• Le doyen de la presse Européenne

Elisa Point

Bien avant les féministes de tout poil, Elisa Point bousculait les rites et les idées reçues...
Elisa Point

Il me revient en mémoire un disque dénommé « L’assassine » de la chanteuse dont j’ai cité le nom en titre de cet article. Quelle beauté juvénile, quelle hardiesse dans les vers, quelle provocation en somme que le titre mettait en valeur.
Bien avant les féministes de tout poil, celle qui se disait chuchoteuse chez Barclay, bousculait les rites et les idées reçues, à la garçonne comme elle voulait se faire voir. Tout fut dit dans ses chansons bien avant les manifestants et les manifestantes de ce jour.
Et quelle tristesse d’assister aujourd’hui au rabâchage de gens sans idées ni talent qui viennent bousculer nos univers en repeignant les statues publiques de slogans ineptes où se mêlent les revendications des femmes, des noirs, et de toutes les minorités que la société peut égrener.

Comme nous le savons, tout était déjà dit avant que les muets du jour ne s’en rendent compte. « Tout est dit et l’on vient trop tard » écrivait déjà Jean de La Bruyère en 1696. Ce qui est vrai pour la pensée l’est aussi, on le voit bien, pour la chanson, donc pour l’art en général.
Avec son talent et son ingéniosité parolière, Elisa Point retournait la signification des choses et inventait un réel alternatif où la poésie avait la première place. Elle était une inventeuse de mots que nos contemporaines auraient le plus grand mal à tenter d’imiter, parce que dépourvue de toute arrière pensée politique. L
es gilets, plus tout à fait jaunes qui arpentent le pavé sont bien loin de cette ingénuité et de cette fraîcheur d’âme. Décidément, le talent n’est pas au bout des pieds de ces inlassables marcheurs, répétiteurs routiniers et jaloux professionnels.

Que c’est laid la bêtise !
Que les déménageurs des statues de Colbert et des portraits de Napoléon se rassurent, il n’est guère besoin d’attendre pour qu’on les oublie. Par leur nombre seul, leur insignifiance s’étale dans les rues.

La pandémie dont on nous rebat les yeux et les oreilles inciterait le populaire à la prudence, et, nous dit-on, le port obligatoire du masque serait le remède universel à la propagation du virus.
Y-a-t-il seulement encore virus, et la proscription dont on accable le malheureux professeur Raoult est-elle motivée par autre chose que la rancœur de confrères moins avertis ou peut-être simplement moins doués ? On peut se poser raisonnablement la question. A entendre les messieurs « je sais tout » qui jouent au jacassin dans leur tribune improvisée, on s’interroge véritablement, tant la clarté de l’un s'oppose au brouillonnage des autres.
Quand on veut faire taire quelqu’un c’est qu’il dit quelque chose. Regrettons simplement qu’il ne puisse le chanter avec l’incroyable talent de la petite Lili.

La politique, quant à elle
, tente à toute force de donner un sens à ce qui n’en n’a plus, en multipliant discours et remontrances, comme s’il suffisait d’invoquer quelques vocables pour assager les flots.
Il faudrait être poète pour pouvoir y rêver… Cantonné dans une attitude qui dispute l’irrésolution à la méconnaissance, le pouvoir ne peut rien faire mieux qu’attendre la déchéance qui vient irrémédiablement solder le compte de ses impérities. Ne pas être capable c’est un drame, le savoir et ne pas en tirer les conséquences une faute, en attendant qu’un autre qualificatif soit trouvé dans un proche avenir. Il y a de la rumba dans l’air, comme a pu le chanter avec beaucoup d’à propos Alain Souchon dans ses débuts. Sans savoir si ceux qui nous gouvernent ont le smoking de travers, mais en regardant quand même quel est le maintien de leur troupe, pensons qu’il nous faudra beaucoup d’à propos pour surmonter ce qui nous pend au nez.

Dans « La confession d’un enfant du siècle », Alfred de Musset faisait exprimer à son héros Octave le vague à l’âme de cette jeunesse qui gardait dans la mémoire les souvenirs clinquants de la grandeur de l’Empire et de ses victoires, au regard de la médiocrité de la vie quotidienne sous la Restauration. Cela c’était hier. Aujourd’hui nous sommes en 1848, que dis-je, en 1849, en 1850, en 1851 peut-être…

Charles Maurras était sourd, si l’on ose encore citer son nom voué à la géhenne éternelle de la littérature. Pourtant, à la veille de mourir il laissa échapper ces simples paroles lourdes de sens : « Pour la première fois j’entends venir quelqu’un ».

Et nous ?


Jean-François Marchi
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