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Infrastructures sous contrôle insulaire

Pouvoir de décision renforcé, promesse de stabilité de l’emploi, enjeu d’accessibilité des territoires.......

Infrastructures sous contrôle insulaire



Pouvoir de décision renforcé, promesse de stabilité de l’emploi, enjeu d’accessibilité des territoires : la création de l’Établissement public du commerce et de l’industrie de Corse (EPCICC) au 1er janvier 2026 reconfigure en profondeur la gestion des ports et aéroports insulaires. Cette évolution institutionnelle, motivée par la fin prochaine des concessions en cours, suscite des interrogations concrètes pour les usagers, les salariés et les territoires isolés.

À prò di a Corsica

Depuis le 1er janvier 2026, l’EPCICC a remplacé la CCI de Corse. Le nouveau conseil d’administration est présidé par le président du Conseil exécutif et composé majoritairement d’élus de l’Assemblée de Corse, les représentants des professionnels n’ayant qu’une voix consultative. Ce recentrage consacre une gouvernance qualifiée « pleinement insulaire ». Ce basculement signifie que les arbitrages — choix des lignes aériennes, priorités d’investissement ou modalités de gestion des concessions pour les quatre aéroports commerciaux (Bastia, Ajaccio, Figari ou Calvi) — relèvent désormais en grande partie de la sphère institutionnelle corse, dans le cadre juridique et financier défini par la loi. L’EPCICC reprend la gestion des six ports de commerce, mais aussi du port de pêche et de plaisance Tino Rossi, outils jugés essentiels pour l’ouverture des zones rurales et littorales. En Corse‑du‑Sud, 64 % du trafic de voyageurs passe par l’aérien, alors qu’en Haute‑Corse le maritime pèse 57 % du trafic, ce qui traduit des besoins différenciés entre territoires intérieurs, Balagne ou extrême Sud. Les rapports présentés devant l’Assemblée de Corse insistent sur l’adaptation des dessertes et des capacités (par exemple un aéroport intermédiaire avec 300 000 à 500 000 passagers par an) aux contraintes des petites villes et zones enclavées, mais les projets précis de nouvelles lignes ou de renforcement des ports secondaires restent à définir dans la stratégie opérationnelle de l’établissement.

Incertitudes tarifaires et salariales

En 2023, les CCI de Corse ont généré 108,2 millions d’euros de produits d’exploitation, principalement grâce aux aéroports (71,3 millions) et aux ports (28,7 millions), essentiels pour le tourisme et la logistique insulaires. Cette année-là, le port de Bastia s’est distingué dans le trafic de croisiéristes (458 000 croisiéristes), tandis que ports et aéroports corses ont accueilli 8,2 millions de passagers hors croisiéristes, dont 53 % via les infrastructures de Haute‑Corse. À ce jour, aucun engagement chiffré explicite n’a été donné sur l’évolution des tarifs pour les usagers. L’EPCICC s’impose comme acteur clé du développement, chargé de conjuguer attractivité, compétitivité et gestion des flux, tout en intégrant l’ensemble du personnel (1 100 emplois concernés selon l’étude d’impact) sans modification des garanties sociales avant 2029. Les mouvements de grève déclenchés en 2024 par le Syndicat des travailleurs corses, qui avaient paralysé les quatre aéroports et six ports de l’île, illustrent la persistance d’inquiétudes sur les mobilités internes, les conditions de travail et le rôle des organisations syndicales dans le nouveau dialogue social.

Phares et horizons

Une des promesses associées à la réforme est une prise en compte accrue des zones rurales et enclavées. L’accès aux ports secondaires et aux lignes régionales reste une dimension clé de l’équilibre territorial. Si les chiffres globaux de trafic sont en hausse, l’évolution des dessertes hors saison ou vers des sites moins fréquentés dépendra des plans d’investissement et des arbitrages stratégiques du nouvel établissement. Les infrastructures portuaires et aéroportuaires sont des leviers essentiels de l’économie de l’île, tant pour le tourisme que pour le commerce des biens. Dans un contexte insulaire où près de 95 % des biens de consommation sont importés, la maîtrise de ces plateformes est jugée stratégique. Le gouvernement met en avant un cadre juridique « robuste, sécurisant, innovant » pour garantir la continuité territoriale et stabiliser la desserte aérienne et maritime, dans un contexte de fortes tensions sur le pouvoir d’achat et le prix des billets. Le transfert vers un établissement rattaché à la Collectivité de Corse s’inscrit dans une dynamique de pilotage local renforcé et pourrait orienter les choix d’attractivité, de logistique et de compétitivité face à des acteurs publics et privés nationaux ou méditerranéens.

Maria Mariana


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