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Trois artistes à la galerie Noir et Blanc

J.Pini , T.Casalonga et C.Battesti
Trois artistes à la Galerie Noir et Blanc

J. Pini, T. Casalonga, C. Battesti

En cadeau de fin d’année La Galerie Noir et Blanc de Bastia nous offre à voir trois artistes de renommée José Pini pour Ancrage, Toni Casalonga pour Metabola, Claudia Battesti pour ce que j’intitulerais, Organique - Lyrique.


Les œuvres de José Pini occupent tout le sous-sol de la galerie. Des œuvres impressionnantes parce que ces tableaux avec leur relief jouent des vibrations de la lumière comme une partition musicale qui nous donnerait à écouter tout en aiguisant notre œil et en nous poussant à toucher délicatement leur surface inégale mais toujours douce. L’artiste use très souvent de plomb vieilli qui se teinte de brun, de noir, de gris foncé émaillé à l’occasion de résidus plus clairs. Autant de mélodies graphiques s’orchestrant sur fond de bleu mêlé de grisé, parfois de jaune solaire.

Si Pini parle d’Ancrage, c’est pour dire selon Dominique Geronimi, « Une conception du monde, une façon de penser en profondeur, une création enracinée et en tension permanente ». Il arrive à l’artiste de délaisser le plomb pour de vieux tissus de ceux qu’avant, dans les villages, on plaçait sur les planches de bois qui recueillaient le pain sorti du four. De vieux tissus qu’il peut découper en rectangles plus ou moins longs laissant deviner les dessins de leurs tissages qui apparaissent en gris, en grège, en marron. On découvre ainsi de motifs en chevron qui font penser à ces très chic étoffes anglaises alors qu’il ne s’agit que de pauvres linges paysans. Comme quoi l’art peut jouer des tours plus fort que l’artifice !Les tableaux-relief de José Pini relèvent d’une sobriété heureuse – pardonnez cette expression rebattue – mais en l’occurrence elle est vraie… Ajoutons une sobriété puissante, incarnation de force.

Toni Casalonga nous embarque avec Metabola dans l’univers de notre mythologie classique où la transformation du vivant et des êtres peut aller à un rythme lent et progressif ou au contraire revêtir une rapidité fulgurante. Où l’ancien conjugue le moderne. Où le mythe renvoie à l’actualité. Mais nul besoin de se prendre la tête pour admirer une femme sortant de la face d’un mouflon revu et repensé. C’est suffisamment saisissant pour qu’on imagine une histoire ou qu’on se replonge au cœur de nos légendes ou de celles léguées par les anciens Grecs ou Romains. Autre réalisation à retenir celle de ce corps de femmes sur lequel est greffé un crâne de bouc aux six cornes suggérant quelques danses. Une œuvre qui flirte avec bonheur au surréalisme.

Sur fond bleu, jaune ou rouge Claudia Battesti nous promène dans une fantaisie énigmatique et pourtant joyeuse résumée à des feuilles valsant autour de troncs d’arbres blanchis par l’ivresse de chorégraphies où l’organique – lyrique est roi. Surprenant travail auquel est joint un avant-gout de son exploration des mégapoles. Fascinant.

• Michèle Acquaviva-Pache

Jusqu’au 9 janvier. Place du Marché à Bastia. Ouverture tous les jours, sauf les dimanches et lundi pour cause d’hiver.
• Photos originales MAP.


A PAROLA À JOSÉ PINI


L’étrangeté de vos tableaux-relief appelle immédiatement

une question : de quelles matières vous servez-vous ?

Qu’est-ce que ces matières vous inspirent ?

