• Le doyen de la presse Européenne

Nathalie Mons, la chercheuse face au défi corse

Sa nomination à la tête de l’académie de Corse tranche avec les profils plus administratifs ou politiques qui ont parfois occupé ces fonctions.

Nathalie Mons, la chercheuse face au défi corse



Sa nomination à la tête de l’académie de Corse tranche avec les profils plus administratifs ou politiques qui ont parfois occupé ces fonctions. Professeure des universités, spécialiste reconnue des politiques éducatives comparées, ancienne présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO), Nathalie Mons appartient avant tout au monde de la recherche. Son parcours laisse entrevoir une rectrice davantage guidée par l’analyse que par l’affirmation de principes, une qualité qui pourrait constituer un atout dans une académie où chaque décision est susceptible de prendre une dimension politique.

La culture de la preuve

Depuis plus de vingt ans, Nathalie Mons consacre ses travaux à comparer les systèmes éducatifs dans le monde. Son approche repose sur une idée simple : les réformes doivent être évaluées avant d’être célébrées ou condamnées. Dans ses publications, elle refuse les oppositions caricaturales entre école centralisée et école autonome, entre État et collectivités. Pour elle, aucune organisation n’est supérieure par nature ; seules les politiques dont les résultats sont objectivement mesurés méritent d’être retenues. Cette méthode explique la place qu’elle a occupée au CNESCO, organisme chargé d’évaluer le système éducatif français. Elle y a défendu une culture de l’expertise, fondée sur les comparaisons internationales, les enquêtes de terrain et les données plutôt que sur les débats idéologiques.

L’égalité comme priorité

Ses recherches montrent également une préoccupation constante pour les inégalités scolaires. Sans remettre en cause l’autonomie des établissements ou les initiatives locales, Nathalie Mons souligne régulièrement que l’État conserve une responsabilité essentielle : garantir l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire. Elle considère que les politiques éducatives doivent être jugées autant à leur capacité à améliorer les apprentissages qu’à leur aptitude à réduire les écarts sociaux ou territoriaux. Cette conception fait d’elle une universitaire attachée à un État stratège, capable de fixer un cap tout en laissant aux acteurs de terrain une marge d’adaptation lorsque celle-ci améliore effectivement la réussite des élèves.

L’expérience martiniquaise
Son passage à la tête de l’académie de Martinique lui a cependant apporté une expérience que les seuls travaux universitaires ne pouvaient offrir. Dans un territoire marqué par une forte identité culturelle, des difficultés sociales et un rapport particulier avec l’État, elle a été confrontée à la nécessité de concilier les orientations nationales avec des réalités locales parfois très spécifiques. Ses prises de parole montrent qu’elle y a accordé une place importante au climat scolaire, au dialogue avec les équipes éducatives et au bien-être des élèves comme des personnels. Cette expérience ultramarine constitue sans doute un apprentissage utile avant son arrivée en Corse, autre territoire où les questions identitaires occupent une place importante dans le débat éducatif.

Marcher sur des œufs

La Corse représente toutefois un défi d’une autre nature. La question de la langue corse, les relations entre le rectorat et la Collectivité de Corse, les attentes des élus, des associations culturelles et des syndicats donnent à chaque décision une portée qui dépasse largement le seul champ pédagogique. Sur ces sujets, les écrits de Nathalie Mons n’autorisent pas de conclusion définitive. Rien ne permet d’affirmer qu’elle soit favorable ou hostile à une évolution particulière du modèle corse. Son parcours suggère plutôt une méthode : rechercher les faits avant de prendre position, mesurer les effets des dispositifs existants, privilégier l’évaluation à l’affrontement doctrinal.

Le pari de l’apaisement

C’est sans doute là que réside sa principale singularité. Nathalie Mons n’arrive pas en Corse avec l’image d’une rectrice politique ou d’une spécialiste des rapports entre l’État et les collectivités. Elle arrive comme une chercheuse devenue administratrice, convaincue que les politiques publiques doivent d’abord être appréciées à l’aune de leurs résultats. Dans un contexte encore marqué par les tensions suscitées ces dernières années autour de l’enseignement de la langue corse et des relations entre le rectorat et les institutions insulaires, cette culture du dialogue, de l’évaluation et de la prudence pourrait constituer un facteur d’apaisement. À condition, toutefois, que la rigueur scientifique dont elle a fait sa marque sache aussi composer avec une réalité corse où les symboles comptent souvent autant que les statistiques.

GXC
Crédit photo : D.R
Partager :