Sous couvert de sécurité : l’énergie comme clé de la domination américaine
Depuis son retour au centre du jeu politique, Donald Trump déploie une stratégie qui dépasse la rhétorique classique de la lutte contre le terrorisme ou le narcotrafic.
Sous couvert de sécurité : l’énergie comme clé de la domination américaine
Depuis son retour au centre du jeu politique, Donald Trump déploie une stratégie qui dépasse la rhétorique classique de la lutte contre le terrorisme ou le narcotrafic. Derrière ces justifications sécuritaires se dessine une politique cohérente : sécuriser, contrôler et parfois monopoliser les sources d’énergie et de matières premières indispensables à une ambition centrale, faire des États-Unis la puissance dominante dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
Le hold up vénézuélien
L’IA, souvent présentée comme un enjeu technologique abstrait, repose en réalité sur des fondations très matérielles. Centres de données et supercalculateurs exigent des quantités massives d’électricité stable, bon marché et décarbonée, ainsi qu’un accès sécurisé aux métaux critiques. C’est dans cette perspective qu’il faut relire une série d’initiatives diplomatiques, industrielles et militaires menées ou encouragées par Trump. Cette logique s’est magistralement manifestée au Venezuela, avec l’enlèvement de Nicolás Maduro, sur fond de réserves pétrolières colossales que Trump a publiquement évoquées comme devant être confiées aux grandes compagnies privées américaines.
L’atome comme pilier stratégique
Dans le domaine nucléaire, la logique est limpide. Trump a soutenu la concentration du secteur énergétique autour d’acteurs capables de garantir une production massive et continue d’électricité. La fusion de sociétés liées à son entourage économique dans le nucléaire civil répond à une volonté de verrouillage du marché, avec un objectif assumé : disposer d’une capacité atomique suffisante pour alimenter l’économie numérique américaine et empêcher toute dépendance extérieure. L’énergie nucléaire devient ainsi un instrument de souveraineté technologique.
Nigeria : la religion comme paravent énergétique
En Afrique de l’Ouest, l’interventionnisme américain s’est appuyé sur un discours moral et sécuritaire. Le bombardement de positions au Nigeria, officiellement justifié par la protection des populations chrétiennes menacées par des groupes armés, a aussi envoyé un message clair aux autorités nigérianes. Il s’agissait de rappeler le rapport de force au moment où se négociaient des contrats pétroliers et gaziers stratégiques. La protection des minorités religieuses sert ici de paravent à une diplomatie énergétique brutale tout comme au Vénézuéla..
Groenland et Canada : minerais stratégiques et guerre de l’eau
L’intérêt renouvelé de Trump pour le Groenland s’inscrit dans cette logique de prédation stratégique. Derrière la provocation diplomatique se cache une réalité géoéconomique : le sous-sol groenlandais recèle des terres rares, de l’uranium et des métaux indispensables aux technologies de pointe. Contrôler ces ressources permettrait aux États-Unis de sécuriser une chaîne d’approvisionnement indépendante de la Chine et de disposer d’une base stratégique dans l’Arctique. Le Canada occupe une place complémentaire. Riche en minerais critiques, il représente aussi un réservoir d’eau douce considérable. Or cet élément commence à manquer aux États-Unis sous l’effet du changement climatique, de l’agriculture intensive et de la surconsommation industrielle. L’accès indirect aux ressources hydriques canadiennes devient ainsi un enjeu de sécurité nationale.
Congo et Ukraine : les métaux critiques au cœur du conflit
La même grille de lecture s’impose en Afrique centrale et en Europe orientale. En République démocratique du Congo, l’implication américaine se concentre sur les terres rares, le cobalt et le lithium, indispensables à la fabrication des batteries, des serveurs et des composants de l’IA. L’objectif est clair : réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
En Ukraine, au-delà de la guerre et des enjeux géopolitiques immédiats, la bataille porte aussi sur le sous-sol. Accéder aux ressources minières ukrainiennes permettrait aux États-Unis de consolider un axe stratégique alternatif à la domination chinoise.
Une vision impérialiste de l’IA
Cette politique révèle une vision impérialiste de l’intelligence artificielle. Pour Trump, la domination technologique ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou la Silicon Valley, mais dans le contrôle physique de l’énergie et des matières premières. La lutte contre le terrorisme, la défense des chrétiens ou la protection des alliés servent de cadres narratifs acceptables à une stratégie de puissance assumée.
Derrière le discours sécuritaire se dessine ainsi une réalité plus brute : l’IA est la nouvelle frontière de la domination mondiale, et Trump entend s’assurer que cette frontière reste sous contrôle américain.
GXC