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« L’énigme de Santa Restituta », de Michel Codaccioni

Une enquête historique, archéologique et des souvenirs…

« L’énigme de Santa Restituta », de Michel Codaccioni
Une enquête historique, archéologique et des souvenirs…



« L’énigme de Santa Restituta… de la légende à la réalité ! » est un livre très intéressant. Mise en page soignée. Belles illustrations. Texte enrichissant. C’est aussi un ouvrage audacieux puisqu’il mêle savoir historique, archéologique et souvenirs d’enfance.

Voilà une démarche risquée de la part de Michel Codaccioni tant il y aurait là de confusions potentielles entre points de vue personnels et connaissances scientifiques, entre la fiction de la légende et le réel retrouvé à force de travail patient fait de consultations de documents originaux, de références à des sources multiples et sérieuses, d’études comparées de phénomènes avérés.
L’ouvrage précise la temporalité et les lieux de faits d’importance ou ce qui pourrait paraître subsidiaires. Il appréhende l’itinéraire de la sainte. Il restitue dans sa justesse le double ensevelissement de cette jeune martyre et de ses cinq compagnons.
Page après page on apprend des détails de la quasi-exploration à laquelle va devoir se livrer le prêtre, José Alberti pour rechercher la véritable tombe de Restituta, ce sarcophage dont tout le monde parle, mais dont on a perdu la trace. Avant ce véritable exploit on glane les parcours de clercs qui ont œuvré pour apporter leur pierre à la vérité et de sortir la sainte des ombres qui l’entouraient. Ils ont noms : père François-Marie Molini, Hyacinthe Leca, Thomas Alfonsi et d’autres qui analysèrent le codex 6933 enfoui dans la bibliothèque vaticane. Tous plongèrent dans la complexité du texte qui les conduisit à conclure au lien entre celui-ci et la légende véhiculée de génération en génération par les gens de Balagne.
Sous la plume de Michel Codaccioni, le récit de la manière dont José Alberti, en mai 1950, mis à jour le sarcophage de Sainta Restituta et de ses cinq compagnons prend la tournure d’un authentique et haletant reportage… qui ne largue jamais son sérieux archéologique et historique.
« L’énigme de Santa Restituta » nous emmène en cette terra incognita qu’est devenue le IVe siècle après Jésus Christ et dans l’atmosphère villageoise des années 50

Michèle Acquaviva

            ENTRETIEN AVEC MICHEL CODACCIONI, auteur, journaliste

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre-enquête sur Santa Restituta ?
D’abord un souci de transmission, car la légende de la sainte nous était contée par notre mère, quand nous étions enfants, mes frères et à moi, à la veillée. Ensuite la connaissance du prêtre, José Alberti, qui avait, en 1951, découvert enfoui dans la terre le sarcophage de Restituta. Cette rencontre avait eu lieu bien plus tard alors que nous étions dans la même association. Nous discutions beaucoup et comparé ce que nous savions de la sainte, moi grâce à la légende racontée par ma mère, lui en raison de son savoir. Enfin j’avais promis à Charlotte Cuneo, une vieille dame approchant les 100 ans, d’écrire un livre sur Santa Restituta. Madame Cuneo m’avait en effet apporté d’énormément de renseignements sur les années 50, époque de la mise au jour du sarcophage par José Alberti.

Dans votre ouvrage vous mêlez vos souvenirs d’enfance à votre enquête historique et archéologique. Glisser d’un domaine à l’autre n’était-ce pas risqué ?
Risqué, oui… Mais indispensable. De Restituta on savait qu’elle était de l’autre côté de la Méditerranée, de Carthage et quelle avait été martyrisée à Calvi, le 21 mai 304 avec ses cinq compagnons. Or, de 303 à 313 s’effectue dans l’empire romain un basculement : de païen il va devenir chrétien. De ces temps Saint-Augustin, Eusèbe de Césarée, et le grand voyageur Lactance sont témoins. On dispose aussi de quelques actes du procès pénal de la sainte et de son groupe à Carthage. Il est frappant de constater que l’opinion carthaginoise n’était pas hostile à ces chrétiens alors que sévissait contre eux la Grande Persécution décrétée par l’empereur, Dioclétien. En outre le juge n’émit pas sentence de mort à leur encontre.

