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Aprés la tuerie de la rue d'Enghien : La colère Kurde

Une hypothèse de manipulation du tireur de la rue d'Enghien
Après la tuerie de la rue d’Enghien : la colère kurde

L’hypothèse d’une manipulation du tireur de la rue d’Enghien par les services secrets turcs tient la corde au sein de la communauté kurde. On ne peut que le comprendre si l’on prend en compte les déclarations des autorités françaises et les « zones d’ombre ».

Dernièrement, dans le centre de Paris, rue d’Enghien, trois kurdes ont été tués par balle. Très affectée par ce tragique événement, la communauté kurde a immédiatement exprimé sa colère. Les raisons ne manquaient pas. Tout d’abord, les lieux de la tuerie et la personnalité de chacune des victimes n’avaient rien d’anodin car ils représentaient des cibles potentielles pour les services secrets et l’extrême-droite turcs qui sévissent dans tous les pays de l’Union Européenne et plus particulièrement en France et en Allemagne où résident d’importantes communautés turques.
Le Centre culturel kurde à proximité duquel la tuerie a eu lieu est très fréquenté par la communauté kurde et abrite le Centre démocratique kurde de France, principale représentation en France du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) dont les combattants affrontent l’armée turque depuis des décennies. Les victimes n’étaient pas que d’anonymes usagers du centre culturel : Emine Kara, responsable du mouvement des femmes kurdes en France, avait combattu contre l’armée turque durant des années puis contre Daesh ; Mîr Perwer était un chanteur engagé au service de la cause kurde ; Abdulrahman Kizil était un militant politique très actif. La colère immédiate de la communauté kurde a aussi résulté de la réaction ambiguë des autorités françaises car ces dernières se sont empressées de déclarer peu plausible l’existence d’un commanditaire.
Quelques heures après le dernier coup de feu, une représentante du Parquet a confirmé que des membres du Parquet National Antiterroriste s’étaient rendus rue d’Enghien, mais qu’en l’état il n’existait « aucun élément qui privilégierait la nécessité de leur saisine ». Lors de sa venue sur les lieux, alors que l’enquête venait à peine de débuter, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a déclaré avec assurance et célérité que le tireur « avait manifestement agi seul », n’était « ni connu des services de renseignement, ni fiché comme étant quelqu’un d’ultra-droite » et que sa possession d’une arme de poing s’expliquait par le fait qu’appartenant à un club de tir, il avait « déclaré de nombreuses armes ».

Des zones d’ombre

La colère de la communauté kurde est aujourd’hui avivée par des révélations concernant le tireur et des « zones d’ombre ». Le tireur n’est pas inconnu des services de police et des juges. Il a été condamné pour détention prohibée d’armes. Il a été l’auteur d’actes violents, notamment une tentative d’homicide volontaire perpétrée dans un camp de migrants. Dans le cadre de cette dernière affaire, après avoir été mis en examen pour violences à caractère raciste et dégradations avec armes puis avoir été incarcéré durant un an, il a été libéré le 12 décembre dernier, soit 11 jours avant la tuerie, et placé sous contrôle judiciaire, cela « au terme du délai maximal de détention provisoire d’un an prévu par la loi ».
Durant la garde à vue, le tireur a certes affirmé sa « haine des étrangers devenue complètement pathologique » et indiqué « en vouloir aux Kurdes d’avoir constitué des prisonniers lors de leur combat contre Daesh au lieu de les tuer ». Mais ces déclarations ne lèvent pas les doutes. Ainsi, elles n’expliquent pas vraiment qu’un homme à peine sorti de prison, disant agir seul et étant mentalement instable ait choisi une cible très connotée politiquement et, surtout, ait été sur place à la bonne heure pour abattre des militants.
Tout cela pose d’autant plus question que selon le quotidien L’Humanité, l’intéressé aurait été déposé en voiture à proximité du Centre culturel kurde à l’heure à laquelle devait y débuter une réunion de femmes kurdes (reportée d’une heure au dernier moment) avec pour ordre du jour la préparation de manifestations commémoratives de l’assassinat de trois militantes kurdes en plein Paris le 9 janvier 2013 (dont les commanditaires n‘ont jamais été identifiés).
L’avocat des familles des victimes de la tuerie de la rue d’Enghien a quant à lui fait part de plusieurs interrogations : comment le tueur s’est-il procuré une arme, qui a-t-il fréquenté durant sa détention, qui a-t-il rencontré et que faisait-il les jours et les heures avant de se rendre rue d'Enghien ? L’hypothèse d’une manipulation du tireur par les services secrets turcs tient la corde au sein de la communauté kurde. On ne peut que le comprendre si l’on prend en compte les déclarations des autorités françaises et les « zones d’ombre ».


Alexandra Sereni
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