Les 20 ans des « Nuits Med » Le court-métrage à l’honneur !
ENTRETIEN AVEC ALIX FERRARIS, fondateur des “Nuits Med”
Les 20 ans des « Nuits Med »
Le court-métrage à l’honneur !
Les festivals en Corse démarrent petits. C’est particulièrement le cas des « Nuits Med » qui ont commencé, en toute simplicité, par être, Le festival du court-métrage… En 2007 ce format cinématographique n’était point trop au goût du jour et surtout peu présent sur l’île.
Une petite poignée de réalisatrices et de réalisateurs faisait ce qui leur était possible — c’est-à-dire pas grand-chose — pour faire connaître leur film. Rien n’attirait les foules vers ce format, quant à la diffusion elle n’existait que dans les rêves de quelques-uns.
Certes au début des années 80 il y avait eu des essais de manifestations consacrées au court. Des essais jamais transformés tant il y avait de discussions et de divergences au sujet de ce que devait être un cinéma corse et quelle devait être son expression : corse ou français ; quels devaient être ses thématiques : insulaires ou plus larges. De tensions en dissensions, de fâcheries de disputes, une association comme Sinemassoci qui aurait voulu fédérer les énergies finit par en perdre son latin, son nord et tous ses points cardinaux.
En 2007 surgit l’initiative d’Alix Ferraris pour qui le démarrage fut ardu, tant son projet fut incompris, tant il y avait alors peu de foi sur l’île en l’avenir du court-métrage… qui plus est méditerranéen. La sérénité reprit le dessus. De Corte le festival « Les Nuits Med » largua ses amarres à Furiani et Bastia avant de toucher Ajaccio et Paris par l’entremise du cinéma, « Grand Action ». L’ouverture d’esprit remplaça les mesquineries. D’autres manifestations du 7e art tel Arte, se mirent à faire une place au court-métrage. Pour ce qui est de la Cinémathèque de Corse installée à Porto Vecchio, elle fut toujours là.
Depuis deux décennies « Les Nuits Med » poursuivent leur route vaille que vaille « malgré les obstacles, les enjeux politiques, les contraintes économiques et les incertitudes », souligne Alix Ferraris. Passionné de 7e art il ajoute : « le cinéma est bien plus qu’un art. Il est un puissant vecteur de transmission, un espace d’émancipation, d’épanouissement et de liberté. Le court-métrage en est la plus belle porte.
“Les Nuits Med” en vingt ans sont un véritable témoin de l’évolution de la création insulaire cinématographique. À preuve les œuvres projetées durant les festivals qui ont révélé richesse des paysages, des talents, des imaginaires de l’île.
En juin 2027 une nouvelle section très importante est annoncée : “Les pitchs méditerranéens – Du court au long”. De quoi s’agit-il ? Cinq réalisatrices ou réalisateurs sélectionnés en “Complétion méditerranéenne” vont développer leur premier long-métrage. Ils devront pitcher (résumer) devant des producteurs, des diffuseurs, des institutions, des professionnelles du cinéma. Aux côtés de Tarek Ben Chaabne, enseignant, spécialiste du cinéma tunisien, ils auront un accompagnement personnalisé pour préparer leur pitch. Cette section doit être une passerelle entre le court et le long métrage. Un dispositif audacieux et porteur d’espoir.
Michèle Acquaviva-Pache.
• Pour concourir dans les sections “Premier film” et “Compétition méditerranéenne” les appels à films sont ouverts.
ENTRETIEN AVEC ALIX FERRARIS, fondateur des “Nuits Med”
En 2007 dans quel état d’esprit étiez-vous en créant le festival, “Nuits Med” ?
À l’époque il existait à Furiani un festival de théâtre et de musique. J’ai proposé d’y adjoindre un angle court-métrage, qui était alors pu vu en Corse. J’ai écrit aux grandes manifestations de court-métrage : Grenoble, Clermont-Ferrand, Aix — en-Provence, je leur ai fait la proposition de leur apporter des réalisations de Corse. Mon souhait était de la promotion de la création insulaire. Au départ ça a été très dur, car je n’avais pas de retour de la Collectivité. Colomba Sansonetti est alors montée au créneau, car elle avait en charge le secteur cinéma à l’université. Résultat : le festival a pu se dérouler à Corte.
Quelles difficultés avez-vous encore surmontées ?
