• Le doyen de la presse Européenne

Trump dans le piège iranien

Donald Trump voulait corriger ce qu’il présentait depuis des années comme l’une des grandes erreurs de Barack Obama.

Trump dans le piège iranien



Donald Trump voulait corriger ce qu’il présentait depuis des années comme l’une des grandes erreurs de Barack Obama. En dénonçant l’accord nucléaire de 2015, il promettait davantage de fermeté, davantage de contraintes et une réduction durable de la puissance iranienne. Huit ans plus tard, après une politique de « pression maximale », des sanctions renforcées et une guerre ouverte, le résultat apparaît paradoxal : l’accord conclu avec Téhéran semble plus favorable à la République islamique que celui qu’il avait autrefois condamné.


L’échec d’une stratégie

Les États-Unis ont démontré leur supériorité militaire. Des installations nucléaires et militaires iraniennes ont été frappées. Mais les objectifs politiques annoncés n’ont pas été atteints. Le régime est toujours en place. Les Gardiens de la Révolution conservent le contrôle de l’appareil d’État. Le programme nucléaire est ralenti mais non supprimé. Quant à l’influence régionale de Téhéran, elle demeure largement intacte. Washington a remporté d’éphémères succès militaires sans obtenir la victoire politique qu’il recherchait.

La fin de quarante-sept ans d’isolement

Le véritable enjeu de l’accord est économique. Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran vivait sous le poids des sanctions. Les avoirs gelés doivent désormais être débloqués. Les exportations pétrolières retrouvent leur liberté. Les investisseurs étrangers pourront revenir. Autrement dit, la République islamique retrouve progressivement l’accès aux marchés internationaux et aux circuits financiers mondiaux. C’est précisément ce que Téhéran recherchait depuis des décennies et qui constitue une victoire essentielle.

Les Pasdaran raflent la mise

Les véritables gagnants de l’accord sont les Gardiens de la Révolution. Depuis des années, les Pasdaran ont construit un empire économique qui s’étend à l’énergie, aux transports, au bâtiment, aux télécommunications et aux infrastructures. Ils contrôlent directement ou indirectement une part considérable de la richesse nationale. Les avoirs gelés vont être débloqués. Les exportations pétrolières retrouvent leur liberté. Les investisseurs étrangers pourront revenir. Les milliards qui irrigueront demain l’économie iranienne passeront largement par des structures qu’ils contrôlent déjà.
Washington prétendait les affaiblir. L’accord risque au contraire de leur offrir les moyens d’une nouvelle expansion économique.

Israël isolé

Pour Israël, le constat est particulièrement amer. Depuis des années, les dirigeants israéliens réclamaient un affaiblissement durable de l’Iran. Or ils voient aujourd’hui leur ennemi mortel survivre à la guerre et retrouver progressivement sa place dans l’économie mondiale. Le régime iranien demeure en place. Les Pasdaran conservent leur pouvoir. Les réseaux régionaux de Téhéran subsistent. L’État hébreu risque ainsi de se retrouver de plus en plus seul face à un Iran réhabilité diplomatiquement.

Les gagnants et les perdants

L’histoire retiendra peut-être que Donald Trump a arrêté une guerre. Elle retiendra surtout que la République islamique a démontré sa capacité à résister à la puissance militaire combinée des États-Unis et d’Israël. Le premier vainqueur est le régime iranien. Annoncé affaibli, il survit à la guerre et retrouve l’accès aux marchés mondiaux. Les seconds vainqueurs sont les Gardiens de la Révolution. En arrière-plan, la Chine consolide sa place stratégique majeure au Moyen-Orient.
Les perdants sont Israël, qui n’obtient ni changement de régime ni neutralisation durable de son principal adversaire régional, et les États-Unis qui, après avoir rejeté l’accord de 2015, se retrouvent à accepter un compromis plus favorable encore à Téhéran et qui risque fort de devoir arrêter son offensive au Liban, mettant Netanyahou en situation périlleuse en Israël même. C’est toute l’ironie de cette séquence. Donald Trump voulait démontrer que Barack Obama avait cédé face à l’Iran. Huit ans plus tard, après davantage de sanctions, davantage de tensions et une guerre, il doit défendre un accord qui offre au régime iranien la levée progressive des sanctions, le déblocage de ses avoirs, le retour sur les marchés pétroliers et la reconnaissance implicite de sa survie politique. Pour le président américain, le plus difficile commence peut-être maintenant : convaincre sa propre base qu’il s’agit malgré tout d’une victoire.

GXC
Crédit d 'illustration /D.R
Partager :