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L’autonomie de la Corse : attention aux illusions

L’euphorie qui a suivi l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse mérite d’être tempérée.

L’autonomie de la Corse : attention aux illusions



L’euphorie qui a suivi l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse mérite d’être tempérée. Certes, le texte a franchi un obstacle important. Certes, les députés ont adopté le projet voulu par Emmanuel Macron. Mais derrière les déclarations triomphales, les chiffres racontent une histoire beaucoup plus nuancée. Le texte a été adopté par 271 voix contre 202. Un écart de 69 voix seulement.


Une victoire à la Pyrrhus

Or ce chiffre n’est pas anodin. Il correspond presque exactement au nombre de députés de La France insoumise et apparentés, soit 71 parlementaires. Autrement dit, sans le soutien de LFI, le projet d’autonomie n’avait aucune chance de passer.
Voilà le véritable enseignement du scrutin.
Car pendant plusieurs jours, les dirigeants nationalistes ont insisté sur le caractère historique du vote. Mais l’événement le plus remarquable n’est peut-être pas celui-là. Le fait marquant est qu’un texte présenté comme une avancée majeure pour la Corse a dû sa survie parlementaire à un groupe qui n’a cessé de dénoncer ses insuffisances.

LFI, arbitre du scrutin

Tout au long des débats, les députés insoumis ont multiplié les critiques. Ils ont jugé le texte trop flou. Ils ont réclamé des garanties plus fortes sur le plan social et environnemental. Ils ont exigé l’inscription du principe de non-régression afin qu’aucune future norme adoptée en Corse ne puisse diminuer les protections accordées aux salariés ou affaiblir la défense de l’environnement.
Cette bataille a donné lieu à d’interminables négociations et à plusieurs suspensions de séance. Au terme de discussions parfois tendues, un compromis a finalement été trouvé.
LFI estimait néanmoins que le résultat demeurait insuffisant. Pourtant, les députés insoumis ont choisi de voter le texte vraisemblablement pour démontrer au bloc central que LFI est le maître du jeu parlementaire. Ce vote n’a rien d’un détail. Il constitue probablement la condition même de son adoption.

La droite toujours hostile

À l’inverse, la droite et l’extrême droite ont confirmé leur méfiance historique à l’égard de toute évolution institutionnelle de la Corse. Le Rassemblement national a voté contre appuyant en cela la position de Nicolas Battini sur la préférence locale en matière d’emplois et de logement. Une large partie des Républicains a également rejeté le texte. Derrière des arguments parfois différents, la même idée domine : la crainte qu’une autonomie même limitée ne constitue qu’une étape vers des revendications plus ambitieuses. Cette réalité politique doit être regardée en face. Contrairement à ce que certains commentaires ont laissé entendre, l’autonomie de la Corse ne bénéficie pas aujourd’hui d’un large consensus national. Elle demeure un sujet profondément clivant au sein de la classe politique française.

Un silence qui en dit long

Autre élément frappant : la discrétion de la presse nationale. Alors que certains responsables corses parlent d’un moment historique comparable aux grandes réformes institutionnelles du passé, les principaux médias parisiens lui ont consacré une place relativement modeste. Quelques articles, mais rien qui ressemble à l’effervescence ayant accompagné les grandes réformes territoriales des décennies précédentes. La comparaison avec les débats de 1990 est éclairante. À l’époque, le statut Joxe avait provoqué de véritables affrontements politiques et occupé durablement le devant de la scène nationale. Trente-six ans plus tard, l’impression dominante est celle d’un intérêt limité. Ce décalage entre la perception corse et la perception française mérite d’être médité. La Corse en tant que telle n’intéresse plus grand monde.

Le plus difficile commence

Surtout, présenter le vote de l’Assemblée comme une victoire décisive revient à ignorer la réalité du parcours institutionnel qui attend le texte. Le Sénat constitue désormais l’obstacle principal. Or chacun sait que la Haute Assemblée est dominée par une droite beaucoup plus réservée que l’Assemblée nationale sur les questions d’autonomie. Les débats y seront sans doute plus difficiles et les amendements plus nombreux. Même en cas d’adoption par les sénateurs ce qui paraît invraisemblable, le texte devra encore être approuvé par le Congrès réuni à Versailles à la majorité des trois cinquièmes. Autrement dit, dans le meilleur des cas, rien n’est joué. L’histoire politique corse est jalonnée de projets annoncés comme décisifs avant d’être profondément remaniés, retardés ou abandonnés. La prudence reste donc de mise. L’Assemblée nationale a ouvert une porte. Elle n’a pas encore changé la Constitution. Entre le vote du Palais-Bourbon et l’autonomie effective, il reste encore un long chemin. Ceux qui célèbrent déjà l’arrivée feraient peut-être bien de regarder la route qui reste à parcourir.

GXC
Illustration : D.R
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