Droit à la déconnexion, devoir de protection
Le débat sur l’usage du numérique s’intensifie en France.
Droit à la déconnexion, devoir de protection
Le débat sur l’usage du numérique s’intensifie en France. Un projet de loi vise à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée 2026. Entre fatigue des écrans, droit à la déconnexion et inquiétudes pour la santé mentale des jeunes, familles, écoles et employeurs tentent d’ajuster leurs pratiques.
Protection législative
Le gouvernement français a soumis un projet de loi qui prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans à partir du 1ᵉʳ septembre 2026. L’examen parlementaire a commencé début janvier. En commission, plusieurs dispositions ont été amendées après un avis du Conseil d’État, notamment sur la définition des services concernés. Le texte final pourrait inclure une liste de plateformes jugées « dangereuses pour l’épanouissement des mineurs », avec une incertitude sur le contrôle de l’âge. Pour les travailleurs, le droit à la déconnexion est inscrit dans le Code du travail depuis 2017 et vise à garantir le respect des temps de repos et de vie personnelle. Il oblige les entreprises à négocier ou à établir une charte sur les modalités d’exercice de ce droit. Dans la pratique, ce droit reste souvent théorique. Une étude de la Dares (2024) estime que 68 % des salariés consultent leurs mails professionnels après 20 h. Dans les PME et petites structures, l’absence d’accord collectif rend la mise en œuvre plus complexe. Selon la CFDT territoriale, « le droit à la déconnexion est encore vécu comme un luxe », notamment dans les secteurs à effectifs réduits. Les salariés évoquent encore des sollicitations professionnelles hors temps de travail, augmentant le stress et le risque de burn-out.
Fatigue des écrans
Selon des données sociétales, près de 24 % des 8-18 ans déclarent ne pas pouvoir tenir plus d’une heure sans leur smartphone. En France, plus de la moitié des 18-24 ans déclarent être exposés à au moins 4 heures d’écran par jour en dehors de motifs scolaires ou professionnels. D’après une analyse récente du Financial Times, le temps passé sur les réseaux a culminé en 2022 avant d’entamer un déclin régulier, avec une diminution plus marquée chez les jeunes. Derrière la baisse d’usage, il y a surtout la fatigue de la GenZ. En septembre 2024, une enquête Harris Poll indiquait qu’une part importante des 18-27 ans aurait préféré que certaines plateformes n’aient jamais existé. En mai 2025, au UK, près d’un jeune sur deux (16-21 ans) disait préférer grandir dans un monde sans internet, et 50 % soutenaient un « couvre-feu digital » après 22 h. Dans les collèges, lycées et campus insulaires, les personnels éducatifs constatent des comportements ambivalents. D’un côté, des élèves affirment vouloir « faire une pause » pour mieux se concentrer, dormir davantage ou retrouver des activités hors écran. De l’autre, la pression sociale reste forte, notamment autour des messageries de groupe, des défis viraux ou des contenus partagés dans les classes. Les dispositifs de prévention, comme les ateliers sur le cyberharcèlement (environ 23 % des 6-18 ans ont déjà été confrontés à ce type de violence en ligne), les interventions d’associations ou les « semaines sans écran », cherchent à encourager des usages plus raisonnés plutôt qu’une simple logique d’interdiction.
L’ère du numérique en question
Le débat éthique porte sur la juste mesure entre surveillance et confiance, et sur la question de savoir qui, aujourd’hui, joue réellement le rôle d’éducateur au numérique : parents, enseignants, influenceurs, contenus vidéo ou jeux en ligne. De nombreuses études soulignent le lien entre hyperconnexion, surcharge informationnelle et troubles psychiques, en particulier chez les publics les plus fragiles. Pour répondre à ces enjeux, de nombreuses initiatives locales se développent autour d’activités sportives, culturelles, artistiques ou associatives, qui offrent des espaces d’engagement en dehors des écrans. Reste la question de l’accessibilité de ces espaces et du risque que la possibilité de se déconnecter réellement devienne un privilège réservé à ceux qui disposent des ressources financières, culturelles et temporelles pour le faire. La transition vers davantage de déconnexion, tant pour les jeunes que pour les adultes, interroge donc sur les structures sociales disponibles pour soutenir ces changements.
Maria Mariana
Crédits photographiques
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