Chroniques d’Octave, natif de l’Île-aux-Oiseaux…
Depuis sa tanière, sur les hauteurs de la lande, Octave contemple le monde avec la distance que donnent le silence et l’enracinement
Chroniques d’Octave, natif de l’Île-aux-Oiseaux…
Depuis sa tanière, sur les hauteurs de la lande, Octave contemple le monde avec la distance que donnent le silence et l’enracinement. À mesure qu’il observe les hommes et leur époque, il voit s’éloigner la réalité au profit de l’artifice. Pourtant, derrière ce constat sévère demeure la conviction que toute civilisation finit un jour par être rappelée à l’ordre des choses.
Le monde à rebours
Le soleil dardait ses rayons puissants sur le sol. Les idiots disaient qu’il faisait chaud, comme tous les ans en pareille période, se disait Octave, qui regardait le monde depuis sa tanière sur le haut de la lande. Les vents de l’Océan le rafraîchissaient pendant le jour et la nuit. Le coucher du soleil était le moment où entrait une brise fraîche qui emplissait sa maison aux murs épais, lesquels conservaient toujours un peu de fraîcheur, même dans les moments les plus chauds. Octave souriait intérieurement lorsqu’il entendait les discours, souvent tenus par ceux du pays d’en bas, qui se plaignaient de la chaleur l’été, du froid l’hiver ou de l’entre-deux des mi saisons. C’étaient, pour lui, des discours propres à notre époque, qui nie la réalité dans tous les domaines en voulant un monde à sa mesure, se prétendant Dieu et maître de l’univers...
Les nouveaux maîtres
L’essentiel, pour eux, était d’être « connectés », comme ils disaient. Ils s’émerveillaient de l’usage de tous les objets issus des nouvelles technologies. Ils parlaient ainsi à une machine à laquelle ils avaient donné un nom humain pour allumer le four ou écouter telle ou telle musique, en se croyant les maîtres de l’univers. Ils n’étaient pourtant que les jouets de plus puissants qu’eux, qui mettaient en batterie leurs désirs, les écoutaient, les espionnaient au besoin afin d’établir des profils de consommateurs...
Les signes d’un changement
Sur l’Île-aux-Oiseaux, cet été-là était étrange. Les foules habituelles ne semblaient pas être au rendez-vous et les voyageurs des temps modernes, adeptes des déplacements à tout prix, semblaient tenir plus serrés les cordons de leur bourse. Le retour de l’automne pourrait être source de grandes déconvenues pour ceux qui escomptaient engranger avant que la bise fût venue. Octave se disait que cela ressemblait à la fin d’un cycle, ici comme ailleurs...
Le retour à la Tradition
Octave avait décidé de se préserver des miasmes venus de toute part. Il éprouvait comme un mouvement de rejet envers la technologie. Il ressentait le besoin de tendre toujours davantage vers une vie plus frugale, persuadé que seule la Tradition devait désormais le guider. Ainsi mettait-il ses pas dans ceux de ses anciens, qui l’avaient précédé sur la lande...
Le temps des comptes
Octave se réjouissait d’être quelque peu hors d’atteinte de ces agents qui n’avaient qu’une seule phrase à la bouche : « Nous ne faisons que notre travail. » Il songeait aux kapos des camps de concentration qui disaient la même chose, ou à tous ceux qui obéissent parce qu’il faut obéir. Il se disait que la pourriture de l’âme est plus vile que celle des choses, car cette dernière, au moins, engendre la vie. Puis il fit quelques pas devant sa tanière, suivi de son chien, et contempla longtemps l’horizon où l’Océan se brisait sous les vents.
À suivre…
SALLUSTE