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Georges Guironnet : « Les énergies renouvelables, un chemin d’espoir au milieu du chaos climatique »

Pour éviter le pire, quelle démarche adopter et pour quels objectifs ?

Georges Guironnet : « Les énergies renouvelables, un chemin d’espoir au milieu du chaos climatique »



Selon Georges Guironnet, les énergies renouvelables peuvent, en créant de la richesse partagée, participer au recul de la pauvreté et à la lutte contre le réchauffement climatique.


Dès la fin des années 1970, résidant en région parisienne, étant alors déjà militant autonomiste, Georges Guironnet a contribué à la fondation et au fonctionnement, à Issy-les-Moulineaux, de la Casa di u Populu Corsu, outils au service de la culture et de la langue corses. En 1982, s’étant établi à Ochjatana avec la volonté de contribuer à un développement durable de la Corse, il a été un pionnier de la mise en œuvre de solutions pour la production d’électricité solaire (création de l’entreprise SOLECO). En 2012, il a opté pour être un retraité actif. Il s’est investi dans le développement d’une activité familiale d’agrotourisme écologique. De 2014 à 2018, chargé d’une mission au sein du Pôle de compétences Capénergies porté en Corse par l’ADEC, il a contribué à la structuration de la filière Énergie. Son expérience des questions énergétiques et, ces dernières années, sa collaboration avec le docteur François Pernin qui préside en Corse la CLE (structure coordonnant la lutte associative contre l’exclusion) notamment dans le cadre de « La journée mondiale de refus de la misère », ont inspiré à Georges Guironnet l’écriture de l’essai « Énergie et Prospérité, Un éléphant dans le salon » (Accademia d’i Vagabondi, éditeur). Il y développe notamment que les énergies renouvelables peuvent, en créant de la richesse partagée, participer au recul de la pauvreté et à la lutte contre le réchauffement climatique.


Pourquoi considérez-vous la problématique énergétique essentielle, voire vitale ?

Depuis l’aube de l’humanité, l’énergie joue un rôle majeur dans nos mutations et nos évolutions. Sous forme de feu, elle a été lumière dans l’obscurité, pour devenir au fil des siècles force de transformation de la matière, moteur de déplacements sur terre, sur mer et dans les airs. De libératrice à son origine, la maîtrise du feu est devenue, au fil des siècles et plus particulièrement du dernier, dominatrice. Chaque découverte, chaque avancée technologique, chaque révolution industrielle a dessiné un Nouveau monde plus productif, plus rapide, mais aussi plus avide. Au fil des dernières décennies, fascinés par les innovations du génie humain et l’illusion d’une abondance sans limites, nous sommes rentrés dans l’ébriété énergétique, oubliant tout sens de la mesure et que toute croissance à ses limites. Cette ivresse collective a un prix : épuisement des ressources, accroissement des inégalités, bouleversement climatique. Chaque baril de pétrole extrait est un acte de pouvoir, chaque kilowatt consommé laisse une empreinte sur l’avenir. Cette ivresse collective peut conduire, à brève échéance, à la disparition du genre humain.

N’est-ce pas trop noircir le tableau ? La tendance peut-elle être inversée ?

La précision stupéfiante des constats du dernier rapport d’évaluation du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat) démontre la robustesse des hypothèses des climatologues dressées dès la fin des années 1970 et des progrès d’analyse réalisés ces dernières années. Ces précisions révèlent le temps perdu depuis plus de quatre décennies. Par bonheur, à la précision des causes et des effets répond la précision des solutions pour éviter le pire, qui adviendra certainement si nous considérons que l’écologie est punitive et poursuivons aveuglément la recherche de la croissance.

Pour éviter le pire, quelle démarche adopter et pour quels objectif
s ?
Premier message, nous n’éviterons pas un monde à plus 2 ° C compte tenu de l’inertie des éléments physiques et sociétaux en jeu. La réponse ne consiste pas seulement à s’en alarmer. Il faut s’en protéger en bâtissant de toute urgence une société plus sociale et écologique. Deuxième message, il y a un chemin d’espoir au milieu du chaos climatique que nous avons engendré et de ses funestes conséquences : faire du bien-être humain et de la réduction des inégalités, les piliers d’une prospérité partagée. L’Encyclique « Laudato si’ » du regretté Pape François, publiée en octobre 2023, nous propose d’ailleurs un chemin à suivre en 73 points précis. Dans le diagnostic comme dans les actions à mener, ce sont nos responsabilités qu’il convient d’assumer et nos capacités humaines qu’il faut mobiliser pour sortir du modèle destructeur de la croissance à tout prix. Nous sommes collectivement capables de cette ré-évolution pour d’abord faire face aux changements indispensables à une adaptation à l’univers hostile + 2 °C, pour ensuite pouvoir espérer repasser en dessous et reconstruire un monde apaisé et enviable. Dans une urgence absolue, avant 2030, nous devons tendre vers deux objectifs : sortir des énergies fossiles, sortir de la recherche de la croissance. Mais l’actualité récente ne montre pas cette volonté...

Que révèle cette actualité ? Est-il possible et encore temps de réagir ?