Dioclétien était-il l’empereur le plus sanguinaire ayant existé, que décrivent des historiens


En janvier 304, Dioclétien fête son jubilé à Rome et la grande persécution date du mois suivant de là. Mais l’empereur a fait un grave malaise qui l’éloigne du pouvoir pendant deux ans et c’est son gendre qui appliqua avec la plus grande rigueur cet ordre impérial !

Qu’est-ce qui caractérise le groupe de Restituta replié près d’Abitène situé à 100 km de Carthage ?
Restituta avait fui avec son groupe et s’était repliée dans une ferme proche d’Abitène. Dans cet endroit ils étaient autosuffisants. Priaient. Réfléchissaient sur leur religion. Pratiquent de cette manière une théologie fondée sur l’offensive face aux païens et travaillaient leur argumentation. Préconisaient de consacrer un jour par semaine au Seigneur : le dimanche. Promettaient aux croyants en Jésus la vie éternelle. Dans ce groupe Restituta se signalait par son esprit de synthèse si bien qu’on la donnait en exemple. Après le procès de Carthage quelques-uns de ce groupe parvinrent à prendre un bateau qui cabota jusqu’à Calvi où ils furent mis à mort par des serviteurs impériaux. Enterré rapidement par des chrétiens du lieu qui firent la promesse à Restituta et à ses compagnons de les ensevelir plus dignement lorsque l’apaisement succéderait à la furie de Rome.

De toutes les étapes de la découverte du sarcophage de la sainte, quelle est celle qui a eu le plus d’importance à vos yeux ?
Il n’y en a pas une, mais deux. Lorsqu’on retrouve le sarcophage brisé en haut à gauche comme le rapportait la légende… Lorsque ce sarcophage ouvert par le prêtre, José Alberti, révèle qu’il contient les restes de six personnes, dont une femme, on conclut alors qu’il s’agit de Restituta. Constat : tradition orale et réalité se rejoignent…

Qu’une légende rejoigne la réalité, est-ce fréquent ?
Ç a m’a taraudé… Mais je n’ai pas trouvé d’autres exemples. Il faudrait continuer à chercher.

Autre manière de poser la question précédente : des croyances populaires sont-elles souvent issues de faits historiques ?
Une croyance populaire fondée sur un événement sur un fait remarquable peut construire, par le biais de l’imaginaire, une tradition populaire… Longtemps les gens ont vécu en petites communautés et les croyances populaires étaient importantes pour elles.

Dans votre livre vous vous référez souvent au codex 6933. Pourquoi ?
Ce codex date du XIIe siècle. C’est une copie du VIIIe siècle quand les attaques musulmanes se multipliaient contre la Balagne. Ce texte a commencé d’être analysé par le père, Hyacinthe Leca qui a remarqué que le texte était écrit en sabir latin, très proche du corse. Il y a d’ailleurs dans ce codex des mots qui n’appartiennent qu’à la langue corse.

À propos du sarcophage mis au jour par le père Alberti, quelle est sa singularité ?
Il est sculpté d’un côté, en son centre, d’un chrisme (monogramme). Ce chrisme est sans Alpha ni Omega, marque du christianisme, fait remonter sa construction avant 313, date où les chrétiens sont libres de pratiquer leur religion. Il est en marbre de Carrare, stocké dans les réserves de l’artisan, prêt à l’utilisation. Les gens de Calenzana étaient allés le chercher par voie maritime en cabotant et repartir de même.

Avez-vous un bagage théologique pour écrire ce livre ?
Le bagage théologique je me le suis construit en écrivant ce livre ! ... La lecture de Saint Augustin m’a beaucoup apporté.

De quelle origine était Santa Restituta ?
Son père était un vétéran romain qui avait reçu à son départ de l’armée romaine une dotation foncière, en contrepartie il fournissait l’empire en denrées agricoles.

Faut-il être catholique pour écrire votre ouvrage ?
Non… Pas du tout. Il faut s’intéresser aux phénomènes sociaux. À la manière dont se fonde une société. Il faut être curieux.

Si on évoquait l’importance des reliques : d’où vient leur culte ? Est-il antérieur au christianisme.
On les retrouve dans d’autres civilisations. Elles appartiennent à la nature humaine. Elles correspondent aux angoisses des gens confrontés au néant… Le danger serait d’en faire de les fétichiser.

M.A-P

• Les photos anciennes ont été extraites des archives. Michel a mis des mois à les récupérer. Il a finalement été aidé par Alexandra Alberti la petite-nièce du photographe, Dany Filippi. Les photos plus récentes sont de Michel Codaccioni et Valérie Biancarelli.
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