La matière pour moi c’est des mots, c’est de la poésie… J’emploie toujours une matière pauvre. Parfois du carton. Parfois de la ficelle. Parfois du fil de fer rouillé ; Parfois du plomb fondu. Parfois des bouts de tissus hors d’usage. Je dois dire que le plomb est de plus en plus difficile à trouver. Quand je parviens à en avoir, je le triture, je l’enfouis dans la terre. Bref, je m’énerve dessus… Toutes ces étapes donnent un aspect vieilli, bleui par le temps à cette matière. A la fin j’enduis de colle pour la douceur du toucher…

Comment vous comportez-vous avec cette matière de récupération ? Vous ne faites pas que la brutaliser 


Je développe un discours sur cette matière… en même temps je dialogue avec elle…

Vos œuvres exposées à La Galerie Noir et Blanc suggèrent une idée de portes ouvertes ?


Dans mes œuvres il y a un jeu entre le plein et le vide que souligne le relief du tableau qui laisse voir et entrevoir autre chose. Dans ce jeu entre le plein et le vide la lumière est très importante. Elle renforce les vibrations du tableau. Résultat, il y a en effet une idée de portes ouvertes dans mes tableaux…

Les fonds de vos tableaux-relief sont singuliers. Quelles est leur composition ?


A la base des fonds il y a le matériau béton… Je peux mélanger du ciment et de la colle pour donner une structure épaisse. Peu à peu en faisant beaucoup d’essais j’ai compris qu’il fallait alvéoler les fonds pour que l’œuvre puisse mieux résister.

Pourquoi votre exposition à La Galerie Noir et Blanc s’appelle-t-elle « Permanence et renouveau » ?


C’est en somme un titre devenu générique. Initialement il convenait à mon exposition précédente ! C’est encore un rappel à l’année où mon village, Penta-di-Casinca, a été désigné « Village de l’année ». A cette occasion il a été demandé à tous les créateurs de la pieve de montrer quelques-unes de leurs œuvres et réalisations.

Vous êtes très connu pour vos sculptures monumentales.

Comment en êtes-vous venus aux tableaux-relief ?

Difficile à dire ! Les tableaux-relief impliquent d’insérer dans leur création les trois dimensions et ce n’est pas évident. En bref, je suis parvenu à ce genre d’œuvres en diluant les matières entre elles…

Allez-vous vous remettre aux sculptures monumentales ?

Certainement. En utilisant le bois pour les sculptures d’intérieur et le métal pour celle de l’extérieur. Car, sérieusement, il n’y a aucun bois qui ne tient longtemps à l’extérieur.

Quelles sont les œuvres qui vous ont créé le plus de soucis ?

C’est comme les pages d’un livre qu’on tourne. Des fois, on est satisfait. Il en est allé ainsi récemment d’un tableau-relief aux couleurs pastel que je n’avais pas utilisé depuis un certain temps. J’ai ressenti une grande émotion et je me suis promis de recommencer un travail dans ce style.

Qu’en est-il des œuvres qui vous ont résisté ?

Lorsque je sens une résistance en travaillant une œuvre je m’arrête. Je vais dans mon jardin voir comment se portent mes tomates ou je plante un arbre. Quand je reviens après m’être calmé, je reprends mon travail, parce qu’à ce moment-là je sais que j’ai trouvé la solution…Devant une œuvre qui résiste il faut savoir s’arrêter pour la reprendre une fois que les choses sont au clair.

Quand êtes-vous sûr qu’une œuvre est terminée ?

Lorsque je l’ai laissé reposée après l’avoir molestée et qu’elle correspond à la sobriété dû à ce qui doit être son traitement… Après avoir ôté tout ce qui était superflus.

Combien de temps pour réaliser une œuvre ?

Ça peut exiger beaucoup de temps. En tous cas point n’est besoin de croquis car tout se passe dans la tête. Au fur et à mesure de très nombreux tâtonnements l’architecture de l’œuvre prend forme.

Quel est votre travail actuel ?

Pour ce qui est des sculptures monumentales intérieures et des tableaux-relief je veux dorénavant utiliser le cyprès qui a l’intérêt d’être résistant et malléable. Le cyprès je le récupère dans les cimetières des villages. Dommage qu’ici on ne le valorise pas et ne le respecte pas ainsi qu’on le fait en Italie. Pour moi je ne l’associe pas à la mort mais à la flamme.



Propos recueillis par M.A
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