• Le doyen de la presse Européenne

Ni trumpisme ni angélisme : repenser la guerre contre le narcotrafic

Je n’ai jamais été de ceux qui regardent Donald Trump comme une boussole morale ou politique.

Ni trumpisme ni angélisme : repenser la guerre contre le narcotrafic



Je n’ai jamais été de ceux qui regardent Donald Trump comme une boussole morale ou politique. Son mépris des institutions, sa brutalité rhétorique et son usage opportuniste de la peur ont abîmé le débat public bien au-delà des États-Unis.

Pourtant, refuser Trump ne devrait pas nous condamner à refuser toute réflexion stratégique dès lors qu’elle touche à la guerre face au narcotrafic.
C’est précisément ce piège idéologique qui nous empêche aujourd’hui de penser autrement une guerre que nous sommes en train de perdre.
Car le constat est là, cru, amer : le narcotrafic n’est plus seulement un problème de délinquance ou de santé publique, c’est un phénomène politico-territorial.
Il structure des économies parallèles, contrôle des routes internationales, corrompt des États et transforme des quartiers entiers en zones grises.
En France, la « favelaisation » de certaines cités n’est pas un fantasme réactionnaire, c’est la traduction urbaine d’un narcotrafic mondialisé qui a pris une longueur d’avance sur les réponses nationales.
Face à cela, l’approche française reste largement défensive, fragmentée, presque pudique.
On traite les symptômes en bout de chaîne (saisies, arrestations, plans banlieue successifs) sans jamais s’attaquer sérieusement aux centres de gravité du système.

Les centres de gravité du système

Or ces centres ne se trouvent pas à Marseille, à Saint-Denis ou à Roubaix. Ils se trouvent principalement en Amérique latine, zone de production et d’exportation massive.
Le Venezuela, régime autoritaire en déliquescence, est devenu un hub stratégique du narcotrafic continental, un espace où s’entremêlent cartels, guérillas résiduelles, forces de sécurité corrompues et réseaux internationaux.
Fermer les yeux sur cette réalité au nom d’un anti-impérialisme de principe, c’est accepter que les rues françaises paient le prix de notre confort moral.
Bien sûr, le Venezuela n’est pas la place principale du marché international de la cocaïne.
Bien sûr, la Colombie, le Brésil, le Mexique, et la France via la Guyane sont tout autant menacés, car impliqués dans ce juteux marché parallèle.
Mais que dire également du Maroc ?
Faut-il pour autant applaudir n’importe quelle intervention américaine ? Certainement pas.
L’histoire des ingérences mal préparées, mal justifiées et cyniquement instrumentalisées est suffisamment lourde pour imposer la prudence.
Mais refuser par réflexe toute action extérieure robuste, y compris militaire, sous conditions strictes et multilatérales, revient à sanctuariser les narco-États et à abandonner nos propres territoires.

Une guerre globale, des choix difficiles

Ce que Trump formulait souvent de manière grossière contenait parfois, malgré lui, une intuition juste.
On ne gagnera pas cette guerre uniquement avec des travailleurs sociaux et des policiers de la BAC.
Cela ne signifie pas adopter son monde ni ses méthodes, mais accepter que la sécurité intérieure de la France se joue aussi hors de ses frontières.
Comme pour le terrorisme, le narcotrafic exige une stratégie en profondeur, qui combine diplomatie, renseignement, sanctions économiques et, en dernier recours, action coercitive internationale.
La question n’est donc pas « Trump ou pas Trump ». Elle est : voulons-nous continuer à regarder nos cités se fragmenter, nos services publics reculer et nos élus locaux impuissants, pendant que nous débattons de sémantique ?
Ou acceptons-nous enfin que la lutte contre le narcotrafic est une guerre globale, qui impose des choix difficiles et des alliances parfois inconfortables ?
Être progressiste, aujourd’hui, ce n’est pas nier la violence du réel. C’est refuser qu’elle devienne la norme pour les plus pauvres, pendant que les classes moyennes se rassurent avec de grands principes.

Alexandre Santerian
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