Le manque de moyens était très pesant. Autre difficulté : à l’époque les formats de films étaient diversifiés si bien que les projections posaient des problèmes. Le numérique n’était pas encore la règle ! Les étudiants, sauf ceux de cinéma, ne se sont pas trop mobilisé ce qui était décevant.
Heureusement la Collectivité a pris conscience de l’intérêt de la manifestation et nous a demandé d’être plus tourné vers la Méditerranée. L’idée était bonne. Finalement nous avons reçu une petite subvention annuelle. Parallèlement nous avons rencontré la direction du pôle court-métrage de France tv, qui a décidé de nous soutenir. On a pu ainsi lancer une section “Compétition”.
Comment votre situation a-t-elle évolué ?
Sous la présidence à l’exécutif de Corse, Paul Giacobbi, nous avons eu droit à une coupe franche !... Une rencontre avec une responsable du CNC est venu compenser cette décision qui nous condamnait et nous avons obtenu une aide. Celle-ci grâce à un soutien de France Tv nous a permis de nous maintenir. Puis nous avons réussi à obtenir la subvention tant désirée de la Collectivité. Pour toucher de plus près le public, nous sommes devenus itinérants Furiani-Bastia-Ajaccio-Paris.
Au fil des années quelles ont été les étapes les plus importantes que vous ayez franchies ?
La plus importante fut d’être reconnu officiellement. Puis il y eut les accords passés avec les salles insulaires pour diffuser les œuvres que nous primons. Enfin on s’est doté de sections que nous avons créées au fur et à mesure et qui ont reçu un accueil favorable : “Med in Scenario” aidant à l’écriture de scénario. “Coop Med” et “Entre deux rives” qui nous ont facilité l’établissement de liens avec la Tunisie, Tanger, l’Algérie…
Vous êtes-vous parfois trompé dans vos décisions ?
Au début, on a toujours tendance à voir plus grand ! Mais j’ai réfléchi et me suis recentré… Certes il y a eu des moments de doute, mais je ne me suis pas pour autant trompé. J’ai pu avoir des déceptions avec certains invités, mais ça arrive ! J’aurais voulu me rapprocher de la Sardaigne, seulement ça été très compliqué et notre coopération n’a pas duré plus de trois éditions.
À vos yeux, en quoi le court-métrage est-il si intéressant ?
Il offre au débutant en cinéma un regard sur toutes les étapes de fabrication d’un film et permet plus facilement d’aborder le court-métrage. Ici, on peut bénéficier des aides du CNC, de la région et avoir des conditions professionnelles d’accompagnement des réalisateurs. Le court apprend à raconter une histoire sans tirer en longueur. Il favorise la création. Au cinéaste débutant, il donne les clés pour faire son chemin dans le 7e art.
En vingt ans votre carrière a également avancé. Comment ?
Je me suis inscrit à la Femis en candidat libre pour obtenir le diplôme d’exploitant de salles de cinéma. La Femis est une école supérieure de cinéma extraordinaire ! Depuis j’ai créé un festival à Carqueiranne (Var) où je mets en avant le cinéma corse. Comptable de profession je suis très attentif aux questions de gestion. Cette année tout a été un peu retardé, la faute aux banques qui ne prêtent pas facilement d’où la nécessité souvent d’avoir recours à ses fonds propres… Remarquons toutefois que grâce à la politique culturelle de la Collectivité on est toujours là !
De tous les courts-métrages primés aux “Nuits Med” quels sont vos coups de cœur ?
“Confession”, le premier court de Julien Colonna, auteur du long métrage, “Le royaume”. “Suis-je le gardien de mon frère ?” de Frédéric Farrucci, auteur du “Mohican”. “Le messager” de Dominique Tiberi. Les courts-métrages de Laurent Simonpoli.
Quoi de neuf pour 2027 ?
Nous lançons déjà l’appel à nous envoyer des réalisations pour nos sections, “Premier film” et pour la “Compétition méditerranéenne”. Nous avons une nouveauté : “Les pitchs méditerranéens. Du court au long”. (Voir page précédente).
Quels enseignements tirez-vous de ces 20 ans pour vous ?
J’ai bossé. J’ai travaillé dur. Je n’ai pas attendu que les choses me tombent toutes cuites dans la bouche…
M. A-P
crédit photo : M.A.P