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L'agonie de la Ve République

Les convulsions actuelles du système parlementaire français sont les signes cliniques d'une agonie , ......

L’agonie de la Ve République


Les convulsions actuelles du système parlementaire français sont les signes cliniques d'une agonie, celle de la Ve République née en mai 1958 après le coup d’État perpétré à Alger par une armée en prise à l’insurrection algérienne, coup d’État qui a permis au général De Gaulle d’être nommé Président du Conseil. Le 4 octobre suivant, la nouvelle Constitution fut adoptée par référendum avec près de 80 % de votes positifs. Aujourd’hui, c’est ce texte 4XL taillé pour la personnalité de De Gaulle qui ressemble à un haillon.


Le drame républicain français


Le 21 janvier 1793, la tête du roi Louis XVI roulait dans la sciure. Depuis son fantôme hante les placards de notre république monarchique qui n’a eu de cesse de se renouveler dans le drame avant de s'offrir à un sauveur suprême. La Ire République fut baptisée dans le sang des Gardes suisses en juillet 1793 puis dans celui des massacres de Septembre date à laquelle elle vit officiellement le jour. Elle prit fin avec la proclamation du Premier Empire. Mais il y avait eu entre-temps les terribles guerres de Vendée, véritable génocide qui causa 200 000 morts au sein de la population civile. La IIe République naquit le 24 février 1848. En juin de la même année, le général républicain Cavaignac écrasa l’insurrection populaire massacrant plus de dix mille personnes, en fusillant 1 500 et capturant dix mille protestataires. Cette république de massacreurs prendra fin quatre ans plus tard avec le coup d’État du président Louis Bonaparte qui décrétera l’avènement du Second Empire.
La IIIe République naîtra en 1870, arrosée du sang de 50 000 Communards, exécutés dans la France entière par Adolphe Thiers, soucieux de montrer à la classe dominante qu’il était capable de mater « la foule ». Elle prendra fin quand la Chambre des députés, à majorité de gauche, votera les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain après la défaite de 1940. La 4e décidée le 13 octobre 1946, avec le double parrainage du général De Gaulle et du Parti communiste avait pour mission de sortir la France du marasme dans lequel l’avait plongée la Seconde Guerre mondiale. Elle ne résista pas à l’insurrection algérienne et donna lieu au putsch d’Alger menée par une fraction de l’armée et favorable à la nomination du général De Gaulle comme président du Conseil. C’est elle qui aujourd’hui n’en finit pas d’agoniser.

Trop petits pour le costume du général


Ainsi les républiques ont massacré beaucoup de citoyens pour émerger des brumes de l’histoire et pour y replonger. Elles se sont toujours données à un pouvoir fort avant de redevenir démocratiques. La Constitution de la Ve République avait été écrite pour le général De Gaulle, un personnage hors norme qui avait incarné la France éternelle durant la Seconde guerre mondiale. Mais un tel costume s’est avéré beaucoup trop grand pour ses successeurs. Même François Mitterrand, bousculé par la grande crise économique des années 1980 puis la maladie a fini par devenir sa propre caricature.

Depuis, l’image des présidents n’a cessé de s'altérer depuis Jacques Chirac « l’homme qui mettait la main au cul des vaches » jusqu’à Emmanuel Macron, le petit baron de la Finance en passant par Nicolas Sarkozy, le bad boy de Neuilly et François Hollande, le président tellement normal qu’il en était devenu inexistant. Mais tous, sans exception, ont cherché à incarner le monarque républicain qui rêvait d'entrer dans le costume dessiné par la Constitution de la Ve République sans jamais y réussir.

Le peuple contre « la foule »


Le président Macron a repris à son compte l’allégorie hugolienne du peuple et de la foule qui, lorsqu’on y réfléchit bien, n'est qu'une jolie phrase. La foule, comme la plèbe ou encore la populace, c’est le peuple révolté perçu par le pouvoir contesté. Tous les dirigeants ont usé et abusé de cette supposée contradiction. De Gaulle désignait déjà la grève générale de mai 1968 comme l’expression de la chienlit. La phrase exacte de Hugo était d'ailleurs « souvent la foule trahit le peuple ». Il désignait ainsi les possibles excès du peuple qui restait néanmoins le peuple.
Mais affirmer aujourd’hui que la représentation parlementaire serait l’expression d’un peuple qui ne révélerait qu’une fois tous les cinq ans est non seulement absurde, mais interdit de comprendre ce qui se passe. La vérité est que la France est partagée entre le désir de justice sociale et la recherche de l'homme fort, celui qui transcendera la crise des partis et qui s’imposera par une autorité naturellement légitime. Les nations suivent toujours un chemin destinal. Mais méfions-nous : c’est dans les ombres du crépuscule que naissent les monstres. Emmanuel Macron serait bien inspiré de retirer sa loi s’il ne veut pas être à l'auteur d'une dérive dictatoriale.

GXC
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