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Israël et le syndrome du Golem : quand la guerre fabrique ses propres ennemis

Depuis sa création, Israël a souvent justifié ses interventions militaires par la nécessité d’assurer sa sécurité.

Israël et le syndrome du Golem : quand la guerre fabrique ses propres ennemis


Depuis sa création, Israël a souvent justifié ses interventions militaires par la nécessité d’assurer sa sécurité. Pourtant, un paradoxe traverse son histoire : plusieurs de ses adversaires les plus redoutables se sont développés à la suite de choix stratégiques israéliens.

Comme les États-Unis contribuèrent, dans des contextes différents, à l’émergence de forces qui se retournèrent ensuite contre eux — des moudjahidines afghans qui donnèrent naissance à Al-Qaïda jusqu’au chaos irakien qui facilita l’essor de Daech —, Israël s’est trouvé confronté à une logique comparable. En voulant détruire une menace immédiate, il a parfois contribué à en faire émerger une plus dangereuse. Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer qu’Israël a créé ces organisations, mais que certaines de ses décisions ont favorisé leur développement.

Le Hezbollah, produit de l’invasion du Liban

Le Hezbollah n’existait pas avant l’invasion israélienne du Liban en juin 1982. L’objectif de Menahem Begin était d’éliminer l’OLP installée au sud du Liban. Militairement, l’opération réussit : les combattants palestiniens quittent le pays. Mais le vide qu’ils laissent est rapidement occupé par une résistance chiite soutenue par l’Iran et la Syrie. L’occupation israélienne radicalise une partie de la population du Sud-Liban qui voit dans cette nouvelle organisation le seul moyen de résister. En février 1985 naît officiellement le Hezbollah, profondément enraciné dans la population locale. Dix-huit ans plus tard, Israël se retire du Liban sans avoir réussi à le vaincre. L’organisation est devenue un adversaire bien plus puissant que l’OLP. La guerre de 2006 démontrera à nouveau qu’une supériorité militaire écrasante ne suffit pas à neutraliser un mouvement bénéficiant d’un solide enracinement social. Et l’offensive actuelle d’Israël contre le Liban se heurte à une résistance qui, tout comme avec le Hamas à Gaza, n’était visiblement pas prévue.

Le pari du Hamas

L’histoire du Hamas répond à une autre logique, mais conduit à une conclusion comparable. Dans les années 1970 et 1980, les réseaux islamistes liés au cheikh Ahmed Yassine sont perçus par Israël comme un contrepoids à l’OLP de Yasser Arafat, alors considérée comme l’ennemi principal. Les associations religieuses islamistes peuvent développer leurs activités sans rencontrer l’hostilité systématique réservée aux organisations nationalistes palestiniennes.
Par la suite, plusieurs gouvernements israéliens autorisent l’arrivée de financements étrangers destinés à Gaza, notamment qataris, afin d’éviter un effondrement économique tout en maintenant la séparation entre Gaza contrôlée par le Hamas et la Cisjordanie administrée par l’Autorité palestinienne. Cette politique repose sur l’idée qu’un mouvement islamiste cantonné à Gaza est préférable à une direction palestinienne unifiée susceptible de relancer des négociations politiques. Ces financements ont grandement servi à la création de tunnels et à l’armement de l’organisation palestinienne. Et ce calcul se révélera désastreux après les attaques du 7 octobre 2023.

Une erreur stratégique récurrente

Dans les deux cas, le même mécanisme apparaît. Une victoire tactique produit une défaite stratégique. L’élimination d’un adversaire ouvre un vide rapidement occupé par un mouvement plus radical, mieux organisé et davantage soutenu par une population qui se sent agressée. La force militaire détruit des infrastructures, mais elle ne supprime ni les frustrations, ni les humiliations, ni les aspirations politiques qui nourrissent les insurrections.

La leçon du Golem

L’image du Golem de Prague offre une métaphore éclairante. Créée pour protéger la communauté juive, la créature finit par échapper au contrôle de ses créateurs. De la même manière, Israël n’a évidemment pas créé le Hezbollah ni le Hamas, qui possèdent leur propre idéologie, leurs dirigeants et leurs soutiens régionaux. En revanche, ses choix stratégiques ont contribué à créer les conditions de leur ascension. L’histoire rappelle ainsi qu’une victoire militaire peut parfois préparer la défaite politique de demain. Lorsqu’un conflit ne s’accompagne pas d’une solution politique durable, il risque de faire naître un ennemi plus puissant que celui qu’il prétendait éliminer. C’est sans doute l’une des constantes les plus cruelles de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient.

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Crédit photo : GXC
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