique et les arrivants, il sortira certes un peuple. Mais quelque chose me dit que cette communauté de destin sera davantage façonnée par des revendications et des particularismes suggérés ou forgés par l’insularité, que par les mots, les valeurs et les modes de vie de nos ancêtres. Au revoir peuple corse, bienvenue et longue vie au peuple insulaire ?


Alexandra Sereni
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