La trajectoire qui se dessine conduit avec une certitude absolue, et sans espoir de retour, à un monde à + 4 °C, inhabitable pour les humains. Nous serons tous accablés, quelles que soient nos positions sociales. Nous ne pouvons plus dire « Nous ne savions pas ». Nous sommes à l’heure de choisir : soit poursuivre selon l’ancien modèle thermodynamique basé sur l’utilisation des énergies fossiles qui domine encore aujourd’hui ; modèle qui dicte la géopolitique, tout en alimentant la paupérisation d’une majorité et le creusement des inégalités, avec de surcroît des émissions de gaz à effet de serre responsables de l’accroissement de la température au point de mettre en danger l’avenir même de l’humanité ; soit, avec raison, respect et discernement, tirer parti collectivement de nos biens communs que sont le soleil, le vent, l’eau, la masse des végétaux, la chaleur de la terre, les matériaux locaux, afin de permettre l’avènement d’une prospérité partagée.

Tout n’est donc pas perdu ?

Comme on l’a constaté souvent dans l’Histoire, les grands problèmes créent les conditions de profondes remises en cause, d’émergence de sauts technologiques. Les énergies renouvelables qui se frayaient un chemin à bas bruits depuis des décennies, représentent aujourd’hui une puissante alternative pour répondre au besoin d’électricité d’un Nouveau monde en construction forcément plus sobre.

Au vu des rapports du GIEC, la raison et l’instinct de survie commandent de choisir les énergies renouvelables. Pourquoi tarde-t-on ?

Ces changements ne sont pas sans rencontrer de résistances. Les détenteurs du feu souhaitent poursuivre et même accentuer leur modèle. Ils veulent extraire jusqu’à la dernière goutte de ressources fossiles, au dernier grain de matière de l’écorce terrestre.

Comment surmonter et dépasser ces résistances ?

Nous devons faire appel à nos rêves, imaginer un monde plus proche de nous dans l’espace et dans une durée de quelques années seulement, afin de nous mobiliser individuellement et collectivement. Par bonheur, déjà, des citoyens responsables se mobilisent et s’organisent localement, à échelle humaine en dehors des schémas établis, pour imaginer et réaliser de magnifiques projets alternatifs d’intérêt général.

Que pouvons-nous faire à l’échelle de la Corse ?

Il faut faire et nous pouvons faire, car la Corse incarne les dérives passées, les prévisions les plus alarmantes dans un avenir proche, et aussi les défis et promesses d’une transition énergétique porteuse d’une joyeuse prospérité partagée. Notre île est aux avant-postes des bouleversements climatiques. En effet, après l’Antarctique avec + 6 °C, la Méditerranée avec + 3 °C se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Il a été constaté + 1,5 °C en moyenne en 2025 ! En outre, pourtant riche de ressources renouvelables excédentaires, notre île est une des régions d’Europe les plus émettrices de gaz à effets de serre avec le triste record de 10 tonnes/an émises par habitant. Enfin, dépendant à 84 % des énergies fossiles pour un coût toujours plus élevé, étant en concurrence directe avec des marchés beaucoup plus vastes et étant sous-équipée pour répondre à la demande dans un futur proche, notre île connaîtra des coupures d’alimentation d’électricité de plus en plus fréquentes et longues qui entraîneront des difficultés économiques en cascade, avec à la clé une aggravation de la paupérisation de la population, un exil de forces vives, particulièrement les plus jeunes. Pourtant, si nous le voulons vraiment, la Corse pourrait devenir dès 2030 un lieu de vie harmonieux où les valeurs ancestrales de frugalité et de partage seraient le terreau du développement de la maîtrise de l’énergie et des énergies à sources renouvelables. La Corse est un microcosme qui peut même représenter, à cet horizon 2030, une source d’inspiration, un exemple pour d’autres territoires dans le monde entier. Notre île peut devenir une île prospère où l’énergie ne serait plus une contrainte, mais une opportunité.

Vous énoncez des solutions concrètes pour « un chemin d’espoir au milieu du chaos climatique » et que les énergies renouvelables représentent une opportunité pour lutter contre la misère. Sans déflorer un contenu que vous allez d’ailleurs soumettre au débat lors de signatures et conférences, pouvez-vous confirmer ?

Effectivement, en présentant des solutions concrètes à partir d’exemples existants qui sont à développer pour répondre aux besoins futurs, j’expose et démontre les potentialités considérables de l’île dans le domaine des énergies renouvelables, et mentionne la perspective d’une Corse qui pourrait proposer un modèle au monde. Par ailleurs, il est en effet possible de combattre de façon systémique et radicale la pauvreté en mobilisant notre énergie collective pour maîtriser et produire localement l’électricité à partir de nos ressources locales, gratuites, en abondance. L’histoire de l’énergie s’écrit chaque jour au rythme de nos choix, des innovations et des combats que nous menons. Elle peut être un phare, apporter la preuve que la transition est, par la prise en compte de tous et des biens communs inépuisables et offerts par la nature, le meilleur chemin à suivre pour une société apaisée, plus fraternelle où la croissance à tout prix est remplacée par la prospérité partagée.

Propos recueillis par Jean-Pierre BUSTORI



Crédit photo : JDC
Cédit illustration : Accademia d’i Vagabondi
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